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Lisboètes, que souhaitez-vous pour le Portugal en 2019?

Par Lucie Etchebers-Sola | Publié le 17/01/2019 à 23:22 | Mis à jour le 04/07/2019 à 07:29
Portugal 2019

Le Portugal amorce une année importante, tant d’un point de vue économique que politique. Si le pays semble s’être pratiquement relevé de la crise, les Portugais espèrent encore beaucoup de leur gouvernement pour l’année 2019.  En ce début du mois de janvier, Lepetitjournal est allé à leur rencontre pour mieux comprendre leurs attentes.
 

Fonction publique

À cinq mois des élections européennes, les discours télévisés des hommes politiques commencent déjà à envahir les chaînes publiques. Mais c’est peut être les discussions de café qui en disent le plus long sur la réalité des Lisboètes. "Notre quotidien n’est pas celui des parlementaires", dit en souriant João, gérant d’un petit café dans le quartier de Penha de França. Entre une tosta mista et une aguardente, certains sujets reviennent systématiquement sur la table. C’est le cas de la situation des salariés de la fonction publique qui, pour la première fois depuis dix ans, vont voir leurs salaires augmenter.
Isabel 42 ans, professeure à l’ESHTE d’Estoril  donne son point de vue sur l´avenir proche : "Pour moi c’est important de revaloriser le secteur de l’éducation en 2019. Pour beaucoup de mes collègues qui ont une famille à charge et de nombreuses années d’expérience, c’est trop difficile de vivre au Portugal avec ce qu’ils gagnent et ce n’est pas normal. Les salaires des fonctionnaires dans l’enseignement public sont ridicules par rapport au coût de la vie. 675€ pour vivre et se loger?  Ce n’est plus possible ! Qu’on passe le salaire minium à 1000€ une fois pour toute !"
 

Selon Diogo, 38 ans, photographe, un autre secteur de la fonction publique mériterait d’être remanié : celui de la justice. "Ce que je souhaite pour mon pays en 2019 c’est que la corruption soit combattue plus ardemment. Je voudrais une justice plus forte et plus rapide. Une justice trop lente n’est pas vraiment une justice." Diogo fait notamment référence à l’affaire des "golden visa" dont le procès a débuté il y a trois ans. Le tribunal vient de rendre sa décision et parmi les 21 accusés, seuls quatre ont été condamnées dont António Figueiredo, l’ancien président de l’Instituto de Registos e Notariado accusé de corruption active et passive et de détournement de fonds. Il a écopé d’une peine de quatre ans de prison avec sursis. D’autres ont été complètement blanchis, comme Miguel Macedo, ancien ministre de l'Intérieur, et Jarmela Palos, directeur du SEF (Service des Etrangers et des Frontières) au moment des faits. "La majorité des accusés mêlés dans ce bourbier ne vont même pas être condamnés, c’est révoltant. Les riches ne sont que trop peu tenus responsables de leurs actions dans ce pays" ajoute Diogo. "Je souhaite qu’à l’issue des législatives cette année, la gauche radicale gagne plus de sièges au Parlement dans la coalition d’Antonio Costa, pour que des décisions soient prises davantage pour le peuple. C’est important que le Portugal garde une gauche forte à l’heure où les régimes d’extrêmes droite montent partout ailleurs dans le monde." conclut-il.
 

Immigration

Les dysfonctionnements du SEF justement, font aussi beaucoup parler d’eux. De nombreux étrangers souffrent de son extrême lenteur bureaucratique. Plus d’une centaine de personnes s’étaient rassemblées en mai 2018 devant le Parlement portugais pour protester contre le retard pris par le SEF ces dernières années, notamment pour délivrer les permis de séjour. Beaucoup d’entre eux brandissaient à bout de bras leur contrat de travail. Shukriya était parmi eux. Cette jeune Tadjik de 28 ans est arrivée à Lisbonne il y a deux ans. "Je suis chercheuse en sciences sociales, diplômée de l’Institut Universitaire de Lisbonne (ISCTE). J’ai perdu mon visa étudiant l’année dernière, et cela fait un an que je suis clandestine au Portugal, pourtant je travaille sous contrat pour une ONG internationale basée à Lisbonne. Mon souhait pour 2019, est que le SEF améliore ses délais d’attente pour les demandeurs de visa. Je dois encore patienter au moins un an avant mon prochain rendez-vous au SEF sans même savoir si les services vont m’accorder ce que je demande. Un an avant de pouvoir rentrer chez moi et voir ma famille. Pendant ce temps-là, on délivre des "golden visa" à tour de bras. C’est vraiment injuste…"
 

Logement et tourisme

Sans surprise et peut être parce c’est un problème de plus en plus tangible pour la plupart des Lisboètes, le manque de logement et l’explosion des appartements à tourisme est un sujet qui a été largement abordé lors des conversations que nous avons eu. Globalement, les Lisboètes attendent une régulation des prix des loyers, ainsi qu’un contrôle plus attentif des appartements destinés à la location touristique. Pour Catarina  43 ans, barman, cela devient urgent de trouver des solutions. "Quand des immeubles entiers sont achetés par des étrangers pour faire du Airbnb !  30% des appartements devraient être destinés à des Portugais à des prix raisonnables. Cette loi devait être effective en 2018, mais ce n’est toujours pas le cas. Ce problème doit être résolu cette année pour protéger le marché de l’immobilier." Maria, 34 ans, illustratrice, continue : "La Mairie de Lisbonne n’a pas les moyens de rénover tous les immeubles vacants de Lisbonne, c’est pour cela qu’elle les vend à des étrangers. Mais s’ils ne sont pas destinés à des Portugais, alors c’est c´est de la spéculation. On a de beaux immeubles dans le centre ville maintenant, mais nous n’y avons pas accès. J’aimerai en 2019 vivre dans une ville accessible au Portugais, et pas réaménagée et reconstruite seulement pour accueillir des touristes."
 

Environnement

Certains ont abordés des sujets moins attendus, c’est le cas d’Olivier, 40 ans, paysagiste, pour qui les questions environnementales ne sont pas assez mises en avant par le gouvernement d’António Costa. Ce qui l’inquiète, lui, c’est la culture des eucalyptus au Portugal. Cet arbre a été importé d'Australie pour reboiser le pays dans les années 1950 et s’est considérablement propagé au Portugal jusqu’à devenir l’arbre le plus commun du pays. "La monoculture des eucalyptus doit prendre fin, c’est mon souhait pour 2019. Non seulement ces arbres sont extrêmement inflammables, mais ils détruisent aussi le sous-sol et la biodiversité car c’est une espèce très envahissante. Cette culture soutient l’industrie de la pâte à papier qui est elle même extrêmement polluante. Les usines déversent leurs déchets dans le Tage qui est à l’agonie. C’est l’un des fleuves les plus pollués d’Europe, les poissons, les coquillages et les oiseaux meurent. Les pêcheurs aussi. En ne régulant pas cette production, le gouvernement est en train de tuer le Portugal pour faire du papier toilette."

En juin 2017, ce sont en grande partie les eucalyptus qui ont causés les incendies meurtriers qui ont ravagé la région de Pedrogão Grande au nord de Lisbonne et tué une soixantaine de personne. Suite à ces évènements, Antonio Costa avait déclaré : "Nous ne pouvons pas continuer à réclamer la fin de la monoculture de l'eucalyptus et refuser de freiner son expansion car nous craignons l'impact que cela aura sur l'industrie du papier". Celle-ci représente en effet 4,9% des exportations portugaises et pèse dans la balance économique du pays. En 2019, le gouvernement a décidé d’intervenir en soutenant la plantation et la gestion d’autres espèces d’arbre à croissance lente et plus résistantes au feu, puis une réduction graduelle de la surface totale sur laquelle les producteurs de bois seront autorisés à replanter des eucalyptus.
 

Certaines attentes des Lisboètes font écho à celles des gilets jaunes en France, notamment concernant la revalorisation de la fonction publique et une reconsidération des questions environnementales. En espérant que le gouvernement portugais  en 2019 entende ces revendications et résolve les problèmes plus rapidement qu’en France.

 

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