

Marie-Line Darcy est française et journaliste de profession. Elle vit au Portugal depuis 23 ans et comme collaboratrice de plusieurs médias français elle couvre les temps forts de l´actualité portugaise. Elle a notamment beaucoup écrit sur la crise économique à partir de 2010 et sur la présence de la troïka au Portugal. C´est cette réalité qui l´a conduite à proposer à ses cons?urs journalistes espagnole, grecque et italienne la rédaction d´un ouvrage dont elle a l´initiative sur la crise économique et ses conséquences sociales dans ces quatre pays.
Elle en a eu l´idée au plus fort de la crise en 2013 et l´a concrétisé en 2015. L´ouvrage intitulé Visages de la crise. Nous gens du sud, pauvres et fainéants vient d´être lancé à Lisbonne, ce 26 novembre. Lepetitjournal.com a été à sa rencontre afin de mieux comprendre les raisons qui l´on conduite à rédiger cet ouvrage.
Lepetitjournal.com : Comment est né ce projet?
Marie-Line Darcy : J'ai eu l'idée de ce projet en 2013, au plus fort de la crise. A force de croiser des gens dans les manifestations, à force de couvrir les effets de l'austérité, il m'a semblé important de donner de la place et du temps aux personnes vivant la crise. Et le Portugal n'était pas un cas isolé: l'Espagne, la Grèce, l'Italie vivaient alors des moments très difficiles. Grâce aux échanges sur les réseaux de journalistes, je me suis aperçue que mes collègues vivaient la même chose que moi: l'urgence de l'action, l'impact des mesures d'austérité, le désespoir au quotidien, et surtout cette impression que les gens du sud étaient les victimes désignées d'une Europe mal en point. Le "eux " plutôt que "nous" qui faisaient des européens du sud des pauvres fainéants ayant bien mérité finalement leur malheur.
De là, le titre ?
Oui, parfaitement.
C´est donc la réalité due à la crise qui vous a conduite à écrire cet ouvrage en collaboration avec des collègues journalistes des pays du sud ?
J'ai, en effet, proposé à mes collègues de trouver des témoins et de réaliser des interviews dans le but de rédiger des portraits des gens qui subissaient la crise de plein fouet et de raconter leur histoire. Parallèlement, il fallait trouver un éditeur: par chance, l'un des tout premier contacté s'est emballé pour le projet.
En fait, quel est votre but au final ?
Les quatre co-auteures du livre ont surtout voulu montrer combien la crise a pris de court des gens des classes moyennes, des gens qui avaient peut être inconsciemment idéalisés leur avenir et ceux de leurs enfants grâce à l'Europe. Tous nous l'ont dit: on ne s'y attendait pas. Certains ont pris des risques, d'autres ont quitté leur pays, tous refusent d'être vus comme des victimes passives, des insouciants aimant trop la vie, des gentils pas très concernés la crise, la "maldita crise" a fait des ravages, plus qu'on ne le croit. Nous avons voulu donner la parole à des "vous-et-moi" sans verser dans le misérabilisme, plutôt pour que le temps d'un livre on puisse s'arrêter, penser un peu, mesurer les difficultés. En France ou le livre est sorti, beaucoup on dit: mais ça pourrait être nous! Alors mission accomplie.
Comment voyez-vous l´avenir du pays où vous vivez, le Portugal?
Il est difficile de répondre à cette question. Les gens au Portugal comme en Grèce, comme en Espagne et en Italie, ou même en France, sont partagés entre l'envie de changer et la peur de perdre le peu qui leur reste. Je crois que les gens ont pris conscience que le modèle imposé n'est pas vraiment celui dont ils rêvaient. Le soi-disant modèle solidaire européen est une coquille de noix vide. Et, la situation est dangereuse, avec la montée des extrémismes.
Le Portugal, tout petit pays Européen, a su au cours de son histoire montrer combien il est tenace et résistant. A mon avis trop résigné, pas assez à l'affût de l'existence de nouveaux modèles. Ce pays comme ceux qui ont été le plus touchés par la crise devront peut être opté pour être le fer de lance d'un nouveau modèle. Mais ce sera aux Portugais et aussi aux Grecs, aux Espagnols, aux Italiens et à d'autres de choisir.
Propos recueillis par Custódia Domingues (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) mardi 1er décembre













