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LA DÉFICIENCE SOCIALE - Un psychiatre portugais en parle pour la première fois en français

Par Lepetitjournal Lisbonne | Publié le 09/11/2014 à 23:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 10:46

Le docteur Manuel da Silva Marques, psychiatre portugais a mis au point une méthode très particulière qui fait parler d´elle, en particulier, dans le milieu de la santé et qu´il retrace à travers son ouvrage "Alcoolisme et déficience sociale. Vers une approche théorique et méthodologique" publié chez l´Harmattan. Il a répondu à quelques questions posées par lepetitjournal.Lisbonne sur le thème sensible de la déficience sociale et de l´insertion de l´être humain dans  une communauté.

LIPAC : Une vie consacrée à la communauté
Après avoir été professeur d´Histoire, Manuel da Silva Marques développe une conscience sociale et civique qui le décide à "se construire un parcours en médecine afin de donner un sens plus vaste à son existence" pour reprendre ses termes. Il dit de lui avoir fait un effort pour dépasser ses propres préjugés afin de s´engager  dans des actions de prophylaxie de santé et particulièrement, de santé mentale communautaire au Portugal, tout particulièrement dans le nord du pays. Il entre en 1978 au département de Psychiatrie et de Santé Mentale de l'hôpital de São João, à Porto,  et y fonde la Ligue de Prophylaxie de l'Alcoolisme et des Toxicomanies (LIPAT) qui deviendra en 2003 la LIPAC (Ligue de Prophylaxie et d'Aide Communautaire) pour rendre plus solidaire entre elles les personnes en déficit social. Il dirige cet organisme qui a fait au long de ces années un travail de terrain appréciable à travers les  UIC (Unités d'Intervention Communautaire) dans 14 villages de 7 communes du Grand Porto et les Clubs pour Alcooliques Reconvertis qui aident les populations en difficulté "quelque soit le milieu social, riches ou pauvres" tient-il à souligner, dans la région de Porto, le Douro Sud, Vila Nova de Famalicão, Braga et même jusqu´en Galice! Entre 1982 et 1990, neuf Clubs voient le jour. "J´ai tenu à développer au long de ces années et encore aujourd´hui un travail de réseau avec les mairies, et ceci en-dehors de toute aide financière. Un partenariat gratuit au service de la communauté. Il est vrai qu´à l´heure actuelle grâce au travail fait, nous avons pu présenter une candidature pour des fonds européens et nous avons des techniciens qui bénéficient d´une formation prenant en compte les caractéristiques de la méthode de la déficience sociale. Nous développons aussi des actions d´appui psychologique auprès d´adolescents et les soutenons dans leur parcours de vie."

Un concept inédit: la déficience sociale
En 1992, il procède à une première réflexion globale sur le travail effectué durant les 20 dernières années, mais surtout de 1984 à 1991. Le bilan  est que près de 80% des personnes qui recherchent de l'aide ont des raisons et des motifs légitimes pour entreprendre cette recherche. Non seulement du fait de leur maladie, mais bien plus en raison d´un déficit que, pour la première fois et dès 1992, le docteur Silva Marques va qualifier de déficience sociale. "? c'est dans la Communauté où naissent les problèmes que les personnes en déficit social  sont traité  et avec l'aide de cette même communauté (?)  La Méthode Psycho-Communautaire LIPAC/LIPAT que l'on a  mis en place il y a plus de 17 ans (1992), se construit à partir des Sciences Humaines et Sociales et de la Santé, qui justifient la raison d'être de la Santé Mentale Communautaire, où tout porte à croire que c'est au sein de la Communauté que l'on identifient les aspirations et les réalisations de l'être humain et c'est aussi dans et avec la Communauté que nous rencontrons les situations les plus efficaces pour améliorer, dépasser et rendre possible la qualité de Vie, que nous recherchons tous" dit-il.  
Ainsi, en 2002, il procède à une évaluation de son travail avec cette population à risque  qu´il a traité et, devant les résultats obtenus par les Clubs et les UIC, il arrive à la conclusion que les jeunes en particulier étaient pour une grande part de la réussite de sa méthode (plus de 65% de ces personnes se normalisaient grâce à ce contrat thérapeutique de 3 ans).

Une méthode et un travail de terrain reconnus
En 2004, il ouvre une UNIVA (Unité d'Insertion dans la Vie Active) pour les personnes souffrant de déficience sociale afin de les aider à s'insérer sur le marché du travail et  met en place des réunions de groupe au sein de la communauté et de l'entre-aide au siège de l'association Lipac. En 2007 l'association commence à jouir d'une plus importante notoriété et commence à proposer des formations spécialisée aux usagers et aux professionnels qui peuvent aider les déficients sociaux sur leurs propres lieux de travail souvent confondus avec des déficients mentaux. Ainsi, la méthode et le travail de terrain font leur preuve au long du temps et les résultats positifs sont visibles au sein de la communauté. C´est avec une certaine fierté et conscient du chemin parcouru qu´en 2007, le psychiatre se rend en France, à l´université de Lyon 2 afin de rendre compte de ses travaux et d´enregistrer son brevet international pour le concept de "déficience sociale", ce qu´il a obtenu auprès du ministère français de la Justice.

L´insertion professionnelle
En Septembre 2008, le docteur Silva Marques organise les premiers cours de formation à l'attention des déficients sociaux auxquels il donne le nom ?Tout Faire Soi même? dans des domaines aussi divers que la plomberie, l'électricité, le jardinage et d´autres.  Il explique: "la dimension de l'insertion professionnelle devient une des armes les plus efficaces dans le traitement de la déficience sociale, en alternative aux traitements en clinique ou par intervention socio-familiale. Nous formons de véritable équipes multidisciplinaires et hétérogènes pour promouvoir et rendre systématique tout ces types d'aide polymorphe à ces personnes."

L´avenir
Quand on lui demande comment il voit l´avenir, il nous montre son agenda pour les cinq prochaines années. Des conférences au Portugal, en France qui  s´étendent jusqu´à l´ensemble du monde lusophone et francophone. Il se prépare à publier deux autres ouvrages sur ce thème qui le passionne dans les deux pays: "Addiction et Déficience Sociale" et "l´Education centrée sur l'Evidence chez les Jeunes Adolescents". Il annonce pour 2015 la création d´un laboratoire avec des équipes techniques et multidisciplinaires qui travailleront sur les domaines de l'alcoolisme, les drogues illicites, la violence, la prostitution, entre autres même si pour lui "la déficience sociale n´est pas exclusivement réservée à des groupes à risques". Il insiste et rappelle en bon psychiatre que la "déficience sociale s´inscrit dans le cadre d´une perturbation du comportement qui persiste et se  répète au long du temps et ou sont violés les droits fondamentaux d´autrui, les règles essentielles ou normes sociales propres à chaque tranche d´âge, susceptibles de causer un préjudice sensible au sein de l´activité familiale, communautaire, scolaire et professionnelle qui se manifeste à la maison, à l´école ou dans la communauté et déclenchée par une supervision inadéquate évidente, voire même absente, à laquelle certains individus réagissent avec des comportements agressifs, autoritaires, injurieux, menaçants ou intimidateurs".

Enfin, il annonce pour fin 2015 la réalisation d´un colloque à Paris avec la participation de divers spécialistes dans le domaine des sciences humaines et sociales et de la santé afin de faire un point actualisé sur la problématique de la déficience sociale. Rendez-vous est pris pour en savoir plus courant 2015.

Custódia Domingues (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) lundi 10 novembre 2014

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