Florence Mangin – Les priorités de la Présidence française du Conseil de l´UE

Par Maria Sobral et Jonas Weil | Publié le 01/02/2022 à 17:45 | Mis à jour le 02/02/2022 à 09:27
Photo : ©M.J. Sobral
Amassadrice de France au Portugal, Madame Florence Mangin


La Présidence française du Conseil de l´Union européenne a débuté en ce début janvier et se terminera en juin 2022. Au Portugal, l´ambassade de France au Portugal a marqué ce début de présidence par un concert à la Fondation Gulbenkian à Lisbonne le 27 janvier lors de l´ouverture de la 7ème Nuit des idées.  L´Ambassadrice de France au Portugal, Florence Mangin a, par ailleurs, présenté les priorités de la cette présidence française qui a lieu peu de temps après celle du Portugal qui s´est déroulée de janvier à juin 2021. Nous lui donnons la parole :


 
« Nous avons une proximité de conception, d'objectifs et de vison de l'Europe,
entre la France et le Portugal. »

Florence Mangin : Je voudrais mentionner qu'une présidence de 6 mois vient dans le sillage d'autres présidences, et nous avons très bien travaillé avec la Présidence portugaise de l'Union européenne au premier semestre 2021. Il existe une proximité de conception, d'objectifs et de vison de l'Europe, entre la France et le Portugal. Beaucoup de textes et de thématiques ont été portés par la Présidence portugaise avec l'idée que nous pourrions conclure, si possible, ou en tout cas faire avancer ces priorités comme la transition digitale, la transition climatique et le domaine social, par exemple. Notre présidence vient concrétiser un travail sur quatre ans, effectué par le Président de la République et le gouvernement et annoncé lors du discours de la Sorbonne, prononcé en 2017 et qui proposait déjà à l'ensemble des Européens une Europe plus forte, plus souveraine, une Europe maîtresse de son destin. La pandémie, d'une certaine manière, nous a aidé en ce sens pour que les Européens aient plus d'autonomie, de souveraineté et d'indépendance.         

Nous commençons la présidence alors que la pandémie n'est pas achevée et donc nous allons évidemment continuer à œuvrer pour la coordination qui permet de lutter contre cette crise sanitaire. Cette crise sanitaire a un impact sur le début de nos travaux. Il a été décidé en janvier que les réunions informelles de ministres, il y en a déjà eu trois, se tiendraient en présentiel. Les autres, au mois de janvier, se feront de manière virtuelle.


Une présidence de l'Union européenne marquée par des élections,
présidentielles et législatives en France

Durant la Présidence française de l'Union européenne, nous aurons des élections en France, présidentielles et législatives. Ce qu'il faut souligner à cet égard c'est tout d'abord que ce n'est pas la première fois que cette situation se produit, en 1995 cela était déjà le cas. Cela implique la chose suivante : la présidence est de six mois et nous travaillons avec l'idée que jusqu'au 30 juin celle-ci sera bien effectuée et tout le monde est mobilisé pour cette présidence ,nonobstant, les échéances électorales. La seule contrainte que ces échéances font peser sur l'organisation de la présidence est que les réunions informelles ministérielles doivent se tenir entre le 1er janvier et le 20 mars, le 20 mars étant le début de la période réservée à la campagne électorale posée par le Conseil Constitutionnel. Cela pour éviter toute collusion entre des plaidoyers gouvernementaux et des discussions de fond afin de ne pas rompre l'égalité entre les candidats. En revanche, les hauts fonctionnaires, les diplomates, auront encore la capacité d'animer le débat. Nous avons donc de nombreuses réunions ministérielles informelles en deux mois et demi.


« Les trois mots clés de notre présidence sont: Puissance, Relance et Appartenance »

Nous sommes absolument persuadés que plus nous ferons du concret, plus les citoyens européens se retrouveront dans le projet européen.

Sous le vocable de la Puissance, l'idée est de continuer et d'approfondir une Europe plus indépendante, mieux protégée et plus souveraine. Il y a l'Europe de la défense avec ce travail engagé par le Portugal sur ce que l'on appelle la « console stratégique. C'est un travail de fond très important mais aussi opérationnel car il doit se décliner par l'interopérabilité entre armées.

Le deuxième thème concerne la protection de l'espace européen. On a le souhait de renforcer Schengen et donc la gestion de la frontière extérieure de l'Union européenne. Notre idée c'est de renforcer la gouvernance de Schengen, notamment en faisant en sorte que les ministres de l'espace Schengen puissent se réunir de manière régulière au niveau politique. Cette périodicité des réunions doit entraîner une appropriation plus politique de cet outil.

La troisième déclinaison de la puissance concerne les relations avec les états tiers. Le sommet avec l'Union africaine, en février à Bruxelles est un moment important. L'idée est d'aboutir à la refondation d'un partenariat avec l'Afrique. Nous sommes très en phase avec le Portugal qui a regretté de ne pas avoir eu ce sommet pendant sa présidence. Nous voulons travailler sur toute une série de projets concrets qui permettent de montrer que la relation entre l'Union européenne et l'Afrique va au-delà de la question de la sécurité. Nous voudrions travailler sur les thèmes de la santé, de la mobilité étudiante et des investissements privés. Il y avait notamment eu un sommet lors de la Présidence portugaise sur l'économie en Afrique et les moyens d'activer les outils de financement privés pour développer cette économie.

En juin, nous aurons également une réunion sur les Balkans, dans le prolongement de la Présidence Slovène, nous y aurons des échanges avec les pays des Balkans occidentaux sur la question de leur entrée dans l'Union mais aussi d'investissements économiques européens pour tirer ces pays vers le haut.

Concernant le vocable de la Relance, nous allons travailler dans la continuité de cet accord fondamental sur la relance européenne de juillet 2021 et la possibilité d'un emprunt européen pour la première fois, ce qui est un acte de solidarité économique très fort. Le Président de la République propose à la mi-mars, un sommet informel des Chefs d'Etat, destiné à réfléchir ensemble à un nouveau modèle européen de croissance. La Présidence portugaise avait fait un sommet sur la croissance potentielle et l'on voudrait, sur cette base, poursuivre la réflexion. On voudrait faire en sorte que les Européens produisent plus, rapatrier en Europe des chaînes de valeurs développées jusqu'à présent en Asie, favoriser les investissements en matière d'innovation. Evidemment, on veut continuer à travailler sur la transition digitale et la transition climatique et commencer à travailler sur de nouvelles règles budgétaires européennes.

Concernant le troisième terme, celui de l'Appartenance, c'est une chose originale par rapport aux présidences précédentes. On souhaite insister sur une Europe plus humaine. Il faut que les citoyens, vous et moi, conçoivent mieux ce que l'Europe apporte, que l'Europe leur parle plus. On a un exercice de participation démocratique, avec la conférence sur l'avenir de l'Union, lancée pendant la Présidence portugaise et qui se conclura, peut-être le 9 mai, avec la journée de l'Europe. C'est un exercice de contribution citoyenne qui a pour ambition de réfléchir aux nouvelles priorités européennes et aux nouveaux projets. Il y a également tout le travail sur l'Etat de droit, le dialogue avec tous les Etats européens. C'est en quelque sorte un passage en revue de chaque Etat européen en matière de règles démocratiques, de protection des journalistes, de qualité des débats. Il y a en effet quelques préoccupations sur ce sujet en ce moment concernant quelques états membres. C'est un sujet plus sensible qu'autrefois. Il y aura donc des réflexions sur les nouveaux outils à mettre en place pour la liberté des médias en Europe.


2022 : année de la jeunesse européenne

Il y aura plusieurs choses pour faciliter la mobilité des jeunes en Europe, qui a été très affectée par la pandémie. Il y a l'idée d'un service civique européen de 6 mois pour les jeunes de moins de 25 ans. Le 20 janvier, il y a eu la célébration du 35ème anniversaire du programme Erasmus +, cet outil de mobilité des jeunes. Nous voulons également faire un évènement sur les universités européennes, créées il y a à peu près un an et il y en a plusieurs au Portugal, afin de réunir ces universités et valoriser cet élément de citoyenneté dans la jeunesse. Enfin, il y a les initiatives que nous voulons proposer afin de faire en sorte que l'Europe soit plus incarnée. Il sera proposé à des historiens européens une réflexion sur l'histoire européenne, qui est un sujet sensible mais qui a déjà été fait en Franco-Allemand il y a quelques années. Nous avons aussi demandé à 27 écrivains des 27 pays membres d'écrire leur « Tour d'Europe » qui fera l'objet d'une publication sur la façon dont les écrivains se projettent en Europe et appréhendent cet espace. Il est aussi important de demander à des jeunes de réfléchir à une devise européenne, pour qu'ils s'interrogent sur ce qu'est l'Europe pour eux, pour rendre justement cet espace un peu moins lointain et abstrait
 

A l'occasion de cette présentation des trois mots clés de la Présidence française de l´Union Européenne, l´ambassadrice de France au Portugal a répondu à quelques questions.


Pouvez-vous nous parler de la mesure que le Président Macron a évoqué qui est celle d'un salaire minimum européen ?

Effectivement, c'est l'héritage très positif du sommet de Porto de mai dernier lors de  la Présidence portugaise. C'est un sommet qui a vraiment donné lieu à un programme d'actions, dont le texte sur un salaire minimum en Europe et non pas un salaire minimum européen, l'idée n'est pas d'avoir un salaire minimum similaire dans tous les pays européens mais plutôt que dans tous les pays, un salaire minimum soit proposé avec des modalités de négociations spécifiques en fonction des pays. Malgré tout le travail fait, il n'a pas été possible de conclure ce texte sous la Présidence portugaise. La Présidence slovène, grâce à tout le travail effectué en amont, a réussi à conclure la directive. Nous avons déjà commencé le trilogue avec le Parlement européen (et le Conseil). Cela risque de ne pas être facile car le Parlement européen est très exigeant mais nous avons bon espoir.

Il y a deux autres textes sur lesquels nous mettons tous les feux et également évoqués à Porto l'année dernière. Le premier est la transparence salariale entre les hommes et les femmes. Il s'agit de rendre obligatoire la publication des salaires des hommes et des femmes de la part de l'entreprise pour inciter à corriger ces écarts. Le deuxième est celui qui propose un cadre de protection aux salariés des plateformes numériques, qui est un domaine où il n'y a pratiquement pas de droit du travail.

L'idée est d'instaurer un minimum d'orientation et de règles communes aux états membres, en fonction des particularités de chaque état, comme pour le salaire minimum.


L'instauration d'un service civique de 6 mois se rapproche beaucoup du programme V.I.E  ou V.I.A (Volontariat International en Entreprise ou Administration), l'objectif est de l'étendre à l'Europe ?

En effet, les V.I.E c'est la possibilité en France avec des aides de l'Etat d'envoyer des jeunes en formation dans des entreprises ou administrations françaises à l'étranger. Il y a quelques similitudes mais en réalité le service civique est plus large. Cela peut se faire en entreprise, dans des associations, dans des structures publiques ou privées avec l'idée d'apporter une contribution à une initiative de la société civile. C'est une activité de militantisme, d'une certaine manière, auprès d'une institution, publique ou privée. L'idée vient de germer, on invite les instances à la réflexion.

Ce serait plutôt un engagement citoyen qu'un acte professionnel. La mobilité a beaucoup été entamée par la pandémie, le programme Erasmus et tous les jeunes concernés aussi. L'idée est de redonner l'envie de mobilité à la jeunesse européenne.


En matière d'immigration européenne, quelles seront les grandes lignes durant la Présidence française ?

On a sur la table depuis plusieurs mois ce que l'on appelle le paquet « asile et immigration » qui est un ensemble de textes proposés par la Commission européenne. L'objectif est de mettre en place une politique d'asile et d'immigration régulière et de lutte contre l'immigration irrégulière commune. C'est un ensemble de textes difficile à faire progresser. Il y a un texte de la Commission qui marie deux principes très importants qui sont la responsabilité de chaque pays, notamment ceux de première entrée, et aussi un principe de solidarité des pays qui ne sont pas concernés par ce principe de première entrée. Il y a une obligation de solidarité.

Il y a aussi l'idée d'avoir une conception commune du principe de l'asile avec des critères partagés.

On sait que c'est un sujet très difficile même si les négociations continuent. En parallèle, un accent fort a été mis dans le dialogue avec un certains nombres de pays tiers d'où partent les migrants. Ce dialogue a pour objectif d'aider ces Etats financièrement, en matière d'aides au développement pour faire en sorte que plus de gens aient des possibilités de travail dans ces pays et également trouver un accord sur les populations qui peuvent venir légalement travailler en Europe, puisque plusieurs pays ont des besoins importants en main d'œuvre dans certains domaines. Nous poursuivons ces dialogues sur ces sujets sensibles et nous espérons pouvoir aboutir sur certains d'entre eux pour avoir un cadre de compréhension commune.


Il y'a beaucoup de points de convergences entre la France et le Portugal, sur le plan européen mais pas seulement, quels sont, selon vous,  pour vous les points dominants qui marquent cette volonté d'appréhender l'Europe sur le moyen et long terme ?

Effectivement, nous avons beaucoup de proximité sur la vision de l'Europe à moyen terme. Le Portugal est un des rares pays de l'Europe des 27, quelque soit le bord politique, qui a une vraie vision à moyen terme de l'Europe, sûrement par son histoire. Il y a vraiment une projection. La pandémie a beaucoup changé la perception de ce que doit être l'Europe et on a au Portugal et en France le même souhait, que l'Europe soit moins dépendante de l'Asie sur le plan économique notamment. La même vision pour réindustrialiser l'Europe avec l'idée d'attirer des investissements étrangers. De même pour l'Europe sociale qui est un marqueur qui nous rapproche.

 

 

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Maria Sobral

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