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CINEMA – Xavier Beauvois considère son film "Des hommes et des dieux" comme un rêve de cinéaste

Écrit par Lepetitjournal Lisbonne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Depuis jeudi dernier vous pouvez voir au Portugal le film Des hommes  et des Dieux, grand prix du festival de Cannes 2010, de Xavier Beauvois dont c´est le 5eme long-métrage. Le film  retrace le parcours des moines de Tibéhirine pendant les mois qui ont précédé leur enlèvement par un groupe d´extrémistes et leur assassinat en 1996. Xavier Beauvois, venu à Lisbonne lors de la Festa do Cinema Françês pour présenter son film, nous a accordé quelques moments pour nous parler de son film

(Photo : M.J. Sobral)

Le Film repose sur des faits réels, comment avez-vous enquêté pour recueillir l´information qui vous a permis d´élaborer le scénario du film ?
Tout d´abord, j´ai essayé de lire tout ce qui a été publié sur ce qui s´est passé et puis il y a un livre qui m´a servi de base il s´appelle Passion pour l´Algérie de John Kiser, un historien américain qui a fait une longue enquête pour faire la lumière sur cette histoire.  Et le livre a été traduit en français par un ancien moine franco-américain, Henry Quinson. Ce livre est une vraie mine d´or il y a toute l´histoire d´Algérie, j´ai contacté Henry Quinson pour des conseils sur le film et puis il y a beaucoup de choses que le prieur et les autres moines ont laissées écrites à travers entre autres les correspondances avec la famille. On arrive à savoir beaucoup de choses ; il y a plein de dialogues dans le film qui sont des vrais dialogues, qui se sont vraiment dit par exemple lorsque les terroristes arrivent et demandent :
" Oú est le Pape ?
- Il n´y pas de Pape ici, sortez on ne dialogue pas avec des armes,
- Je ne m´en sépare jamais
- On va parler dehors.. "
Il y a aussi un documentaire qui a été fait sur Tibhirine qui est assez bien fait et qui nous a servi pour le film.

Pourquoi avez-vous filmé au Maroc ?
Je n'ai pas essayé de filmer en Algérie parce que je connais le Maroc depuis longtemps, c´est un pays que j'aime beaucoup et je suis tombé un peu amoureux de ses gens.
Et puis c´est bien de prendre du recul, de ne pas tourner sur les lieux même où il y a eu un drame, on ne peut pas mettre des balles à blanc là ou il y a eu des vraies balles. Les gens du pays font partie du film ; j´adore mélanger les professionnels avec des non professionnels pour être plus proche de la vérité. De plus, j´ai pensé ce film comme une histoire un peu universelle.
Par ailleurs il est très difficile de tourner en Algérie tandis qu´au Maroc il y a toute une tradition de cinéma depuis très longtemps, beaucoup de  grands films ont été tournés au Maroc, il y a un savoir faire, des grands techniciens et puis j´avais besoin de la collaboration de l´armée et l´armée algérienne ne m´aurait pas donné tout le matériel dont j´avais besoin.
J´ai donc tourné le film à Azrou près de Meknes dans le moyen Atlas.

Dans le film les moments de silence, de prière sont nombreux, est-ce que ce film s´adresse à un public en particulier ?
Non pas du tout, mon objectif était de faire un beau film, je pense au public en terme d´émotion ; donner au public de l´émotion mais je ne pense pas en termes de part de marché.

Vous faites passer le message de ne pas faire l´amalgame entre l´Algérie et le terrorisme est-ce que c´est une volonté personnelle où c´est le reflet de ce que vous avez pu lire ?
C´est une volonté personnelle, comme ce qui se passe à d´autres endroits dans le monde des actions d´un petit groupe d´extrémistes ont des répercussions importantes sur des gens qui n´y sont pour rien.

Quel autre message avez-vous voulu transmettre à travers ce film, religieux ou autre ?


Il n´y a pas de message religieux, c´est un message d´intelligence d´abord : de s´intéresser aux autres, à leur culture, à leur religion de ne pas avoir peur de l´autre dans la mesure où il est comme nous.

Combien de temps a pris le tournage et quelles ont été les difficultés rencontrées ?
Le tournage de ce film a pris 2 mois, comme celui d´autres films, c´est un délai de la production. Tout c´est passé très vite, ce film a été très facile à faire il y a eu quelque chose de magique autour de ce film : les acteurs, l´armée, la police, la météo ont contribué de façon favorable. Au point où je me demande si un jour je vais retrouver dans ma vie professionnelle de telles conditions pour faire un film. Par exemple la neige est tombée quand il fallait et juste le temps nécessaire ; au trois quarts du film la neige est tombée et on a filmé la fin du film, deux jours après il n´y avait plus de neige et on a pu reprendre les autres plans du film.
Et puis à Cannes on a toutes les critiques super positives, ovations d´un quart d´heure, j´ai reçu trois prix, le film est vendu partout dans le monde, il fait 2 millions d´entrées en 5 semaines et il est sélectionné pour représenter la France aux Oscars. C´est un film qui depuis le début, dès la préparation du scénario jusqu´à maintenant est un rêve de cinéaste.
J´ai été surpris car des problèmes surgissent toujours et des préoccupations il y en a eu bien sûr avec la grippe A par exemple, car on ne pouvait pas faire un jour de dépassement sur le temps prévu.

Qu'est ce qui vous a marqué de votre expérience avec le cinéaste portugais Manoël de Oliveira lors du tournage de Mon Cas en 1986 ?
Un petit peu tout vu que c´était la première fois que je participais dans un long-métrage et puis comme on tournait dans un théâtre, bien qu´étant stagiaire j´ai pu voir tout ce qui se faisait, j´ai eu la chance de rencontrer des grands acteurs portugais comme Luis Miguel Cintra, j´ai vu la précision d´un grand metteur en scène, etc? il était produit par Paulo Branco et j´ai aussi rencontré sur ce film Bulle Ogier que j´ai fait jouer, quelques années plus tard, dans mon premier long-métrage qui s´appelait Nord.

Propos recueillis par Maria Sobral (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) mardi 16 novembre 2010

Le film :
Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s'installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour?

Avec: Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Jacques Herlin, Loïc Pichon, Xavier Maly, Jean-Marie Frin

Lepetitjournal.com-Lisbonne en parle :
" Un beau film, avec une belle photographie où l´on retrouve l´Elève de Manuel d´Oliveira sans pesanteur. Un film qui par son silence sa musique et son histoire nous plonge dans une réflexion par rapport aux autres et à nous même comme individu. "

logofblisbonne
Publié le 23 novembre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
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