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CINEMA – Une surprenante comédie française sort en salles au Portugal

Écrit par Lepetitjournal Lisbonne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 17 avril 2013

Une comédie intitulée "Paulette" du réalisateur Jérôme Enrico sort en salles cette semaine. Un bon moment de rires qui nous interpelle à différents niveaux. S´agit-il d´un film immoral ou d´un fait divers où la fraternité se présente comme une porte de sortie dans une société où les laissés pour compte deviennent de plus en plus nombreux ? A l´occasion de la fête du cinéma français en octobre dernier Jérôme Enrico est venu présenter son film à Lisbonne et a accordé un entretien au Petitjournal.com.

(photo : M.J. Sobral)
Lepetitjournal.com : Vous êtes-vous inspiré d´un fait divers réel ?
Jérôme Enrico : Le fait-divers qui a inspiré l'histoire a pu exister car dans nos sociétés occidentales développées beaucoup de gens sont laissés pour compte, notamment le troisième âge. C'est ce qui a inspiré cette comédie sociale. Cependant, divers éléments ont été rajoutés par rapport au fait divers initial. On a construit le caractère de Paulette, telle qu'elle est : raciste, méchante, xénophobe au départ et qui arrive petit à petit à se réconcilier avec les siens, parce que la vie va mieux.

L'histoire de ce film est un peu particulière. Je donnais des cours de cinéma dans une école et je voulais monter un cours d'écriture avec les étudiants. C'est dans un de ces ateliers qu'est née l'histoire de Paulette. Une des étudiantes est arrivée avec le fait-divers. On a trouvé cela formidable et on a eu envie de travailler dessus. Ce film a été écris avec trois étudiants. C'est un véritable conte de fée pour eux, car le premier scénario sur lequel ils ont travaillé est devenue un film, un an plus tard. L'histoire de Paulette ressemble donc à un conte de fée quand on regarde la fabrication du film. C'est très rare. Environ deux mois après la première version du scénario, le producteur l'a lu et l'a trouvé formidable. Il a décidé de le produire avant la fin de l'année. C'est donc un film qui s'est fait d'une manière incroyable avec une étonnante simplicité.

Vous abordez dans le film le sujet de l'argent facile dans nos sociétés et dans le monde en général préconisez-vous une solution à ce phénomène ?
Paulette a travaillé toute sa vie et a gagné de l'argent honnêtement. Un moment arrive où le système est fait d'une telle façon qu'elle ne peut plus gagner cet argent de manière honnête. Elle comprend que ce qu'elle fait n'est pas très joli. Je ne vais pas juger ce personnage, et je comprends qu'elle se débrouille comme elle le fait, dans l'état de précarité dans lequel elle se trouve.

Nous avons fait ce film avec une certaine humilité. Je n'ai jamais voulu donner des leçons de moral à quiconque mais, s'il y a une morale qui nous est chère dans le film, à moi, aux trois coscénaristes et aux comédiens c'est de se dire que quand la vie devient trop difficile, quand les gens ne s'occupent plus que de la façon dont ils vont pouvoir manger, et qu'il n'y a plus de place pour autre chose, ils se renferment sur eux même. Dés lors qu'il y a de l'argent, que la vie va un peu mieux, on commence à devenir meilleur avec les autres et à penser de façon différente. Je crois que c'est une vérité, et c'est ce qu'on voulait raconter de manière humble, sans grande leçon de moral.

Pourquoi avoir choisi une fin heureuse dans un contexte immoral, quel message voulez faire passer?
Nous avons longtemps discuté de la meilleure façon de terminer le film. Nous avions envie d'une fin heureuse car il s'agit d'une comédie.
Ce que ce film raconte c'est la fraternité entre les gens dans des situations difficiles. C'est ce qu'il se passe avec Paulette. Cela a un lien avec la genèse du film puisque j'ai coécrit le scénario avec des étudiants. Deux générations différentes ont donc travaillé sur l'écriture. Cela se répercute d´une façon très forte dans le film avec la rencontre entre ces jeunes dealers et des gens âgés qui sont reclus, des personnes qui n'intéressent plus la société. Puis comment tout d'un coup cette société recommence à fonctionner ensemble.

A ce propos, une expérience a été menée en Espagne qui m'a fascinée. Il existe des immeubles dans lesquels étudiants et personnes âgées cohabitent. On permet aux étudiants d'habiter ces immeubles pour une somme modique en échange d'un travail qu'ils font pour les personnes âgées : aide à domicile, cours informatiques. On est dans une société tellement cloisonnée avec les jeunes d'un coté, les vieux de l'autre et au milieu ceux qui travaillent la tête dans le guidon. Les personnages de ce film ébranlent un peu tout cela car ils sont en rapport les uns avec les autres.

Avez-vous dès le départ souhaité traiter le sujet sous la forme d'une comédie ?
Je crois toujours que les plus grands drames et les plus grandes tragédies font les comédies les plus extraordinaires. Nous avons donc eu d'emblée envie de traiter le sujet comme cela. Nous voulions pouvoir rigoler de cette misère du monde et de rigoler des horreurs que peut dire Paulette.

Ce n'est pas la première fois que vous venez à Lisbonne pouvez-vous nous parler de votre séjour lors de la Révolution des ?illets en 1974 ?
En effet, je suis venu quelques mois après la Révolution d'Avril, mais c'était encore l'époque des grandes manifestations. Mes parents ont été assez fous pour me laisser partir avec un ami, à l'âge de quatorze ans. Nous avons passé dix jours seuls, avant que mes parents ne nous rejoignent. Nous allions aux manifestations. Nous étions des petits occidentaux d'après guerre, et on trouvait cela formidable et très romantique. J'avais des parents assez engagés et c'était l'époque où la dernière dictature européenne tombait.
Par la suite, je suis revenue en 1993, vingt ans plus tard, pour La Reine Margot. J'étais le premier assistant sur le film que l'on a tourné au Portugal.

Que représente le Portugal pour vous actuellement ?
Pour moi le Portugal représente ce pays qui fait partie de mon histoire passée. Il est aussi un des pays qui a le plus de problème en Europe. Cela dit, en France  la situation n´est pas mieux.  Je crois qu'on est tous dans le même bain. C'est donc avant tout un pays de souvenirs. Cette Révolution m'a beaucoup marquée car c'était la première fois que je voyais un mouvement politique important.

Que pensez-vous de votre film par rapport au Portugal actuel ?
Quand j'écoute les réactions du public dans la salle, j'ai l'impression qu'il y a une résonance. C'est la première projection publique du film dans le monde entier. Je ne savais pas si les spectateurs allaient percevoir la dimension du drame social qui se noue. Apparemment, si j'en juge par les questions, et la qualité du rire, j'ai l'impression que ça a fonctionné. Et j'en suis très heureux. J'ai l'impression qu'il y a plus de répercussion ici, car la situation est encore plus bancale et plus en perte de vitesse qu'en France. Le film sort en France le 16 janvier, et je verrai à ce moment là les répercussions sur le public français.

Pourquoi le film a-t-il été diffusé d'abord au Portugal, et pas en France ?
Le film devait sortir le 7 novembre en France, mais le producteur a pensé que ce n'était pas une bonne idée, car actuellement, vingt-trois films sortent chaque semaine dans les salles. Or, c'est un petit film qui a besoin d'être supporté. Il faut qu'on en parle. Le producteur a donc décidé de reculer la sortie de deux mois, et entre temps de montrer le film dans un maximum d'endroits.

Avez-vous des films en préparation ?
J'ai plusieurs films qui sont en cours d'écriture ainsi que d'autres projets depuis plusieurs années. J'ai une autre comédie qui me tient beaucoup à c?ur. Il s'agit plus d'une comédie identitaire sur une jeune "lolita" qui va rejoindre son père avec qui elle n'a pas grandi. C'est sur la rencontre de deux mondes différents.

Propos recueillis par Maria Sobral et Laura Bouhours (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) mercredi 17 avril 2013

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Synopsis
Paulette vit seule dans une cité HLM de la banlieue parisienne. Avec sa maigre retraite, elle n'arrive plus à joindre les deux bouts. Lorsqu'un soir elle assiste à un curieux trafic en bas de son immeuble, Paulette y voit le signe du destin. Elle décide de se lancer dans la vente de cannabis. Après tout, pourquoi pas elle ? Paulette était pâtissière autrefois. Son don pour le commerce et ses talents de cuisinière sont autant d'atouts pour trouver des solutions originales dans l'exercice de sa nouvelle activité. Mais on ne s'improvise pas dealer !

Film avec : André Penvern, Axelle Laffont, Bernadette Lafont, Carmen Maura, Dominique Lavanant, Françoise Bertin

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Publié le 16 avril 2013, mis à jour le 17 avril 2013
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