

Le film Les femmes du sixième étage réalisé par Philippe Le Guay et présenté au Portugal dans le cadre de la fête du Cinéma français sort aujourd´hui en salle à Lisbonne. Une comédie sociale qui nous emmène quelques années en arrière pour "montrer une vision plus positive de l'immigration" comme nous l´explique Philippe Le Guay que nous avons rencontré lors de son passage à Lisbonne pour présenter son film
Synopsis
Paris, années 60. Jean-Louis Joubert, agent de change rigoureux et père de famille "coincé", découvre qu'une joyeuse cohorte de bonnes espagnoles vit... au sixième étage de son immeuble bourgeois.
Maria, la jeune femme qui travaille sous son toit, lui fait découvrir un univers exubérant et folklorique à l'opposé des manières et de l'austérité de son milieu. Touché par ces femmes pleines de vie, il se laisse aller et goûte avec émotion aux plaisirs simples pour la première fois. Mais peut-on vraiment changer de vie à 45 ans ?
(Photo : M.J. Sobral)
Lepetitjournal.com/Lisbonne - Comment vous est venue l'idée de ce film et y a-t-il une part de vécu ?
Philippe Le Guay - Il y a une petite part autobiographique. Quand j'étais enfant mes parents avaient engagé une bonne espagnole, qui est restée deux ou trois ans dans la famille. J'en garde un souvenir assez confus, mais elle a laissé une forte emprunte dans la famille. Des années plus tard, je suis allé à l'église espagnole de Paris et ça m'a rappelé cette période où les espagnoles étaient si présentes à Paris. Je me suis dit qu'il y avait un sujet possible sur cette période et sur cette immigration qui n'avait jamais été traité. On traite toujours des problèmes de l'immigration dans un sens négatif ; les difficultés d'intégration des jeunes nord africains dans le système actuel qui est de plus en plus répressif et j'ai eu envie de montrer une vision plus positive de l'immigration. Une vision plus colorée, où l'étranger n'est pas forcément un ennemi.
Vous montrez une France très clivée, avec beaucoup de préjugés. Vous pensez que la situation est toujours la même ?
Les préjugés existent toujours bien sûr. Mais disons que dans la bourgeoisie il y a aujourd'hui un complexe de classe. Dans les années soixante on s'affirmait comme bourgeois très facilement ; les bourgeois étaient de droite, les ouvriers de gauche. Aujourd'hui, 68 est passé par là, et, même s'il y a toujours des gens qui ont des femmes de ménage, qu'ils font travailler comme avant, il y existe désormais une culpabilité de la part de ces gens. Il y a alors des comportements, parfois assez comiques, de conscience de classe. Alors qu'à l'époque la conscience de classe ou du moins, le complexe de classe n'existait pas.
Concernant les actrices espagnoles, est ce que vous aviez une idée précise des actrices que vous vouliez ?
Je suis allé les chercher, mais à part Carmen Maura, je n'avais aucune idée précise concernant les actrices. Ce qui a plu à Carmen Maura c'était de jouer dans les deux langues, de les mélanger. Elle parle très bien français, contrairement à d'autres actrices qui ne parlaient pas un mot de français et qui ont appris le rôle phonétiquement. Mais de jouer sur les deux langues était pour moi un des intérêts du film.

Et comment c'est passé le tournage avec Fabrice Lucchini ?
Il ne parle pas un mot d'espagnol, ni un mot d'anglais. Il était étonné et assez charmé par la présence de ces femmes. Il a vraiment pris conscience du sujet du film quand il les a vu toutes les six à la première lecture, quelques jours avant le tournage. Ça a provoqué chez lui un sentiment très positif. Il était très attentif, très ouvert. Il donne une humanité au personnage qui correspond vraiment à ce qu'il y avait sur le plateau.
Avez-vous eu l'idée d'aller le chercher en écrivant ?
L'idée est venue très vite. Car Fabrice Lucchini a cette qualité très rare chez un acteur qui est la capacité d'émerveillement. Il a un regard étonné, candide. Comme acteur, il regarde les gens avec étonnement. Et c'est une chose que je cherchais.
Vous disiez vouloir montrer dans ce film l'immigration de manière positive. Avez-vous cette volonté, pour vos projets futurs, de faire des films positifs ?
J'aime bien un ton entre-deux. Quelque chose qui passe de l'émotion à l'humour. Je n'aime pas seulement la comédie, avec la recherche du gag à tout prix ; et en même temps les films trop sérieux, sans humour, m'ennuie.
Comment classeriez-vous votre film ? Est-ce un film social ?
Je parlerai plutôt d'une comédie sociale. Une comédie sur la rencontre de deux classes sociales, de deux cultures. Le choc vient surtout du fait que dans les années soixante, les espagnoles qui vivaient en Espagne, vivaient quasiment comme au début du XIXe siècle. Il y avait un siècle de retard avec la France. Il n'y avait pas de voiture, pas d'eau chaude, pas d'électricité dans les villages ; la religion était encore très présente, les m?urs étaient complètement fossilisées. Quand ces espagnoles arrivaient en France, en dépit du fait qu'elles travaillaient dur, elles avaient un sentiment de liberté énorme.
Laura Bouhours (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) jeudi 17 novembre 2011
En savoir plus : Cinéma Amoreiras
http://cinema.sapo.pt/filme/les-femmes-du-6eme-etage-0













