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BIZUTAGE - La "praxe" au Portugal

Par Lepetitjournal Lisbonne | Publié le 12/05/2014 à 22:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 07:06

En mai, débute la "queima da fitas" 1, partout au Portugal les étudiants fêtent la fin de leur études universitaires, c'est une page qui se tourne et le moment de beaucoup d'excès. C'est aussi le point culminant de la "praxe académica", une coutume d'un demi millénaire, à travers laquelle les étudiants développent une structure parallèle à celle de l´université.

Une coutume d'un demi millénaire
On voit souvent les étudiants portugais arpenter les rues pavées du Portugal en tenues austères, leurs capes noires tombant sur leurs chevilles. Ils semblent sortir tout droit de l'univers magique d'Harry Potter, mais en réalité c'est l'inverse, JK Rowling a vécu à Porto et s'est inspirée de la praxe pour créer le monde que l'on connaît. Pourtant ce sont des étudiants comme les autres, ils n'ont pas de baguettes magiques cachées dans leur étrange accoutrement, ils ont choisi de porter l'uniforme et de suivre la praxe. Depuis 1924, l'habit n'est plus obligatoire mais le sens de la tradition a su être préservé par la société étudiante. Le phénomène est né au XIVème à Coimbra dans l'une des plus vieilles universités d'Europe. L'appartenance à un groupe était capitale à l'époque tant les rivalités étaient grandes entre les étudiants. La praxe a donc débuté au Moyen-Age, les anciens devaient intégrer les plus jeunes, les cadrer, ils en étaient responsables. Selon Rui Morais , président d'une association étudiante à l'Institut Supérieur Technique (IST) "nobles et non nobles se retrouvaient à égalité, c'est ce sentiment qui perdure aujourd'hui, la praxe efface les différences sociales. Les médias en général ne relatent que le côté négatif de la praxe sans réellement s'intéresser aux valeurs qu'elle véhicule."

(Photo : M.J.Sobral)

"Doura praxis sed praxis"
La praxe vient du latin "praxis " qui signifie la pratique. Dans chaque université il existe une charte créée par les étudiants, dont les lois régissent le quotidien de l'étudiant. Certaines règles peuvent paraître désuètes aujourd'hui, puisque nombres d'entres elles datent de plusieurs siècles. Ce sont ces normes qui mènent la vie dure au "caloiro" (première année), s'il ne respecte pas le code la punition l´attend. Ces sociétés étudiantes se basent sur une hiérarchie clairement définie par l'ancienneté. Les caloiros n'ont pas leurs mots à dire, ils sont en bas de l'échelle et soumis aux doutores et aux vétérans. Le dux veteranus est un président élu, il nomme le conseil, cette assemblée peut être amenée à modifier les lois. A Coimbra, certaines associations d´étudiants interdisent aux nouveaux d´être dehors après minuit, sous peine de sanctions. Le mystère, le mystique, le secret sont des composantes de la praxe. Le Dux veteranum peut donner des rendez-vous nocturnes afin de questionner les aspirants qui souhaitent faire partie du conseil.

Un univers de symboles
L'uniforme tient le rôle prépondérant dans la praxe qui n'existe pas sans celui-ci. Pour punir, l'habit doit être porté. La charte explique en quelle occasion, il doit être porté et de quelle manière. La façon dont la cape est portée a une réelle importance et la symbolique varie. Lors de la serenata,  chanson qui ouvre la "queima das fitas"1, le blanc de l'uniforme ne doit pas être vu. Trois objets illustrent la praxe, la cuillère, la meka (un gourdin) et une paire de ciseaux. La cuillère sert à punir, on tape sur les ongles du contrevenant, elle symbolise la pauvreté de l'étudiant qui portait toujours sur lui, une cuillère en bois pour se nourrir à la soupe populaire. La meka est un symbole d'autorité, c'était l'arme de l'étudiant à la renaissance, il est interdit pour les premières années. La paire de ciseaux n'est plus couramment usitée puisqu'il s'agissait de couper les cheveux afin de sanctionner la mauvaise attitude d'un élève.  Les couleurs ont aussi leur rôle, elles désignent l'université ou la discipline étudiée.

Une tradition remise en cause
L'aspect rude et presque militaire ne joue pas en faveur de cette coutume qui pose un problème de sécurité. Les divers drames qui ont secoué le Portugal ces derniers mois remettent en cause cette tradition, mais selon João, de première année, "la praxe ne tue pas les gens, c'est la stupidité et les dérives de certains qui créent ces soucis. La praxe quand elle est pratiquée avec intelligence forge de réelles amitiés"


Arthur Conanec (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) mardi 13 mai 2014
arthurconanec@live.fr

1 "queima da fitas"  : brulage des rubans

(Photo : M.J. Sobral)

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