

La fusillade ce mercredi à Charlie Hebdo a fait 12 morts, dont deux policiers, 4 blessés graves et au moins 20 blessés supplémentaires. Parmi la liste des victimes de cet odieux attentat terroriste, Charb, directeur de la publication, ainsi que les dessinateurs Wolinski et Cabu. Lepetitjournal.com avait rencontré ce dernier il y a seulement quelques semaines. Nous tenions à lui rendre un dernier hommage.
Article publié le 10 décembre dernier :
Il arrive presque timidement face à nous dans un petit salon de la Fnac des Ternes où il est venu dédicacer L'Intégrale Beauf aux éditions Michel Lafon. Pourtant, Cabu, de son vrai nom Jean Cabut, 76 ans, est une sommité de la bande-dessinée et de la caricature qui ne devrait pas se cacher. Ses personnages du Grand Duduche et du Beauf sont mythiques, ses collaborations avec « Charlie Hebdo » et « Le Canard Enchaîné » historiques, ses années Dorothée inoubliables. Il est également le père du chanteur Mano Solo. Rencontre avec un artiste toujours vert.
Lepetitjournal.com - Voilà un peu plus de 40 ans que vous avez créé ce personnage du Beauf et il est toujours là. C'est assez dingue quand même, non ?!
Cabu - (Rires) Lorsqu'on le fait à la petite semaine, on ne se rend pas compte de ce que ça représente. Mais c'est vrai que 40 ans ça fait beaucoup ! Même si ce n'est pas un grand exploit. Il suffit de faire ça régulièrement et de trouver un journal qui accepte de publier ça.
Vous souvenez-vous de la première idée qui vous a guidé vers ce personnage ?
Comme tous les humoristes, nous cherchons des têtes qui représentent la bêtise, des faire-valoir. Mon personnage est ici négatif. J'ai fait autrefois un personnage plus positif, un lycéen qui est du bon côté. Il réfléchit avant de parler, ça s'appelait le Grand Duduche. Le Beauf c'est le Français moyen, râleur qui a tous le défauts, qui n'a pas vraiment une réflexion personnelle, qui répète ce qu'il entend à la télé ou au bistrot. Et toujours en colère contre quelque chose. Il a besoin de boucs émissaires, il se sert des étrangers. Là, physiquement, c'était un patron de bistrot que j'ai connu dans ma ville natale de Châlons-sur-Marne. Un type à moustaches. Le café existe toujours, le patron est désormais le fils. Nous étions allés faire un reportage pour FR3 Nancy il y a quelques années et le journaliste lui avait dit : "Vous savez que votre père a servi de modèle au dessinateur Cabu pour le personnage Le beauf ?" Il a répondu "Pour faire le quoi ?!" En fait il ne savait pas ce qu'était un beauf ! (rires). En général, les beaufs ne savent qu'ils sont des beaufs. Donc on prêche que des convaincus, enfin, on fait rigoler que des convaincus ! Mais tout ça ne sert pas à grand chose, à part faire rire.
Pas particulièrement. C'est un prototype humain qui représente assez bien le Français moyen, qui est un peu raciste, cocardier, supporter de foot de l'équipe de Franc et pas du camp adverse. Il est nationaliste et évidemment maintenant il va voter Front National même si je ne le dis pas littéralement.
Justement, comment a-t-il évolué ce Beauf ?
Il y a 40 ans, il n'osait pas dire qu'il était raciste, et qu'il n'aimait pas les étrangers. Mais aujourd'hui il le dit car de plus en plus de monde le dit. Il écoute Éric Zemmour le matin ! Il prend des libertés qu'il n'avait pas il y a 40 ans. Il devient donc nocif pour la société, mais il représente, malheureusement, une partie de cette société.
"Le Beauf est un personnage international, pas seulement français"
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Jérémy Patrelle (www.lepetitjournal.com) jeudi 11 décembre 2014













