À l'occasion de la Journée internationale du zéro déchet, célébrée ce 30 mars, une question se pose : le Portugal est-il un bon élève en matière de gestion des déchets en Europe ? Si le pays a réalisé des progrès importants ces dernières décennies, il reste encore en retard sur plusieurs objectifs européens, notamment en matière de recyclage et de réduction de la mise en décharge.


Chaque année, un Européen produit en moyenne plus de 500 kg de déchets municipaux, dont près de 48 % sont recyclés à l'échelle de l'Union européenne. Au Portugal, la situation est plus contrastée. Le pays affiche un taux de recyclage d'environ 32 % en 2023, bien en dessous de la moyenne européenne, tandis que plus de la moitié des déchets entre 54 % et 57 % sont encore envoyés en décharge. À titre de comparaison, la mise en décharge ne représente qu'environ 22 % des déchets dans l'Union européenne. Des chiffres qui illustrent un paradoxe : malgré des investissements importants et une modernisation du système, le Portugal peine encore à atteindre les objectifs fixés par Bruxelles, notamment 60 % de recyclage d'ici 2030. Dans ce contexte, Lepetitjournal.com a rencontré Graça Martinho, spécialiste de la gestion des déchets à l'Universidade NOVA de Lisboa, qui a accepté de répondre à nos questions à l'occasion de la Journée internationale du zéro déchet, et de dresser un état des lieux du traitement des déchets au Portugal.
Lepetitjournal/Lisbonne : Comment décririez-vous l'état actuel de la gestion des déchets au Portugal ?
Graça Martinho : Le Portugal a connu des progrès remarquables au cours des 25 dernières années. On est passé d'une situation où toute la population n'avait pas accès à un service de collecte, où le tri sélectif n'existait pas et où les déchets étaient simplement déposés dans des décharges, à une couverture totale du territoire avec des systèmes de collecte et de traitement appropriés. Cependant, malgré des investissements importants dans les infrastructures et la sensibilisation, les données du dernier rapport annuel sur les déchets urbains (RARU 2024) montrent une situation préoccupante. Le Portugal n'atteint pas ses objectifs en matière de réduction des déchets, de collecte sélective des biodéchets, de recyclage ou encore de réduction de la mise en décharge. La situation n'est pas catastrophique, mais elle est loin d'être positive.
Le Portugal dépend, semble t-il, encore fortement des décharges.Pourquoi est-il si difficile de réduire cette dépendance ?
En 2024, environ 54 % des déchets urbains produits au Portugal continental ont été envoyés en décharge. Même si tout le monde s'accorde à dire que la mise en décharge devrait être la dernière option, elle reste la solution la plus utilisée, au Portugal comme dans de nombreux pays. Cela s'explique par des facteurs économiques, sa capacité à traiter de grands volumes de déchets, le manque de volonté politique d'investir dans des solutions plus durables, et une participation encore insuffisante des citoyens au tri. Les décharges sont aussi moins coûteuses à construire et à exploiter que des infrastructures plus avancées comme les centres de recyclage ou les usines d'incinération. Dans certains pays comme l'Allemagne, la mise en décharge est interdite, tandis que d'autres ont fortement augmenté les taxes pour la rendre moins attractive. Au Portugal, la taxe sur les déchets devrait atteindre 40 € par tonne en 2026, mais ce niveau reste trop faible pour encourager réellement des alternatives. Pour changer la situation, il faudrait des coûts plus élevés afin de rendre le recyclage et la valorisation plus compétitif.
On peut dire que même si les citoyens sont de plus en plus sensibilisés aux enjeux environnementaux au Portugal, il existe un écart important entre la prise de conscience et les actions concrètes. Les faibles taux de tri, par exemple, montrent que la sensibilisation ne suffit pas. Il y a encore un long chemin entre savoir et agir.
Le Portugal est en retard sur ses objectifs européens de recyclage. Quels sont les principaux obstacles ?
Le pays risque de ne pas atteindre deux objectifs importants : 60 % de recyclage d'ici 2030 et une réduction à 10 % de la mise en décharge d'ici 2035. Les obstacles sont nombreux : manque de moyens techniques et financiers dans certaines municipalités, lenteur des procédures administratives, retard dans le développement des infrastructures, manque de coordination entre les acteurs, faible participation des citoyens, campagnes de sensibilisation peu efficaces et absence d'incitations plus fortes, comme les systèmes de tarification au volume de déchets.
Les déchets organiques représentent, on le voit, une grande part des déchets. Comment améliorer leur gestion ?
Malgré l'obligation européenne en vigueur depuis fin 2023, le Portugal accuse un retard important dans la collecte des biodéchets. En 2024, toutes les municipalités n'avaient pas encore mis en place de système de collecte spécifique. Seuls environ 12 % du potentiel étaient collectés ou traités, et seulement 19 % des foyers étaient couverts. Or, les biodéchets représentent près de 40 % des déchets urbains. Leur valorisation, par le compostage ou la méthanisation, est essentielle pour atteindre les objectifs de recyclage. Cela permettrait aussi de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de limiter la pollution liée aux décharges et de produire du compost ou de l'énergie renouvelable. Les avantages sont nombreux, mais il est urgent de lever les obstacles à leur développement.
Quelle est l'importance de cette Journée internationale du zéro déchet ?
Elle est importante car elle permet de sensibiliser et de mobiliser autour de la question des déchets et de leurs impacts sur l'environnement et la santé. Elle peut encourager les gouvernements et les citoyens à agir, à différents niveaux. Mais comme toutes les journées internationales, elle ne constitue qu'une étape dans un processus plus large, qui nécessite une transformation profonde de nos modes de production et de consommation.
Restez-vous optimiste quant à l'évolution du Portugal dans les années à venir ?
Oui, mais avec un optimisme modéré. Le Portugal dispose de plans stratégiques comme le PNGR 2030 et le PERSU 2030, mais le rythme des progrès reste insuffisant face à l'urgence des objectifs à atteindre. Les améliorations dépendront de nombreux facteurs complexes (politiques, économiques, techniques et comportementaux) qui ne peuvent pas être résolus rapidement.
Quel message souhaiteriez-vous faire passer à nos lecteurs ?
La production croissante de déchets et leur mise en décharge représentent une utilisation continue et non durable des ressources de la planète, qui sont limitées. Cela compromet leur disponibilité pour les générations futures. Le problème des déchets ne peut pas être résolu uniquement par la technologie. Il faut changer profondément nos modes de production et de consommation. Réduire, réutiliser et trier sont des gestes essentiels. La solution ne dépend pas seulement des politiques publiques, elle dépend aussi de chacun d'entre nous, c'est là mon appel.














