Dimanche 5 juillet 2020

25 AVRIL - Céleste Martins Caeiro, la dame aux œillets

Par Lepetitjournal Lisbonne | Publié le 25/04/2020 à 11:58 | Mis à jour le 25/04/2020 à 12:06
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Ce 25 avril, aura lieu le 46ème anniversaire de la "Révolution des œillets". Celle qui renversa le régime de Salazar, et qui a conduit à la république actuelle. Cette transition de pouvoir a eu lieu sans violence, en une journée, les militaires ont anéanti l´"Estado Novo",  un régime qui durait depuis 38 ans. Peu de gens connaissent l'histoire de ces œillets qui ont donné le nom à cette révolution également connue comme celle du 25 avril.

L'histoire dans l´Histoire
Céleste avait quarante ans en 1974, elle travaillait dans un petit restaurant, rue Braancamp, dans le centre de Lisbonne (près de la place  Marquis de Pombal). C'était une petite femme, mais énergique et profondément antifasciste, d'ailleurs dans son regard brûle encore aujourd´hui une grande ardeur. Elle se rendait à son travail, pour l'anniversaire de l'inauguration du restaurant, ouvert un an plus tôt, le 25 avril 1973. De nombreux oeillets rouges et blancs, avaient été prévus pour fêter l'événement. Seulement, les militaires avaient décidé ce jour là de renverser le pouvoir en place. Le mouvement des forces armées, fondé clandestinement en 1973, avait demandé sur les ondes, à tous les civils de rester chez eux, à l'abri du danger. Le mot est rapidement passé, et il s'est vite avéré qu'il était inutile de laisser le restaurant ouvert. Voyant le gâchis que représentait des oeillets laissés à l'abandon, le restaurateur a donc proposé au personnel de les récupérer. Ce fut aussi simple que cela. "Quand je suis arrivée devant la papeterie, avenue de la Liberté, j'ai vu les troupes, les autres collègues ont décidé de rentrer à la maison, moi je suis allée à l'encontre des troupes massées là, afin de leur demander d'où ils venaient. Ils m'ont répondu qu'ils étaient de Santarém, et qu'ils étaient là depuis l'aube. Je leur ai alors demandé s'ils avaient besoin de quelque chose. Ne possédant rien, ni boisson, ni cigarettes, je me suis résolue à leur offrir la seule chose que je possédais, c'est à dire mes oeillets", nous raconte cette petite femme 40 ans plus tard lorsque nous l´avons rencontré en 2014.
 
Céleste s'est mise à donner des fleurs à toutes les personnes qu'elle croisait sur son chemin, se rendant jusqu'à l'église de l'Incarnation, où un photographe était présent. Ce fut la première fois qu'elle monta sur un tank.

80 ans et toujours "révolutionnaire"
L'histoire semble avoir oublié cette dame de 80 ans, puisque les Portugais ne paraissent pas la connaître. Cela est étonnant, étant donné que ce sont ses gestes qui ont donné un nom à cet événement de l'histoire. Céleste continue de faire des interviews, elle raconte avoir rencontré des journalistes du monde entier, mais aussi avoir eu la chance de se tenir auprès de figures révolutionnaires, à l'occasion de certaines commémorations. Elle prend plaisir à se souvenir de sa rencontre avec Zeca Afonso, l'auteur de la chanson qui a marqué le début de la révolution. Elle se rend également au contact des plus jeunes quand sa santé le permet, elle a encore quelques messages à faire passer. La situation du pays l'attriste, les premières années furent des moments de joie, mais le manque d'emploi a rapidement poussé les jeunes à quitter le pays. Aujourd'hui, selon elle, une autre révolution est nécessaire, une révolution avec de la force et non avec des fleurs...

Aujourd'hui avec ce gouvernement de droite, elle comprend le désespoir des jeunes qui partent du pays à la recherche de travail, et elle veut leur dire combien il est important de saisir les opportunités que la vie leur apporte. La situation est, cependant, meilleure qu´au moment du fascisme car selon ses propos "il n´y a rien de pire que des arrestations arbitraires".

Céleste a vécu 40 ans depuis la révolution, elle en avait 40 au moment de celle-ci, c'est le point central de sa vie, l'événement marquant, et un moment unique de bonheur. Le 25 avril, c'est la fin de la guerre coloniale, la fin des arrestations et le retour à la maison d'une grande partie du peuple portugais.

Il est à souhaiter que les différentes générations de Portugais conservent au long du temps, la mémoire d´un événement majeur de leur Histoire.

Arthur Conanec (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) Reprise du jeudi 24 avril 2014
arthurconanec@live.fr

1 Commentaire (s)Réagir
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Jpb lun 27/04/2020 - 11:39

Très émouvante histoire, du type de celles qui entrent dans les légendes ! Merci

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