

Voici une propriété du quartier de Benfica qui nous fait songer assez facilement comment pouvait se présenter les environs de la capitale au XIXº siècle. Des fermes traditionnelles, composées de vergers, de vignes et de vastes champs cultivés voisinaient avec des palais et résidences bourgeoises garnis de beaux jardins et de maquis touffus.
Jardin de Beau-Séjour, son histoire
En 1840, la future Baronne de la Regaleira acheta l'ancienne ferme Quinta das loureiras et lui donna son appellation française par esprit de mode de l'époque. Le palais et le jardin seront construits vers 1849. Orientée plein Est, située sur un plateau d'un des versants de la vallée de Benfica, face au parc forestier de Monsanto, de cette propriété il ne reste plus aujourd'hui que le palais et une infime partie d'une surface d'à peine un hectare, les potagers productifs et le maquis environnant ayant disparu au cours du temps pour être progressivement remplacés par une urbanisation croissante.
(Photos : M.J. Sobral)
En 1859, un nouveau propriétaire, le Baron de la Gloria (1806-1876), ayant fait fortune au Brésil, va transformer l'ensemble à son goût; l'objectif étant d'en faire un lieu romantique par excellence, grande tendance du moment, avec un jardin voulant rappeler un petit oasis idyllique. En s'inspirant des jardins anglais du XVIIIe siècle, le Baron y fera planter des espèces multiples provenant de tous les horizons, accompagnées de chemins sinueux, de recoins intimes, d'un petit lac et d'un bassin avec la volonté de reproduire une nature riche en diversité.

En 1876, l'intérieur du palais eu le privilège d'être décoré avec la collaboration des frères Bordalo Pinheiro (Columbano et Rafael), ces derniers tapissant certains murs de leurs céramiques animalières et végétales. A l'extérieur, un revêtement d'azulejos ou carreaux de faïence de couleurs variées protège l'édifice, à deux étages, des intempéries et lui donne un charme incontestable. Le palais, construit sur une plateforme, domine le jardin situé en contrebas.
La Mairie de Lisbonne a acquis l'ensemble en 1980 et y a installé les services municipaux chargés des études "olisiponenses", c'est-à-dire tout ce qui concerne la capitale en documentation, réactualisée en permanence depuis 1992. Elle a dans le même temps conduit des travaux de restructuration du jardin en essayant de concilier les nouvelles fonctions du lieu à caractère public avec les caractéristiques d'un jardin chargé du romantisme portugais d'inspiration "jardim biscoito"; une composition marquée par une végétation exotique, à connotation sauvage, des jeux de lumière associant zone d'ombre et de lumière, obtenus par le contraste entre une végétation dense et des clairières, la création de différents milieux ambiants à travers l'utilisation d'éléments divers, comme des lacs, petites îles, kiosques, bassins ou armatures en fer soutenant des tonnelles.

Le jardin se situe légèrement en hauteur par rapport à l'axe assez mouvementé de circulation automobile urbaine que représente la Estrada de Benfica (nº328) et garde ainsi tout son charme, sa raison d'être originelle.
Une fois franchit le portail de l'entrée de la propriété, on constate au premier regard une végétation dense fournie par des arbres déjà bien développés, laissant difficilement pénétrer la lumière du jour. Comme espèces représentatives, nous y trouvons deux beaux platanes plus que centenaires (Platanus orientalis), une demi-douzaine de poivriers du Brésil (Schinus molle et S. terebenthifolius), un séquoia encore relativement jeune (Sequoia sempervirens), des palmiers de provenances multiples, tels les Washingtonia du Mexique et de Californie, le palmier à queue de poisson (Caryota mutis) de l'Inde, ce dernier étant imbriqué et cherchant la lumière dans l'énorme figuier d'Australie (Ficus macrophylla), un palmier au tronc gonflé par l'eau qu'il arrive à stocker (Jubaea chilensis), originaire du Chili, comme son nom d'espèce l'indique et enfin, des exemplaire de palmiers des Canaries, dont il ne reste pour certains que la base, car ils ont été coupés après avoir été victimes du charançon rouge, insecte dévastateur qui sévit à Lisbonne depuis deux à trois ans, sans que l´on trouve, semble-t-il, moyen de le stopper.

Comme autre représentant provenant de loin, appartenant à la flore d'Océanie et plus exactement à la Nouvelle-Calédonie, nous trouvons un araucaria (Araucaria columnaris) pourvu, chose insolite, de deux troncs inclinés, avec des branches peu développées, qui donnent cette impression de véritable colonne végétale. On l'appelle également "arbre de Cook", car c'est ce fameux capitaine anglais qui le signala en premier lors d'un de ses trois voyages dans le Pacifique.
Une belle glycine (Wisteria chinensis) rend le parking plus attrayant, surtout au début du printemps quand elle se pare de ses fleurs en grappe violette parfumée. Autour du lac central, des frênes endémiques du Portugal (Fraxinus angustifolia), ainsi qu'un braquichiton d'Australie (Brachychiton populneus), ont les pieds dans l'eau, autant que la haie de bambous, là où des tortues aquatiques résident.

Derrière le palais, sur une bande de terrain assez étroite, on a dispersé des pieds de romarin pour occuper l'espace et pour délimiter la propriété et faire écran à la modernité alentour, qui se trouve de l'autre côté, on a planté une lignée de châtaigniers (Castanea vesca).
Ainsi, aux abords de la capitale, voici bien une occasion de voyager dans l'espace et dans le temps à travers les plantes, tout en appréciant la sérénité de l'endroit et, pourquoi pas, chercher dans le Cabinet d'études de plus amples information sur ce qui concerne cette ville de Lisbonne au passé souvent tumultueux et à l'avenir incertain.
André Laurins (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) jeudi 18 décembre 2014
Technicien agronome (maria.friesen@sapo.pt)
Horaires :
Du lundi au vendredi de 9h à 18h, le samedi et dimanche de 10h à 17h













