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LITTERATURE – "Hadamar", une fiction d´Oriane Jeancourt Galignani

Par Lepetitjournal Lisbonne | Publié le 18/07/2017 à 22:00 | Mis à jour le 19/07/2017 à 09:12

Après deux romans fort remarqués, Oriane Jeancourt Galignani, qui dirige les pages culturelles du mensuel Transfuge, publie une troisième fiction -Hadamar- où il est question des centres d´extermination des enfants et des handicapés, un pan ignoré de l´histoire de la seconde guerre mondiale.   

(Photo : @Babelio)

Oriane Jeancourt Galignani
La seconde guerre mondiale ne cesse de nourrir l´imaginaire des écrivains plus de soixante-dix ans après son terminus. L´écriture -et la fiction en particulier- joue toujours un rôle cathartique. Elle permet aux écrivains de combler les trous de la mémoire collective et d´exorciser indirectement tous les démons d´une génération marquée par la guerre et l´ignominie.

Si les fictions sur la guerre en soi, la résistance, les persécutions nazies, voire les camps, ne manquent pas, celles sur les centres d´extermination des enfants et des handicapés, que les nazis appelaient les inutiles, sont plus rares, quasiment inexistantes. Néanmoins, ces derniers mois ont paru en France deux fictions qui abordent ce sujet. En automne, les éditions Robert Laffont ont publié la traduction en français du roman Les Élus de l´écrivain suédois Steve Sem-Sandberg qui fut à juste titre couronné du prix Médicis pour le meilleur livre étranger. En janvier, c´était au tour des éditions Grasset, dans sa belle et récente collection Le courage dirigée para Charles Dantzig, de faire paraître Hadamar, troisième roman d´Oriane Jeancourt Galignani, qui vient de recevoir le prix de la Closerie des Lilas 2017.

Dirigeant les pages littéraires du magazine Transfuge, Oriane Jeancourt Galignani avait publié aux éditions Albin Michel ses deux romans précédents (fort remarqués, d´ailleurs) : Mourir est un art comme tout le reste et L´audience. Dans le premier, elle s´inspire du suicide de Sylvia Plath et pond une confession imaginaire de cette célèbre écrivaine américaine. Dans le deuxième, elle tient le journal d´un ahurissant procès déroulé dans une petite ville du Texas où une enseignante est livrée à la vindicte publique accusée d´avoir entretenu des relations sexuelles avec quatre de ses élèves, tous majeurs.

Dans Hadamar, on l´a vu, Oriane Jeancourt Galignani (française d´ascendance allemande) écrit sur un pan ignoré de l´histoire de l´Allemagne et de l´Europe en guerre, celui des centres d´extermination des enfants et des handicapés.

L´enfer d´Hadamar
En 1945, un homme, le journaliste allemand Franz Müntz, sort du camp de  Dachau où il était emprisonné pour ses articles d´opposition au Troisième Reich, qui vient de s´effondrer. Dans un monde en pleine déliquescence, Franz regagne la ville de Lügendorf où il habitait. En chemin, il est accueilli par la Croix-Rouge et croise des soldats circulant dans une jeep, des soldats américains "à tête de charcutier" comme ceux qui avaient libéré  Dachau. Il éprouve un sentiment étrange devant ces soldats qu´il aurait pourtant pu voir en libérateurs : "Franz sent la supériorité de ces hommes à faces rondes, si bien nourris. L´empathie de quelques-uns, l´incompréhension de la plupart. Il y a encore quelques années, il aurait essayé de leur parler, de son mauvais anglais, il se serait fait comprendre. Il leur aurait dit ce qu´il avait lu de leur presse, ce qu´il sait de Texas et de New York, ce qu´il espère de leur force. Il aurait pu les voir en libérateurs. Il aurait suffi qu´ils arrivent plus tôt. Mais aujourd´hui, ces types bien, avec leurs uniformes ajustés et leurs briques de lait, sont des guignols parachutés dans leur marasme".

Il aperçoit finalement la colline de Lügendorf et en devine "les ruines, les toits qui manquent, la canopée édentée". La ville-lit-on-a l´apparente dignité d´une fille entraînée dans le coin sombre d´un bal et retrouvée au matin, abîmée mais la coiffure intacte.

Il retrouve sa maison où quelqu´un avait été il n´y avait pas si longtemps que ça, mais son fils Kasper qui avant la guerre avait adhéré aux Jeunesses hitlériennes n´y était pas. En s´approchant de la rivière, Franz remarque qu´elle est uniformément rouge et rencontre une femme -Theresa- qui lui dit que la raison en est peut-être l´empoisonnement par les Russes ou Hadamar, où se trouvait un hôpital fermé par les Américains. Franz fouille dans sa mémoire et se rappelle ce nom aux consonnes orientales : "Hadamar, un écho tinte en lui, ce nom traversait Lügendorf avant guerre : tu finiras à Hadamar?On chuchotait cela aux enfants, certains y partaient murmurait-on, enfin, étaient envoyés là-bas, oui, c´est ça, on était envoyé à Hadamar."

En quête de son fils, Franz est amené à retrouver le commandant Wilson, un homme cultivé, épris de littérature et de musique classique, représentant de l´occupant américain, qui l´emmènera une première fois à Hadamar, un hôpital que les Américains avaient fermé sans trop savoir de quelle institution il s´agissait puisque le personnel s´était enfui n´y étant restées que quelques prisonnières polonaises. Petit à petit, le lecteur se rend compte de l´enfer qui s´était installé à Hadamar du temps des nazis?

L´usage de centres d´extermination pour enfants et handicapés ou encore celui de la psychiatrie au service d´une idéologie sont après la solution finale les aspects les plus sombres du nazisme. L´hôpital d´Hadamar fut un de ces endroits où les nazis ont poussé le plus loin leur politique ignominieuse d´élimination d´êtres humains considérés comme indésirables. En lui consacrant ce beau roman, Oriane Jeancourt Galignani a rendu hommage à toutes les victimes de ce sombre établissement. Une mémoire à préserver en ces temps d´amnésie que nous sommes en train de vivre?

Oriane Jeancourt Galignani, Hadamar, collection Le courage, éditions Grasset, Paris, janvier 2017.

Fernando Couto e Santos (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) mercredi 19 juillet 2017
http://laplumedissidente.blogspot.pt/

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