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Julien Spiewak: "le corps dialogue avec les arts décoratifs et les lieux historiques"

Du 8 au 29 avril Julien Spiewak expose plusieurs de ses œuvres, réalisées sur vingt ans pour l’exposition "Les Palais de Poudre Blanche", à l´Alliance française de Lisbonne dans le cadre du mois de la Francophonie qui se poursuit au mois d´avril.

Julien SpiewakJulien Spiewak
©MJ. Sobral
Écrit par Marie Sobral
Publié le 7 avril 2026, mis à jour le 8 avril 2026

Depuis près de vingt ans, le photographe Julien Spiewak qui vit et travaille à Paris, développe avec Corps de style une œuvre singulière, à la croisée du corps, de l’architecture et des arts décoratifs. Exposé à l’international, il investit musées et palais pour créer des images où le corps devient une extension des œuvres.

A l´occasion de l´inauguration de l´exposition Les Palais de Poudre Blanche, Lepetitjournal.com a été à la rencontre de l´artiste qui nous dévoile sa démarche artistique.

 

Exposition Les Palais de Poudre Blanche à l´Alliance française de Lisbonne
Julien Spiewak, Frédéric Daventure, Directeur Général de l´Alliance Française Lisbonne et Altina Mar ©MJ. Sobral

 

Lepetitjournal.com/Lisbonne : Votre série Corps de style interroge le rapport entre le corps et l’image. Comment cette démarche est-elle née ?

Julien Spiewak : Je suis passionné depuis toujours par le mobilier et les arts décoratifs. Très tôt, j’ai perçu dans ces objets des formes qui évoquent le corps humain. La photographie m’a permis de révéler ces correspondances. Mes premières images ont été réalisées chez des collectionneurs : photographier leurs œuvres revenait presque à faire leur portrait intime.


Depuis 2005, votre travail a-t-il évolué ?

Oui, profondément. Après mes débuts chez des particuliers, des musées m’ont invité à intervenir dans leurs collections. Cela a marqué un tournant dans ma pratique. J’ai commencé à préparer davantage mes images, avec des repérages et des croquis en amont. Les prises de vue se font ensuite avec des modèles, souvent lors des jours de fermeture, dans une approche plus construite.


Vous intégrez des fragments de corps nus dans des lieux chargés d’histoire. Cherchez-vous à provoquer ?

Pas du tout. Le nu quitte simplement l’espace privé pour entrer dans celui, public, du musée. Mon intention n’est pas de choquer, mais de révéler des correspondances visuelles : entre les matières, les courbes, les couleurs. Je travaille avec des modèles très différents, et j’aime mettre en valeur des détails parfois jugés imparfaits. Le corps dialogue avec les œuvres, il en devient une extension.

 

Vous travaillez dans des lieux prestigieux à travers le monde. Est-ce un choix assumé ?

Je suis attiré par les lieux chargés de mémoire. En Italie, j’ai travaillé chez les Doria Pamphilj ; au Brésil, dans d’anciens palais impériaux. Chaque site possède une identité forte. Mon travail en propose une lecture croisée, entre regard contemporain et héritage historique.

 

Exposition Les Palais de Poudre Blanche à l´Alliance française de Lisbonne

Colonne de marbre, Carole. Musée Ariana, Ville de Genève. 2018 ©Julien Spiewak

 Exposition Les Palais de Poudre Blanche à l´Alliance française de Lisbonne

Exposition "Les Palais de Poudre Blanche", à l´Alliance française de Lisbonne ©MJ. Sobral


Pourquoi fragmenter le corps plutôt que le montrer dans son intégralité ?

Au départ, je photographiais les modèles en entier, mais cela évoquait trop la photographie de mode. En fragmentant le corps, je dépersonnalise le modèle. L’image devient plus universelle, plus plastique.

 

Exposition Les Palais de Poudre Blanche à l´Alliance française de Lisbonne

Portrait de S. M. l’Impératirce du Brésil, Thérèse-Christine de Bourbon-Siciles, Françoise. Musée impérial, Ibram-MinC. 2015 ©Julien Spiewak 

Exposition Les Palais de Poudre Blanche à l´Alliance française de Lisbonne

Chienne blanche devant un buisson de sureau (1714), Carole, fauteuil en bois de daim et cuir (XIXe siècle). Musée de la Chasse et de la Nature. 2012 ©Julien Spiewak  

 

Que vous apportent vos expositions à l’international ?

Je suis très heureux d’exposer à l’étranger et de réaliser de nouvelles photographies dans des lieux inattendus. Ce projet a donné des idées à d’autres institutions et musées qui sont heureux de m’accueillir pour travailler sur leurs collections. Avec la galerie qui me représente à Bangkok, j’ai eu l’occasion de réaliser récemment des photographies dans un temple bouddhique, c’était une expérience inoubliable et une véritable rencontre entre mon regard européen et la culture thaïe.


Que représente cette exposition à Lisbonne ?

C’est une première importante. La curatrice Andréa Pastore a sélectionné des œuvres réalisées sur vingt ans pour l’exposition Les Palais de Poudre Blanche. Son approche, très liée au XVIIIe siècle, a donné une cohérence particulière à l’ensemble. Je suis ravi de présenter mon travail à Lisbonne, à l’Alliance française.


Pouvez-vous dire quelques mots sur votre projet avec Altina Mar qui intègre l´exposition à l´Alliance française ?

Andréa Pastore, la curatrice de l'exposition, fait dialoguer mon travail photographique avec trois sculptures d'Altina Mar, artiste portugaise formée à l'école des Gobelins. Ses tapisseries uniques font d'une autre manière référence au XVIIIe siècle. 

 

Exposition Les Palais de Poudre Blanche à l´Alliance française de Lisbonne
Sculptures d'Altina Mar ©MJ. Sobral


Quels sont vos projets, notamment au Portugal ?

Lors de la préparation de l’exposition, j’ai découvert le Palais Fronteira, à Benfica. C’est un lieu fascinant, notamment pour ses azulejos et ses décors muraux. J’aimerais y développer un projet photographique, en dialogue avec l’histoire du Portugal.


Exposition “Les Palais de Poudre Blanche" à Alliance Française de Lisbonne, du 8 avril au 29 Avril 2026 du lundi au vendredi, de 9h à 19h.
Avenida Conselheiro Fernando de Sousa 21A, Lisbonne

 

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