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JARDIN - Le jardin Garcia da Orta, au Parc das Nações (Oriente)

Par André Laurins | Publié le 07/03/2019 à 00:39 | Mis à jour le 07/03/2019 à 09:57
Photo : ©M.J. Sobral
Le jardin Garcia da Orta, au Parc das Nações

Certainement que ce jardin doit être l'un des plus récents de la capitale portugaise, puisqu'il a été conçu en 1998 au moment de l'exposition universelle dédiée aux océans. D'une conception originale, avec une surface d'environ un hectare, il est divisé en cinq parties bien distinctes, cinq jardins en somme, au bord de l'immense estuaire du Tage. Pour un véritable voyage intercontinental, chaque parcelle est dédiée à une grande région de diversité botanique du monde portugais; Coloane (île de la région de Macao), Goa, São Tomé et Brésil, Macaronésie (îles atlantiques) et enfin Afrique (Angola et Mozambique).

 

Garcia da Orta, un des plus grands botanistes portugais


Au départ, on y planta environ 400 espèces de plantes différentes sur l'ensemble des cinq parcelles, mais depuis certaines ont dépéri par manque d'adaptation à ce milieu bien spécifique de bord de fleuve, avec un air salin bien prononcé.

Tout d'abord, la raison de l'avoir appelé ainsi. On peut dire que Garcia da Orta (1500-1568) fut sans nul doute l'un des plus grands botanistes portugais et qu'il avait un nom prédestiné (horta : potager) bien qu'il fut d'abord médecin de son état. Né à Castelo de Vide, ville de l'Alentejo où ses parents s'étaient réfugiés des persécutions dont souffraient les Juifs en Espagne, cet homme fut un véritable pionnier de la botanique au service de la médecine et de la science moderne. Garcia da Orta s'était formé en art, philosophie et médecine, dans des universités espagnoles, puis exerça sa profession au Portugal. C'est en 153 qu'il embarque pour l'Inde au titre de «physique» de son grand ami et protecteur Martim Afonso de Sousa (1500-1571), grand capitaine de la mer des Indes, auquel il dédiera plus tard ses Colloques, en 1563. Pendant trente ans, Orta va recueillir, étudier et décrire les plantes de l'Inde, divulguant de nouvelles espèces et rectifiant certaines erreurs sur d'autres plantes déjà connues. Ses descriptions seront de telles formes précises qu'elles permettent, encore aujourd'hui, d'identifier clairement la plante à laquelle il se réfère avec nombreuses de ses applications médicinales.

A une époque où dire la vérité et la rechercher pouvait conduire au bucher de l'Inquisition, Orta ne se gêna pas pour corriger les plus hautes autorités en matière médicale, attitude souvent considérée comme impensable. Ainsi, les institutions dogmatiques ne lui pardonneront rien et douze ans après sa mort, il fut condamné par le Tribunal de l'Inquisition pour pratique de judaïsme et ses os furent exhumés et brulés.

Macao et  la Chine méridionale


La parcelle située le plus à l'ouest et le plus en aval du fleuve est celle représentant la flore de Macao et de la Chine méridionale, caractérisée par un petit champ de riz (Oryza sativa), l'une des plus grosses productions de céréale au monde pour l'alimentation humaine. Seules les cultures du maïs et du blé lui sont supérieures. L'homme a domestiqué cette plante il y a 6000 ans environ dans le Sud-est asiatique, bien que l'on pense que son lieu d'origine se situe dans les montagnes de l'Himalaya. Ceci a de quoi surprendre quand on sait que sa culture se réalise essentiellement sur des terrasses inondées ou dans des estuaires, comme c'est par exemple le cas à Alcacer do Sal. Il faut rappeler aussi que plusieurs espèces de «riz» sont originaires d'Afrique et d'Amérique, dont certaines sont encore cultivée aujourd'hui de manière limitée. Les Portugais implanteront le riz asiatique en Guinée ou au Brésil, après que celui-ci se soit bien acclimaté dans la région méditerranéenne grâce à la contribution des Arabes, qui le rapportèrent d'Orient.

Cette parcelle est aussi appelée Coloane en hommage à João de Loureiro (1710-1791), ayant lui aussi un nom bien approprié (laurier), jésuite envoyé à Macao, puis à Goa avant de s'installer en Indochine pendant 36 ans et d'y rédiger la «Flora cochinchinensis». Il finira sa carrière au Jardin botanique de Ajuda et on peut le considérer comme le plus grand botaniste portugais, car Garcia da Orta était d'abord et avant tout médecin. João de Loureiro s'intéressa aussi à la paléontologie, science peu développée à son époque, prouvant son caractère ouvert à l'esprit des Lumières.
Toujours dans cette parcelle asiatique, on trouve également l'arbre des balcons (Lagerstromia indica) au tronc lisse si agréable au touché, de petite stature et d'une magnifique floraison au printemps. Le murier (Morus alba), à l'extrémité, est l'arbre à feuilles caduques qui alimente les vers à soie et celui-ci donne des fruits blancs, comme son nom d'espèce l'indique. Un cannelier de Java (Cinamomum burmanii) de la famille des lauriers, des bambous et un murier de papier (Broussonetia papyfera) complètent la représentation de cette partie du monde si riche en diversité végétale.

Goa


Toujours en Asie, nous avons la deuxième parcelle consacrée à Goa avec un palmier relativement rare à Lisbonne, celui à queue de poisson (Caryota mitis) ses palmes ayant une forme bien spécifique, Il possède des fruits rouges toxiques, alors que le c?ur de son stipe (tronc), lui, est comestible et sert à produire du sucre. A côté, on peut admirer un figuier des pagodes (Ficus religiosa), ou arbre de Bouddha, car il est dit que c'est à l'ombre de l'un de ces arbres que Siddharta Gautama atteignit l'illumination. Il est donc sacré pour les Hindous et les Bouddhistes. On connaît à Bombay un exemplaire qui a plus de 3000 ans, preuve d'une grande longévité.

Ses feuilles pérennes aident à le reconnaître, car elles possèdent une sorte de gouttière à leur extrémité qui leur permet d'évacuer rapidement l'eau des fortes pluies tropicales et elles s'agitent à la moindre petite brise. Enfin, on l'utilise aussi comme plante médicinale. Pour compléter cette description de parcelle orientale, il faudra signaler un manguier (Manguifera indica) et un mélia (Melia azedarach), arbre très ornemental aux multiples fleurs violettes qui sentent le jasmin, le printemps venu, avant qu'elles ne se transforment en grappes de cerises jaunes utilisées comme insecticide naturel.

1ère partie - Reprise du mercredi 29 mai 2013

En savoir plus : Visite guidée en français, par André Laurins - samedi 16 Mars de 10h00 à 12h30 - (rdv devant la statue en fer prés des drapeaux des nations en face du  le centre commercial Vasco da Gama à partir de 9h45 - participation de 5€), Inscriptions : Tel. 914 699 247 - laurins.andre@gmail.com

 

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