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Fragiel & Sólido : une rencontre artistique entre la Belgique et le Portugal

Du 10 au 29 avril, la Sala de Exposições de l´Institut Camões l'organisme public portugais chargé de promouvoir la langue et la culture portugaise à l’international, situé Avenida da Liberdade à Lisbonne, accueille Fragiel & Sólido, une exposition organisée par VivaCultura en collaboration avec l’Ambassade de Belgique. Pensée comme un projet culturel bilatéral entre la Belgique et le Portugal, elle réunit les œuvres de Jorge Pé-Curto et Mieke Everaet, autour d’un dialogue entre solidité et fragilité.

Exposition Fragiel & Sólido à l´institut Camões à LisbonneExposition Fragiel & Sólido à l´institut Camões à Lisbonne
Mieke Everaet et Jorge Pé-Curto ©A. Piedboeuf
Écrit par Achille Piedboeuf
Publié le 15 avril 2026

À travers VivaCultura, dont elle est la directrice, la galeriste belge Griet Meert développe depuis plusieurs années un travail de mise en relation entre la scène artistique portugaise et la Belgique. Animée par une véritable passion pour le Portugal, elle s’attache à promouvoir des artistes encore peu visibles en Flandre, tout en créant des projets d’échange culturel entre les deux pays. Avec l’exposition Fragiel & Sólido, elle réunit les univers de Jorge Pé-Curto et Mieke Everaet, dans une démarche qui dépasse la simple mise en regard d’œuvres pour devenir un véritable espace de dialogue.

À l’occasion de cette exposition, Lepetitjournal.com a rencontré Griet Meert à l’initiative de l’exposition, ainsi que les deux artistes, afin d’évoquer la genèse du projet, leur rapport à la matière et les liens culturels qui unissent le Portugal et la Belgique.


Lepetitjournal.com/Lisbonne : Que signifie le titre "Fragiel & Sólido" et comment s’incarne-t-il dans les œuvres exposées ?

Griet Meert : Le titre vient directement des œuvres. Il y a les pièces de Mieke, en porcelaine très fine, donc liées à la fragilité. Et celles de Jorge, qui sont très solides, très ancrées. “Fragiel” est un mot néerlandais, “sólido” un mot portugais. Cela reflète aussi le caractère bilatéral de l’exposition. Les deux artistes travaillent avec le même élément de base, la terre, mais ils en tirent des résultats totalement différents. C’est cette diversité, à partir d’une base commune, qui nous intéressait.
Comment s’est construite la collaboration entre les artistes, issus de cultures différentes ?

 

Sculture de Jorge Pé-Curto
Kom_Esculturas, Linhas ondulada de Mieke Everaet  ©A. Piedboeuf


GM : Elle s’est faite assez naturellement, à travers des correspondances visuelles. Il y a le blanc, par exemple : le blanc du marbre chez Jorge et celui de la porcelaine chez Mieke. Et aussi le bleu, très présent dans la culture portugaise, qui entre en résonance avec certaines sensibilités du travail de Mieke. Et puis il y a aussi une affinité plus personnelle : Mieke a une vraie sensibilité pour le Portugal. En ce qui concerne les œuvres de Jorge, au départ, il n’y avait pas de lien particulier. Mais j’ai découvert pour la première fois une œuvre de Georges au Portugal, dans le sud, et cela m’a profondément marqué. Il y a aussi une dimension de surréalisme belge dans son travail qui rentre parfaitement dans cette connexion belgo-portugaise. 


Avez-vous rencontré des difficultés pour harmoniser cette collaboration ?

GM : Il fallait trouver un équilibre, oui. Faire coexister deux univers très différents sans les forcer à se ressembler. Mais c’est justement ce qui fait la richesse du projet. Une exposition en duo permet de renforcer le travail de chacun.


Mieke Everaet, le Portugal a-t-il influencé votre travail ou votre regard ?

Je pense que oui. Il y a quelque chose dans les couleurs, dans la lumière, dans cette combinaison de bleu et de blanc, qui m’attire beaucoup. Cela ne se traduit pas forcément de manière directe, mais ça influence une sensibilité, une manière de voir.

 

Sculture Mieke Everaet
Caçadores de Ninhos, (Chasseurs de nids) de Jorge Pé-Curto.©A. Piedboeuf


Jorge Pé-Curto y a-t-il un dialogue ou une opposition entre vos travaux ?

Je ne dirais pas qu’il s’agit d’une opposition. Mais ce n’est pas non plus un dialogue évident. J’apprécie beaucoup le travail de Mieke. Et ce qui m’intéresse, c’est la diversité. Sans diversité, tout devient uniforme. Ici, les différences sont parfois fortes, et c’est cela qui pousse le spectateur à réfléchir.


Quels thèmes souhaitez-vous explorer à travers cette exposition ?

Jorge Pé-Curto : Il n’y a pas un seul thème. Le plus important, c’est la communication. Sortir de l’atelier, rencontrer le public, créer une interaction. On ne veut pas imposer un message, mais ouvrir un dialogue, surtout dans une société marquée par les tensions.


Mieke Everaet, votre travail joue sur des contrastes. Est-ce une manière de questionner notre perception du monde ?

Dans mon travail, le contraste passe beaucoup par le matériau. La porcelaine est fragile, mais elle peut aussi avoir une présence très forte. Il y a un décalage entre ce que l’on pense voir et ce que l’on ressent réellement.


Griet Meert, en quoi cette exposition reflète-t-elle un échange culturel entre le Portugal et la Belgique ?

C’est un projet profondément bilatéral. Je parle souvent de “diplomatie douce”. L’art permet de créer du lien, de faire circuler des idées. En Belgique, on connaît encore trop peu les artistes portugais. C’est aussi une manière de les mettre en lumière. Et je pense qu’il existe des affinités entre ces deux cultures.


Que représente le Portugal pour vous ?

GM : C’est une culture très riche, avec une histoire forte et des liens anciens avec la Flandre, qui remontent déjà au XIº siècle. On ne le sait pas toujours, mais il y a eu beaucoup d’échanges, notamment maritimes, entre ces deux régions. Ces liens se ressentent aussi dans certaines sensibilités visuelles. Par exemple, le bleu et le blanc — très présents au Portugal, notamment dans les azulejos — trouvent aussi des échos dans certaines traditions en Flandre, et dans le travail de Mieke avec la porcelaine.

 

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