

Agnès Jaoui a été la marraine de la fête du cinéma français 2014 qui vient de se terminer à Lisbonne mais qui se prolonge au Portugal dans plusieurs autres villes jusqu´au 10 novembre. Elle est venue au Portugal comme réalisatrice mais aussi en tant que scénariste et actrice pour présenter son film "Au bout du conte". Elle a une affinité particulière avec le Portugal dont elle a parlé au cours d´un entretien avec Lepetitjournal.
Agnès Jaoui possède par ailleurs des talents de chanteuse que le public franco-portugais a pu apprécier au cours d´un concert qui a eu lieu jeudi dernier au Lux-Frágil à Lisbonne, celui-ci a marqué la fin des célébrations des quinze ans du traité d´amitié Paris-Lisbonne. Un des moment fort du concert a été le duo qu´elle a chanté en portugais avec Camané, ce n´était pas la première fois que cela se produisait puisqu´elle a, par ailleurs, enregistré un duo avec lui et également avec Misia et Bonga.
(Photos : M.J. Sobral)
Lepetitjournal.com : Ce film est-il un virage ou simplement une volonté de faire quelque chose de différent ?
Agnès Jaoui : Je ne sais pas encore si c'est un virage, l'avenir le dira. En vérité, Jean-Pierre Bacri et moi-même nous aimons trouver des formes particulières, on écrit ensemble depuis le début. Lorsqu´on a commencé au théâtre avec une pièce qui se déroulait uniquement dans une cuisine, Cuisine et dépendance. C'était déjà une forme particulière, certes un peu imposée par le théâtre qui est un lieu unique, mais on aurait pu changer le décor. Il y a donc quelque chose qui nous amuse. Quand Resnais nous a proposé On connait la chanson ou Smoking/No smoking, c'était des formes particulières qui nous plaisaient. Et souvent on part sur une écriture en pensant à une forme particulière qu'on abandonne petit à petit parce que l'histoire nous amène ailleurs et que l'on ne tient pas cette forme. Cette fois, on a tenu jusqu'au bout et on a pu s'amuser avec les contes jusqu'au bout.
Quelle a été l´idée initiale du film ?
Depuis longtemps je me demande pourquoi, alors que j'étais fille de parents féministes, psychanalystes, etc?, pourquoi j'attendais mon prince charmant et pourquoi le féminisme m'avait visiblement moins atteint et moins influencé que les contes et l'image de la princesse endormie qui attend d'être réveillée par un homme. C'est donc venu de ça et du fait que nous avions envie depuis longtemps de traiter des croyances en général, de l'irrationalité, etc?
Vous avez donc exploité des éléments que vous connaissiez ?
Oui, nous avons pris toutes les figures des contes et c'est intéressant de constater qu'aujourd'hui, bien que la société ai beaucoup évoluée, c'est toujours ces vieux contes qui sont les plus connu de tous : Le petit Chaperon Rouge, La Belle aux Bois dormants? qui nous marquent tous et toutes.
Il y a donc dans votre film une juxtaposition entre la fantaisie et la réalité ?
Oui, l'objectif c'était d'essayer de confronter ce que serai ces archétypes aujourd'hui ; en quoi ils s'incarneraient, ceux qui sont toujours d'actualité comme la mère ou la belle mère qui ne veut pas vieillir, ce que serait un loup aujourd'hui, qu'est-ce que ça signifie, la peur que les filles se fassent violer?
Vous êtes la marraine de la 14e fête du Cinéma français, cette invitation vous a-t-elle surprise et avez-vous accepté immédiatement ?
J'ai accepté immédiatement et j'ai été touchée par cette invitation. J'étais très heureuse parce que j'aime réellement et énormément le Portugal et ce que je connais de la culture portugaise, notamment via le fado et les portugais. Je les aime au Portugal et aussi en France où il y a une forte communauté. Je suis heureuse que dans mon quartier il y ai des Portugais pour que je puisse avoir un peu de chaleur humaine.
Que vous inspire la fête du cinéma français ici à Lisbonne ?
C'est une occasion pour les Lisboètes de découvrir des films qui sont particulièrement bons ces dernières années. Je pense à Camille redouble, Alceste à bicyclette, ou encore l'?uvre de Lanzmann. C'est une opportunité et un échange. L'année dernière on a pu voir au théâtre de la ville des spectacles portugais formidables. Ces échanges devraient avoir lieu plus souvent. Je pense que ce sont de superbes initiatives.
Non. C'est indissociable. J'aime faire tout ça, et d'autres choses encore. On est tous multiple et j'aime changer de milieu, d'univers. Je pense aussi que tous ces métiers sont profondément reliés les uns aux autres. C'est une question de rythme, d'amour et de goût du rythme, de justesse, d'écoute de l'autre. Ça me paraît donc naturel.
Pouvez-vous nous parler de l´importance qu'a la musique dans vos films ?
Je pense que non seulement la musique, mais aussi le son ont une importance énorme dans les films. Tous les grands cinéastes, ou la grande majorité, ont un rapport particulier à la musique. En général on se souvient presque autant de la musique que du film. Que ce soit chez Fellini avec Nino Rota, chez Chaplin qui l'écrivait lui même, chez Woody Allen où c'est toujours des classiques de jazz qui vous font immédiatement rentrer dans son univers, ou encore chez Almodovar avec Alberto Iglesias. Beaucoup de ces collaborations ont donné des ?uvres géniales. Le son est plus subliminal et je trouve que c'est ce qui date le plus souvent un film. Je pense qu'il y a des films qui ont été détruits par la musique et d'autres qui n'auraient pas été ces films là sans la musique. A part ça, mon moment préféré c'est quand je mets la musique sur les images, que je me rends compte que ça marche ou que ça ne marche pas, que ça prend vie. Je travaille avec le même ingénieur de son depuis le début, Jean-Pierre Duret, et on a une collaboration extrêmement étroite d'une importance fondamentale. De plus, j'aime par-dessus tout la musique, donc j'éprouve un plaisir particulier quand je peux l'utiliser dans une scène.
Y a-t-il un style de musique particulier que vous préférez ?
Non. Mes goûts sont extrêmement éclectiques et vont de la variété à la musique classique, à la musique baroque et la musique populaire d'Amérique du Sud. C'est très vaste.
Dans ce film, c´est la musique classique qui est utilisée, associez-vous le style de musique à l'histoire ?
Je pense que c'est lié à l'idée que je me fais du conte et des codes du conte. Fernando Fiszbein, qui a composé la musique du film, et moi avons beaucoup écouté les scores de Cendrillon, les partitions des vieux Walt Disney qui sont très belles et très riches. Nous avons écouté du Stephen Sondheim, Into the Woods etc? la musique de Peau D'Ane, la musique de Michel Legrand. On s'est beaucoup amusé avec la musique classique, et donc en effet nous avons plutôt utilisé ce style de musique qui pour moi correspondait aux codes du conte.
Le concert du 17 octobre, ici à Lisbonne était-il un souhait de votre part ?
Non. C'est une proposition qu'on m'a faite à laquelle j'ai dit oui immédiatement, que l´Institut Français du Portugal m´a faite. J´étais déjà venue chanter au Portugal et ils savaient que j´avais déjà chanté le fado avec Mísia et Camané et que j´adorais ça, donc j´étais ravie d´accepter.
Je suis proche du Brésil parce que j'y ai adopté deux enfants, et parce que j'y ai des amis très chers depuis longtemps. Je m'y rends donc souvent. Je suis proche du Portugal parce que la meilleure amie de mon père y vit et je pense que mon père m'a bercé de Fado. Je dois beaucoup à mon père pour mon amour de la musique car c'est un grand mélomane. Je crois aussi que j'ai un lien mélancolique avec le Portugal. Je suis touchée par un aspect dépressif ou mélancolique qui parle à mes endorphines ou à mon manque d'endorphine. C'est très profond.
Vous venez donc régulièrement à Lisbonne. Quelles sont les images de Lisbonne qui vous marquent ?
Je vais vous sortir tous les clichés : Le tram, le Tage, la lumière de Lisbonne, ses pavés, l'Alfama bien sûr, Pessoa? tous les clichés.
Pouvez-vous nous parler de vos prochains projets ?
J'ai justement enregistré un disque avec Nathalie Dessay, Helena Noguerra et Liat Cohen où nous chantons de la Bossa Nova et un peu de musique classique. Nous allons le présenter dans différentes villes à partir de fin mai. Avant ça je serai au Théâtre de la Madeleine dans une pièce de Léonore Confino qui s'appelle Les Uns sur les autres, et nous écrivons avec Jean-Pierre Bacri.
Maria Sobral avec la collaboration de Laura bouhours (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) lundi 21 octobre 2013
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