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Un mariage ovambo, miroir de la société namibienne contemporaine (1/2)

Par Julie Jardel | Publié le 21/10/2018 à 18:00 | Mis à jour le 21/10/2018 à 18:00
Mariage Namibie Ovambo

Durant les onze mois que j’ai passés en Namibie, j’ai été invitée un nombre incalculable de fois à des mariages traditionnels. Dès lors que les premières présentations avec un ou une jeune Namibien(ne) sont faites, que la glace est brisée, que la discussion coule de source, une proposition à rejoindre le prochain mariage en date dans la famille en question ne tarde pas. Apparaissant comme la fête du siècle de par cette volonté constante d’y inviter autrui, un mariage est également un moment qui se doit d’être montré à et partagé avec un étranger, dans la mesure où il incarne le point d’orgue d’une fierté culturelle et d’un sens de l’accueil prononcé. Mais ces paroles enthousiastes sont finalement restées vaines jusqu’à ce que se présente véritablement une possibilité pour moi de monter dans le nord du pays pour assister à un mariage de deux membres de l’ethnie Ovambo.

Le Nord namibien

L’ethnie Ovambo est la première de Namibie : elle regroupe plus de la moitié de la population. Mais ce n’est pas une ethnie homogène pour autant. Elle est composée d’un grand nombre de sous-ethnies aux traditions singulières, qui vivent principalement et traditionnellement au Nord du pays. Chaque ethnie namibienne conserve d’ailleurs ses marques au sein d’une région définie du pays. Celle des Ovambo, anciennement nommée Ovamboland, s’étend entre le nord du Parc Naturel d’Etosha et la frontière avec l’Angola et rassemble les régions administratives d’Oshikoto, Ohangwena et Oshana. C’est un espace géographique extrêmement différent du reste du pays. Alors que le sud est fait de bush inhospitalier, de désert de sable, de reliefs arides, le tout coupé de grandes routes larges et goudronnées que l’on peut parcourir des heures sans rencontrer âme qui vive, le nord est bien plus densément peuplé et irrigué. Des palmiers, des étangs, des petites maisons en taule ou en parpaing se succèdent le long des routes principales. Les plus grandes villes du pays, en dehors de la capitale, se trouvent ici : elles fourmillent de vendeurs de rue, de voitures, de vaches et autres bovins traversant les routes à tout moment, d’écoliers marchant vers leur lieu d’étude. En passant la frontière du Nord, presque tangible, on entre dans un nouveau monde qui contraste fortement avec le reste du pays. On retrouve l’ambiance des grandes villes de l’Afrique sub-saharienne, ce fourmillement continu et joyeux, cet urbanisme désorganisé et pourtant fonctionnel. Cette région, trop éloignée des grands ports d’où sont arrivés les colons et plus difficile à maîtriser par sa densité de population et de végétation, n’a pas subi le traitement réservé pendant l’ère coloniale au reste du pays : division des terres en grandes parcelles détenues par des colons, massacre des ethnies rebelles, éviction dans le désert de celles trop faibles pour résister. Le nord est resté cette province lointaine à la frontière poreuse avec l’Angola, presque laissée à sa population locale par les allemands, les anglais puis les sud-africains. Son histoire, sa géographie et sa végétation expliquent ainsi le contraste qu’elle forme avec le reste du pays.

Le mariage, trait d’union entre tradition et modernité

Les futurs mariés sont Rebecca et Penduleni. Ils vivent ensemble depuis plusieurs années et forment une famille recomposée aux nombreux enfants. Dans un pays religieux et plutôt conservateur, où l’empreinte de la religion des colons sur les valeurs familiales reste forte, c’est pourtant de plus en plus courant. Lors de ce mariage, de nombreux exemples témoigneront de ce mélange indéniable entre modernité et traditions, héritées de l’ère coloniale ou des pratiques ancestrales africaines. 

Le mariage est une vitrine de la culture, des traditions et de l’identité d’une famille. Chaque détail dépend mais est aussi l’illustration des origines, du passé, des habitudes, du milieu socio-économique et culturel de celui ou celle qui se marie. Assister à un mariage est symbole d’une plongée dans l’intimité culturelle et familiale de quelqu’un qui souhaite partager ce que sa culture et sa famille ont à offrir avec fierté.  

mariage Namibie

La tenue

La première preuve de cette affirmation se trouve dans l’opportunité que l’on m’a donné de pouvoir porter la tenue traditionnelle Ovambo, une robe bouffante aux manches saillantes rayée de rose vif, de blanc et de noir. J’ai longtemps hésité avant de porter cette robe, prêtée par une amie pour l’occasion. Je me sentais coupable d’imposture, gênée à l’idée d’être perçue comme en train de m’approprier la culture locale sur laquelle j’ignore tant. Pourtant, mon amie namibienne m’a si vivement conseillé de la porter que j’ai cédé. J’ai tout de suite remarqué que les réactions étaient bien plus positives que je ne l’avais imaginé. J’ai tapé dans l’œil de nombreuses invitées, jeunes et moins jeunes, qui m’ont complimenté ou m’ont tout simplement décoché des sourires espiègles. Plutôt que d’être offensés par le fait que je porte leur tenue, les namibiens ont au contraire eu l’air ravis : ravis de voir un de leurs vêtements sur une étrangère, ravis je veuille partager ce moment avec eux, ravis que je m’intéresse à leur culture et leurs traditions. Dans un pays où la ségrégation reste malgré tout encore bien incrustée dans les mœurs, le fait de voir une blanche porter une tenue traditionnellement Ovambo n’est pas commun. Cependant, ma tenue a sûrement été mieux acceptée du fait que je sois étrangère, devenant presque flatteur de par ma qualité d’étrangère à leurs traditions, à leur pays, à leur langue. La différence est grande, dans le cœur des namibiens, entre les blancs d’Afrique Australe qui reproduisent de facto, volontairement ou non, une ségrégation abolie depuis plusieurs décennies, et ceux venus d’ailleurs.

Mariage Namibie

Il est une règle essentielle du mariage Ovambo: le choix d’un thème chromatique. Les mariés, les témoins, les enfants des mariés, les demoiselles et les garçons d’honneurs doivent tous porter une même teinte ou un même motif, choisi par le couple organisateur. Ainsi, il est courant de voir des familles portant tous des nœuds papillons, des cravates, des chaussures, des foulards, des robes, des jupes ou des bijoux de la même couleur ou faits du même tissu chamarré. Pour leur mariage, Rebecca et Penduleni ont choisi un camaïeu de marron pour fil conducteur. Ainsi, le marié portait un costume beige et un nœud papillon marron caramel, tandis que leurs enfants portaient un costard ocre et un nœud papillon beige, que les demoiselles d’honneur arboraient une robe en dentelle beige et les garçons d’honneur un costume caramel.

Ce thème chromatique ne rend pas pour autant les couleurs du mariages trop homogènes. La diversité dans les atours des invités apportait le dynamisme de l’arc-en-ciel. De nombreuses autres femmes portaient le tissu traditionnel, sous forme de robe semblable à la mienne ou adapté en autres vêtements, faits sur mesure par un tailleur local. D’autres invités étaient habillés à l’occidentale, formant un ensemble de talons hauts, robes fleuries, tissus légers et cravates colorées. De plus, chaque jour les demoiselles et garçons d’honneur ont arboré une tenue différente et assortie, incarnation du goût d’un grand nombre de namibiens pour la mode et les beaux habits.

Julie Jardel

Julie Jardel

Récemment diplômée de l'Ecole des Affaires Internationales de Sciences Po Paris, elle est passionnée par la coopération culturelle et artistique. Ses voyages à l'étranger et son expatriation en Namibie lui ont donné envie de partager ses expériences.
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