Au cours de cette troisième partie, Carolyn STEYN parle de son engagement dans "67 Blankets for Nelson MANDELA Day", de son attachement à la langue et à la culture française, des raisons qui la font se sentir proche de la France et de sa fierté d'avoir été décorée de l' Ordre National du Mérite.


Une histoire très personnelle
CS : Il y a aussi une raison très personnelle à mon engagement dans "67 Blankets for Nelson Mandela Day". Ma mère a grandi dans un orphelinat. Elle y est arrivée à l'âge de trois ans et y est restée jusqu'à l'âge adulte. Cet orphelinat s'appelait Nazareth House, à Yeoville, à Johannesburg. J'y suis moi-même retournée plusieurs fois. Aujourd'hui, l’institution accueille des personnes âgées et des enfants vivant avec le VIH.
Ma mère me racontait des histoires très difficiles de son enfance. Elle me parlait des gens qui venaient choisir des enfants, le dimanche.
Ils entraient et disaient : « Je vais prendre celui-ci ! ». « Je vais prendre celui-là ! »
Vous pouvez imaginer ce que cela représente pour un enfant.
Ma mère me disait qu'elle suppliait : « Choisissez-moi ! »
Et personne ne la choisissait.
Alors, lorsque je vais aujourd'hui dans ces endroits et que les enfants viennent vers moi en disant : « Je veux aller avec vous ! S'il vous plaît, emmenez-moi avec vous ! », je pense immédiatement à ma mère. Je pense à ce qu'elle a vécu. Parce que je le vis aussi, dans cette réalité actuelle.
C'est aussi pour cela que cet engagement auprès des bénéficiaires est si important pour moi.
Et vous savez ce qui est extraordinaire ? Ces rencontres avec les bénéficiaires finissent presque toujours par devenir des célébrations. Des personnes vivent dans des situations extrêmement difficiles. Certaines n'ont presque rien. Et nous arrivons avec des couvertures. Mais nous n'apportons pas seulement des couvertures.
Nous apportons de l'amour. Nous apportons de la couleur. Nous apportons de la chaleur.
Et il y a presque toujours de la musique, des chants, de la danse, de la joie. C'est incroyable d'en faire partie. C'est vraiment beau.

LPJ : Vous voulez parler de l'Afrique du Sud aujourd'hui ?
CS : Vous savez, il est tellement facile de parler uniquement du négatif. Nous savons tous qu'il y a eu de la corruption, des problèmes d'emploi, des difficultés économiques…Tout cela existe.
Mais l'Afrique du Sud est un pays magnifique. Et les gens sont magnifiques.
LPJ : Quel est votre plus grand espoir pour l'Afrique du Sud ?
CS : Mon plus grand espoir pour l'Afrique du Sud, c'est de voir un pays où les enfants sont correctement éduqués. Où ils ne rencontrent pas de difficultés pour aller à l'école. Où ils ont de l'eau, des toilettes correctes, et les conditions nécessaires pour apprendre et grandir dignement.
Et surtout… L'égalité.
J'ai vu la pire pauvreté que vous puissiez imaginer. Et je me demande : "Pourquoi ? Pourquoi les gens devraient-ils vivre comme cela ? Cela ne devrait pas être permis. J'aimerais voir une Afrique du Sud plus égalitaire".
Je ne sais pas si cela arrivera de mon vivant. Mais je crois toujours que c'est possible. Parce que le pays est magnifique. Le pays… Et les gens.
Ubuntu et fraternité
LPJ : Vous utilisez le mot « Ubuntu ». Vous avez également un lien particulier avec la France. Pensez-vous qu'il existe quelque chose de commun entre cet esprit sud-africain de solidarité, l'Ubuntu, et certaines valeurs françaises, comme la fraternité ?
CS : Pour moi, Ubuntu, c'est :
« Je suis parce que tu es. Tu es parce que je suis. »
C'est l'idée de l'unité. De la réunion. De la fraternité. De l'égalité. Nous sommes tous les mêmes. Nous avons simplement différentes façons d'exprimer cette idée.

Je pense que Ubuntu et les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité reposent finalement sur un concept assez proche. L'idée que nous sommes liés. Que nous appartenons les uns aux autres. Que nous sommes tous des êtres humains.
LPJ : Vous pensez que cet esprit existe encore aujourd'hui ?
CS : Oui. Il doit exister. Sinon, nous n'avons plus rien. Peut-être qu'il ne se manifeste pas chez tout le monde. Mais je pense que la majorité des gens portent encore cette idée en eux.
« J'aime la langue française »
LPJ : Vous parlez très bien français. Pourquoi avez-vous décidé d'apprendre cette langue et de vous intéresser à la culture française ?
CS : J'aime cette langue. Je trouve le français tellement romantique. Élégant, sophistiqué.
J'aurais aimé être une femme française ! Avec ce style particulier, ce « je ne sais quoi » … Les cheveux relevés, un chignon…Comme Audrey Hepburn. Elle disait : « Paris is always a good idea. »

Et je suis complètement d'accord avec elle. Je pense que c'est cette dimension romantique de la langue qui m'attire. C'est tellement beau. Et j'aimerais pouvoir parler français plus couramment, comme une Française. Pour moi, tout ce qui touche au français est beau.
La France selon Carolyn STEYN
LPJ : Vous associez donc la langue à une certaine élégance ?
CS : Oui. Je pense que les Français ont une certaine classe. Une certaine élégance.
J'aime la langue, mais aussi le style, la musique…Mireille Mathieu, par exemple.
LPJ : Vous aimez Mireille Mathieu ?
CS : J'adore Mireille Mathieu ! Son style. Ses cheveux. Cette sophistication. Et Brigitte Macron aussi. Elle est petite, élégante, sophistiquée… Avec ses talons hauts ! J'étais fascinée en la voyant à l’Élysée. Elle est parfaite.
LPJ : Je pense que les lecteurs français vont être surpris par ce passage.
CS : Tant mieux !
LPJ : Votre ami Timothy MOLOI a chanté l’hymne national français le 14 juillet. Il parle français ?
CS : Oui ! Je veux d'ailleurs que vous le rencontriez un jour. Timothy est un très bon ami. Pendant la Covid, ses concerts et son travail de chanteur se sont arrêtés. Il n'avait plus de travail. Alors il s'est demandé ce qu'il pouvait faire. Il a décidé d'apprendre le français. Un jour, il est arrivé et s'est mis à me parler français.

Je lui ai dit : « Oh ! C'est très bien ! » Il m'a expliqué qu'il avait appris avec Duolingo ! Alors je lui ai proposé de rejoindre mon cours avec Janine, qui vit maintenant en Angleterre. Depuis, il participe à notre cours du mercredi. Il parle maintenant très bien français.
Parfois, il arrive avec des mots que je ne connais même pas ! Et il me les apprend. Il apprend également des chansons françaises pour enrichir son répertoire. Il est fabuleux. Un garçon magnifique. Et il devient très français !
La reconnaissance de la France
CS : J'ai eu la chance d’être honorée par le président français.
LPJ : Vous avez été décorée ?
CS : Oui, chevalier de l'Ordre national du Mérite. C'était incroyable. J'ai reçu un appel d'Aurélien Le Chevalier. Et je me souviens lui avoir répondu : « Bonjour Monsieur l’Ambassadeur. »
C'était un appel très émouvant pour moi. Il m'a annoncé que le président français avait signé un décret la veille pour me décorer.
Je lui ai demandé : « Pardon ? C'est une plaisanterie ? ». Je n'arrivais pas à y croire. Je suis très fière de cette décoration officielle.

LPJ : Et vous saviez pourquoi elle vous a été remise ?
CS : Il m'a expliqué que c'était notamment pour 67 Blankets, mais aussi pour mon émission de radio et pour le travail que je fais autour de la culture et de la musique française.
La musique française au milieu de la nuit
LPJ : Justement, parlons de votre émission de radio.
CS : Je présente une émission consacrée à la musique. Je diffuse beaucoup de musique française et pas uniquement de la musique classique. J'aime aussi la variété, les comédies musicales de Broadway, les chansons de films… Mon émission s’appelle Hot Classic et passe sur HOT 102.7 FM.
LPJ : Vous faites cette émission tous les jours ?
CS : Oui. Du lundi au dimanche !
Je suis à l'antenne à partir de 1H du matin, jusqu’à 5 H. Quatre heures d'émission. Et cela, sept jours sur sept.
Et vous savez quelque chose ? J'aime ça. J'en profite énormément. Même à une heure du matin.

LPJ : Vous faites tout vous-même ? Vous choisissez la musique, vous enregistrez ?
CS : Non. J'ai un producteur. Lorsque j'enregistre, il est dans mes oreilles. Ensuite, il nettoie l'enregistrement et l'envoie à l'ingénieur du son, qui ajoute la musique. Nous sommes donc trois personnes à construire l'émission. Mon travail, c'est la voix.
LPJ : Après toutes ces années d'implication, qu'avez-vous appris sur la nature humaine ?
CS : Je pense que les gens veulent être reconnus. Ils veulent être appréciés. Tout le monde veut ressentir qu'il compte. Tout le monde veut être entendu. Tout le monde veut être vu. C'est quelque chose que j'ai appris au fil des années.
Et c'est peut-être finalement l'une des choses les plus importantes que nous puissions donner aux autres.
LPJ : Quel message adresseriez-vous aux françaises et aux français qui vivent à Johannesburg ?
CS : C’est très simple ! Ils/Elles devraient rejoindre 67 Blankets for Nelson MANDELA Day !
Il y a des groupes dans tellement de pays du monde. Mais pas encore en France. J'aimerais vraiment que la communauté française d'Afrique du Sud nous rejoigne. Nous sommes présents sur Facebook, Instagram et Twitter. Nous avons des groupes merveilleux à travers tout le pays. Ils se réunissent régulièrement, notamment à Norwood, Bryanston/Morningside, Fourways…
Elles pourraient contribuer à renforcer l’un de ces groupes ! Comme celui de Morningside.
Il y aura sans doute un jour un groupe en France. Mais pour commencer, la communauté française de Johannesburg peut parfaitement rejoindre les groupes qui existent déjà ici. Je voudrais surtout que les Françaises de Johannesburg nous rejoignent. Qu'elles se connectent avec les Sud-Africaines. Qu'elles parlent avec elles. Qu'elles apprennent à se connaître.
Il y a beaucoup de personnes. Elles se réunissent. Elles travaillent ensemble. Elles font vivre le mouvement.
LPJ : Si Nelson MANDELA pouvait vous voir aujourd'hui, s'il pouvait voir ce que vous avez fait de 67 Blankets, qu'aimeriez-vous qu'il vous dise ?
CS : Il aimerait ça. Il serait heureux.
Je pense qu'il me dirait : « Carolyn, tu as bien fait. »
Graça MACHEL m'a déjà dit quelque chose qui m'a profondément touchée : « Tu as trouvé ta vocation. »
Je pense que MANDELA me dirait la même chose : « Carolyn, tu as trouvé ta raison d'être. »

LPJ : Vous pensez que c'est exact ?
CS : Oui.
J'ai trouvé ma raison d'être. Un journaliste a dit quelque chose qui m'a beaucoup marquée : 67 Blankets a accompli ce qu'aucun homme politique n'avait jamais réussi à faire : Rassembler les gens. Il avait raison.
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Carolyn STEYN ne parle pas d'ambition ou de réussite individuelle. Elle parle d'enthousiasme contagieux. Elle parle d’un mouvement collectif.
Elle est persuadée que les gens sont prêts à accomplir des choses extraordinaires, à condition qu'on leur propose un rêve assez grand.
C'est sans doute là que réside la véritable force de 67 Blankets for MANDELA Day.
Ce n'est pas seulement une œuvre caritative ; c'est une manière de convaincre chacun qu'il peut contribuer, avec un simple crochet et une pelote de laine, à tisser un peu plus de fraternité.
Photos: Courtoisie Carolyn STEYN
Contacts et informations :
eMail : info@67blankets.co.za
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