Lepetitjournal.com a rencontré Carolyn Steyn pour une longue conversation autour de son parcours, de ses engagements et de sa vision de l'Afrique du Sud. Actrice, animatrice de radio, engagée, fondatrice de "67 Blankets for Nelson Mandela Day", elle revient sur les choix et les rencontres qui ont profondément marqué sa vie, en trois articles successifs. Dans cette première partie, elle raconte son enfance, son rêve d'être actrice, ses choix et surtout ce que Nelson Mandela lui a appris.


Carolyn STEYN, une vie, une destinée
Philippe PETIT pour Lepetitjournal.com (LPJ) : Madame, vous êtes renommée en Afrique du Sud. Mais peu de gens connaissent votre parcours. Cet entretien leur permettra de découvrir la personne que vous êtes, au travers des innombrables activités que vous menez et de votre chemin de vie.
Carolyn STEYN (CS) : Cela me convient parfaitement. Je préfère que les gens découvrent qui je suis, plutôt que de partir du principe qu'ils connaissent déjà mon histoire.
LPJ : Moi-même, je ne connaissais pas votre histoire il y trois semaines !
Il y a quelques jours, j'étais dans la voiture d’une connaissance. Une musique classique passant à la radio, je lui demande ce que j'écoute et elle me répond : « C'est l’émission de Carolyn STEYN ».
Une étonnante coïncidence, car nous venions juste de fixer la date de l'entretien. J'ai eu l'impression que le hasard ou le destin me faisait un signe.
CS : Vous croyez au destin ?
LPJ : Oui… et vous ?
CS : Je crois que le destin existe, mais je pense aussi que nous devons agir par nous-mêmes. Les opportunités ne tombent pas du ciel. Elles se présentent, mais c'est à nous d'ouvrir les portes et d'avancer.

LPJ : C'est exactement ce qui vient de se passer pour moi : j’ai vu par hasard un post illustrant votre présence à l’Élysée, lors d’une réception officielle. Une séquence où vous étiez avec notre président. Il était impressionné par votre aisance en français. J'ai alors décidé de chercher à vous contacter pour un entretien. Et aujourd’hui, me voilà finalement ici.
CS : Absolument. Le destin , encore ! Il faut toujours faire sa part. Il faut agir pour que les choses se réalisent.
Devenir actrice, un rêve d’enfant
LPJ : Aujourd'hui, vous êtes l'une des personnalités les plus connues et les plus inspirantes d'Afrique du Sud. Lorsque vous étiez une petite fille, imaginiez-vous un jour mener la vie qui est la vôtre ?
CS : Non… pas exactement. Cependant, j'ai toujours été une enfant qui rêvait grand. Ma mère m'emmenait au cinéma le samedi matin. Un jour, j'ai découvert Shirley TEMPLE dans : « On the good ship Lollipop ». J'étais fascinée.
À partir de ce jour, j’ai voulu devenir actrice… célèbre.
C’était vraiment mon rêve. À l'école, je jouais dans toutes les pièces de théâtre. J'ai notamment interprété le rôle principal de Saint Joan et j'ai reçu un prix de meilleure actrice. À ce moment-là, j'étais persuadée que ma vie serait consacrée au théâtre. J'ai étudié l'art dramatique à l'université. Mon rêve était d'intégrer une compagnie shakespearienne. J'ai travaillé pendant cinq années à PACT Drama, la meilleure compagnie théâtrale du Gauteng, puis j'ai joué dans « Poppie Nongena », une pièce sud-africaine très connue.
Mais la vie avait d'autres projets pour moi. Au bout d'un moment, je me suis interrogée. Chaque soir, je jouais le même rôle. Je n'avais pratiquement plus de vie sociale. Je me suis finalement demandé si c'était vraiment ce que je voulais faire de ma vie.

Actrice, journaliste, …puis un tournant inattendu
CS : J'ai alors rejoint la SABC, à Radio 5, où je présentais les informations. J'ai découvert une autre façon de communiquer. J'aimais beaucoup être derrière un micro.
Je suis ensuite allée une dizaine d'années à Los Angeles, pour poursuivre ma formation d’actrice aux États-Unis avec Milton Katselas. Dans sa classe se trouvaient des acteurs qui sont ensuite devenus célèbres, Kate Hudson, Jeffrey Tambor, Ann Archer, Tony Danza ... Cette expérience a énormément compté pour moi.
Puis j'ai rencontré l'homme qui allait devenir mon mari, Douw STEYN. Et, sans que je m'en rende compte, toute ma vie a changé.
La destinée !
Peu après notre rencontre, on m'a proposé un beau rôle, dont je rêvais depuis longtemps avec Bill Flynn. J'ai appelé mon futur mari. Notre relation était encore toute récente. Je lui ai demandé ce qu'il pensait de cette opportunité.
Il m'a répondu : « Tu es totalement libre d'accepter. Mais je voyage énormément et je ne peux pas te garantir que notre relation survivra à de longues absences. »
Je devais faire un choix. J'ai finalement renoncé à ce rôle. À l'époque, cela m'a semblé être un sacrifice. Avec le recul, je comprends que cette décision a complètement changé le cours de mon existence, et je n’ai pas de regrets.
Une vie que je n'aurais jamais imaginée
CS : Si j'étais restée actrice, je serais probablement restée dans un univers artistique, à côtoyer des acteurs, des metteurs en scène et des artistes.
Au lieu de cela, j'ai découvert un tout autre monde. J'ai rencontré des chefs d'État, des responsables politiques, des personnalités internationales. J'ai également rencontré la reine des Pays-Bas, Bill Clinton et bien d'autres personnalités. Mon chemin a totalement changé.
Jamais je n'aurais imaginé qu'un jour je passerais du temps en tête-à-tête avec Nelson MANDELA.
Souvent, je me disais : « Pincez-moi ! Tout cela est-il vraiment en train de m'arriver ? »

La rencontre avec Nelson MANDELA
LPJ : Lorsque j'ai découvert le nom « 67 Blankets for Nelson MANDELA Day », c'est d'abord le nom de Nelson MANDELA qui m'a marqué. Vous avez eu le privilège de le rencontrer à plusieurs reprises. Y a-t-il un souvenir particulier ou une leçon qu'il vous a laissée et qui guide encore votre vie aujourd'hui ?
CS : Oui. Mon époux est devenu très proche de "Madiba". Il a résidé longtemps avec nous, à plusieurs époques.
Ce qui m'a le plus marquée chez lui, ce qui le caractérisait, c'est l'attention qu'il accordait à chaque personne. Après les repas officiels, il saluait et remerciait le personnel de service individuellement. Lorsque nous étions à la campagne, où il séjournait parfois pour s’éloigner de la pression, il prenait le temps de saluer les jardiniers, les agents de sécurité, les employés…Tout le monde.
Je me souviens d'un jour où les hélicoptères étaient prêts à décoller. Quelqu'un lui a dit qu'il était temps de partir. Il a répondu : « Non… je dois d'abord aller remercier ces personnes. » Il ne voulait oublier personne. Cette attitude m'a profondément marquée.
Depuis, j'essaie d'agir de la même manière.
Lors de chacun de nos événements, je prends le temps de parler avec les bénévoles, les visiteurs, les bénéficiaires. À l'époque des réseaux sociaux, beaucoup cherchent seulement une photo, un selfie pour se mettre en valeur. Moi, j'essaie surtout d'offrir quelques minutes d'attention sincère. C’est un autre niveau. Cela valorise vraiment l’autre. Cela compte beaucoup, en termes d’empathie, d’ « Ubuntu ».

Je crois que chacun a besoin d'être reconnu pour ce qu’il est et pour ce qu’il fait. C'est probablement le plus bel héritage que Nelson MANDELA m'ait transmis. Il était une personne empathique et attentionnée.
J’essaye d’être comme lui.
Photos : Courtoisie Carolyn STEYN
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eMail : info@67blankets.co.za
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