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ENFANCE - Le pouvoir de l’imagination en maternelle

Par Lepetitjournal Johannesbourg | Publié le 06/06/2017 à 07:17 | Mis à jour le 06/06/2017 à 09:58

La Belle au Bois Dormant se réveille en un coup de baguette magique. Les bonnes fées : une vingtaine d'enfants âgés de 4 à 5 ans. Le chef d'orchestre : Sandrine Juillard, une enseignante maternelle, a guidé les écoliers de moyenne section dans la création de leur propre dessin animé avec l'aide d'Evelyn, l'assistante maternelle. Cette jeune femme à l'énergie débordante nous parle du processus de création, un vrai travail d'équipe minutieux, et de l'univers imaginaire de l'enfance qui la fascine. Rencontre et témoignage....


« Nous nous sommes inspirés du travail de Michel Ocelot, créateur de Kirikou, entre autres. Nous étudions avec nos élèves deux de ses films l'un Princes et princesses et l'autre Les contes de la nuit où on voit les petites silhouettes en noir et blanc sur des décors super colorés. Je me suis dit au départ que ce serait impeccable avec mon projet sur les ombres et que nous allions créer des décors en couleurs et faire bouger des marottes devant. La première fois qu'on a créé un film comme ça avec Evelyn c'était Boucles d'or et les trois ours (c'est la troisième année que je fais ces dessins animés). J'ai ensuite découvert le travail d'Emmanuel Selles, maître de CM2, qui lui faisait des films d'animation avec des Playmobil. Il m'a présenté l'outil avec lequel il travaillait qui est extrêmement simple à utiliser, même par des enfants. L'idée est venue de là, et je me suis dit qu'on allait faire quelque chose de très beau.

J'ai lu des tas de contes aux enfants, et je leur ai demandé de choisir une histoire. Puis je leur ai lu plusieurs versions du même conte pour voir laquelle leur plaisait le plus. Par exemple cette année, pour la Belle au Bois Dormant, dans certaines versions le prince ne se bat jamais contre le dragon, il s'endort. Mais eux aimaient bien cette partie où le prince est courageux et à qui il arrive des choses.


Cela génère beaucoup de discussions, c'est super pour eux car ça les fait travailler sur le langage. Ils se parlent, ils avancent des arguments. Une fois l'histoire choisie grâce à un système de vote, nous avons commencé à réfléchir aux personnages et aux décors dont nous allions avoir besoin. Puis nous avons établi une sorte de charte de tout ce que nous allions avoir besoin de faire : par exemple, nous avons listé tous les décors, quelles scènes, qu'est-ce que les personnages devaient faire, etc... Ensuite on se met au boulot !


Au début je leur ai fait raconter l'histoire en petit groupe et donc là j'ai enregistré leur voix. Et ensuite j'ai fait le montage son, cela m'a pris une journée, j'ai aussi rajouté des bruitages pour m'amuser. Une fois qu'on a eu l'histoire avec la structure bien construite, nous avons travaillé scène par scène. Ils ont fait leurs dessins, des centaines ! Je dois avoir 25 versions de la princesse et du chevalier, par contre pour le dragon je n'en ai qu'une ! Ensuite nous avons choisi tous ensemble quels dessins de personnages iraient le mieux pour le conte, et ce qui pour moi étaient techniquement découpables et utilisables. Le fait d'avoir des silhouettes en noir et blanc a beaucoup simplifié le travail. Ils se sont partagé le travail sur le décor, chaque enfant a été impliqué sur au moins un décor. Je leur ai expliqué les contraintes et je les ai laissé travailler tous seuls. La technique avec l'encre est l'une des plus simples et leur plait beaucoup : ils dessinent au crayon ensuite on remplit tout ça à l'encre.


Une fois tous les décors finis, nous avons commencé la prise de vue avec un petit logiciel très simple Monkey Jam gratuit et qu'on peut télécharger sur internet. On a pris les images une par une et le logiciel fait le montage pour faire les mouvements et l'animation. Comme le logiciel est relativement simple, j'ai laissé les enfants travailler tout en étant aux alentours : l'un devant l'ordinateur et l'autre devant le tableau sur lequel on fait bouger les personnages. Très vite j'ai dû leur expliquer que les personnages devaient bouger lentement pour qu'on ait l'impression qu'ils marchent et ne sautent pas ! Ils ont réalisé rapidement qu'il fallait prendre beaucoup de photos pour arriver à cet effet. J'ai eu très vite pleins de petits « rushs » et c'est là que c'est devenu compliqué car j'ai dû monter tout ensemble et créer tous les morceaux manquants. Cela m'a pris trois jours et demi de montage.


La première diffusion est vraiment magique, on voit des paillettes dans leurs yeux. On les entend dire : « C'est ma princesse ! C'est mon décor ! C'est ma voix ! » Ils se rendent compte de tout ce qu'ils ont fait. Ils l'ont présenté devant leurs parents, devant des classes. C'est un beau fini, ils sont contents. Le dessin animé est disponible sur youtube donc même les grands-parents qui ne sont pas en Afrique du Sud peuvent le voir, c'est très important pour eux ! C'est un projet qu'on a fait tous ensemble, on y a tous participé, on a tous fait un petit bout. Ils se valorisent entre eux, c'est un vrai travail de groupe sans concurrence, au contaire.

Cela fait 18 ans que j'enseigne et depuis sept ans au Lycée français Jules Verne. Au début, j'enseignais les classes de CM et puis dès qu'une place s'est libérée en maternelle j'ai postulé. La maternelle c'est ce que j'aime. D'abord ils sont plus petits et plus spontanés, et puis mon affectif penche plus avec des plus petits. En maternelle, je me sens vraiment libre. Bien sûr, il y a un programme à suivre mais je le prends de la façon dont j'ai envie. Mon dada, c'est les arts et les sciences, j'étais biologiste avant avec une passion pour le dessin. Quand j'ai commencé avec les maternelles, c'était merveilleux, on pouvait faire des tas de dessins. Par exemple, quand on fait des dessins avec des CM2, c'est limité : ils sont déjà dans des carcans. On peut réussir à les faire sortir de ça mais c'est plus difficile. Alors qu'avec les petits sont ouverts à tout, on peut leur apprendre des techniques, ils foncent. Si c'est raté, ils recommencent.

Ils sont très libres dans leur tête par rapport à leurs créations. Si on ne leur met pas de barrières, ils n'ont pas de limites. Je pense qu'avec le temps les enfants rentrent dans des normes. C'est dommage que nous n'arrivions pas à maintenir cette liberté et cette richesse. Si on arrive à valoriser la différence dans ce que les enfants font, ça les fait progresser. Ils regardent ce que font les autres, mais ils ne se conforment pas aux autres. Plus j'arrive à leur fournir de nouvelles choses, de nouveaux matériaux, plus ils sont créatifs. Je les pousse à créer des personnages et des animaux à leur manière. On ne fait pas tous pareil, il faut que a soit comme ils en ont envie. Ils peuvent faire des choses très belles à cet âge-là.

C'est vraiment une joie quotidienne, ils me surprennent tous les jours ! »

(www.lepetitjournal.com/johannesbourg) Mardi 6 juin 2017



 

 

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