On pourrait se demander ce que viennent faire ces trois Français à Soweto, dans un quartier qui n’est pas le plus attractif, ni le plus reluisant. Leur objectif est inattendu, et le scénario intriguant : initier des jeunes d’un quartier difficile aux techniques du cinéma, et tourner des courts-métrages à Kliptown !
Kliptown, un quartier emblématique de Soweto
Kliptown n’est pas le quartier le plus évolué du township de Soweto. C’est le plus ancien, le plus emblématique et aussi le plus pauvre.
Il est bien sûr connu pour le Walter Sizulu Square, là où la charte de la liberté (Freedom Charter) a été adoptée en 1955 par plus de 3000 délégués venus de tout le pays. Mais cette place historique n’a plus la flamboyance qu’elle mérite. L’hôtel SOWETO est fermé depuis longtemps et le marché est un peu décati. On est loin de la renaissance urbaine de Jabulani.
Et, pour rendre la destination moins sereine, les rues alentour portent encore ce matin-là les stigmates d’une manifestation qui dû embraser le quartier : des traces de pneux brûlés, des roches et des branches qui bloquent encore le passage
À Kliptown, le temps s’est arrêté. Ce faubourg urbain est encore parcouru par des carioles attelées à une bourrique. Les voitures qui circulent ne sont pas de l’année, loin de là.
Il reste encore de très nombreuses « Matchbox houses » en état d’origine. Ces petites maisons de deux chambres aux matériaux bon marché avaient été construites par le gouvernement de l’apartheid dans les années 1940 pour y loger la main d’œuvre de couleur dans des townships éloignés de Johannesburg. Beaucoup ont été améliorées depuis. Celles qui restent font néanmoins figure de maisons correctes face aux masures et abris faites de bric et de broc dans le quartier où se déroule l’activité. Les centres commerciaux ressemblent à des entrepôts et ne portent pas les enseignes prestigieuses des entreprises de la grande distribution.
Pourquoi ces français sont-ils venus à Kliptown ?
Qui aurait cette idée de se rendre à Kliptown, l’un des quartiers les plus défavorisé de ce mythique township ?
Elle, Lui, et Lepetitjournal.com ! Et pourquoi ?
Lui, est bien connu de la communauté française, il soutient depuis 2018 un centre accueillant des enfants pour leur permettre d’avoir une vie meilleure et de plus grandes chances d’insertion. Ce centre, « The SHALK », reçoit des tous petits dans une crèche, alors que les parents, et notamment les mamans, essayent de gagner tant mal que bien leur vie pendant la journée. Et elles y déposent leur progéniture quand elles partent au travail..
Des enfants plus âgés viennent également pour trouver dans le centre un soutien éducatif pour améliorer leur niveau scolaire. On les aide à revoir leurs cours. On les encadre pour éviter les dérives. On leur distribue aussi un repas quotidien.
Le centre implanté au milieu de ce quartier pas très facile reçoit plus d’une centaine d’enfants chaque jour. Depuis des années. Les anciens sont devenus adultes et reviennent donner un coup de main. Certains s’en sont sortis, comme, comme Kgotso, employé chez Rovos Rail, après sa formation avec Nukakamma, qui est venu passer la journée avec les enfants du centre.
Du township aux trains de luxe
Elle, elle a des passions qui rythment sa vie. Notamment l’éducation et le cinéma. Elle et son mari cinéaste et artiste, Mpumelelo MCATA ont créé Cinema TAKE en 2023. Ils sont venus aujourd'hui pour initier les jeunes de Kliptown et de « The SHALK » aux techniques de création cinématographiques qu’ils ont mises en œuvre depuis plusieurs mois avec l’association « OSJ Soul and Joy ». Cette association regroupe des jeunes d’un autre township, Thokoza, situé dans la région d’Ekurhulemi.
Et, avec Cinema TAKE, ils diffusent leur expérience avec énergie et passion dans d’autres secteurs ou townships comme Sophiatown ou Brixton.
Une initiation au 7ème art, menée par les jeunes cinéastes de Thokoza
L’idée originale, pour cette journée, c’est le partage des connaissances, d’un towship à un autre.
Ces jeunes de Thokoza, qui sont des apprenants, formés par « Cinema TAKE », depuis un an, sont aujourd’hui des formateurs expérimentés. Et ils ont rempli leur rôle avec le plus grand sérieux. Ils manient la caméra comme des pros. Ils utilisent des appareils modernes avec brio et doigté.
À leur arrivée, au moment de lancer la première activité consistant à la projection de vidéos montrant leur incroyable parcours, une coupure de courant intempestive a bouleversé le programme. Mais Elle a rebondi très vite en lançant d’autres activités de prise de contact, le temps que le courant revienne. Elle connaît bien ce type d’impondérables. Elle sait comment y faire face.
Cela arrive souvent, ces problèmes techniques dans ce genre de quartiers. ( Elle)
Puis la journée s’est passée en échanges, en présentations, en explications techniques, en partages d’expérience. Et en éclats de rire. De la joie pure partagée…
Parmi les jeunes réalisateurs, plusieurs ont participé à des festivals en Europe, pour présenter leurs travaux et leurs films. Notamment à Paris, à Lisbonne et à Francfort. Ils présentent aujourd’hui leur parcours, timides et fiers. Ils font rêver les jeunes de Kliptown!
Le point culminant de la journée a été le tournage de mini courts-métrages de deux minutes par les jeunes participants de « The SHALK », dirigés par les jeunes de Thokoza. Ceux-là ont une maîtrise incroyable des matériels et des techniques de prise de vue. Une belle synergie, de beaux échanges!
La projection des travaux du jour, des films courts tournés pour présenter Kliptown, a beaucoup impressionné les spectateurs. Les jeunes de « The SHALK » ont compris toute l’étendue des possibilités des techniques vidéo pour raconter leur vie et leur environnement. Le cinéma est un formidable moyen de s’ouvrir au monde.
L'interaction entre les jeunes de Thokoza, déjà familiarisés avec les techniques, et ceux de Kliptown, totalement novices, a été remarquable. (Lui)
Cette journée peut être une véritable étincelle pour les jeunes de Kliptown, qui pourraient sembler loin du monde et hors du temps. Ils ont découvert la magie du cinéma. Et toutes les portes que cela pourrait leur ouvrir.
Comment prolonger l’expérience et la rendre durable ?
Elle est bien connue des lecteurs de Lepetijournal.com.
Muriel HUET a fondé « Épelle-moi Afrique du Sud » et « Cinema TAKE » avec son mari, Mpumelelo MCATA. Ils ont organisé et encadré l’évènement à Kliptown.
Muriel, on s’en souvient, a obtenu un « Trophée des Français de l’Étranger » en 2026 pour ses activités en Afrique du Sud.
Muriel HUET vit sa passion pour la langue française et le cinéma
Lui est également bien connu de la communauté française. Alain SAMY, récemment élu Conseiller des Français de l’étranger, soutient « The SHALK » à titre personnel, avec persévérance et passion. Il fait visiter Soweto à ses guests depuis des années.
Il a imaginé, et mis en place cette rencontre qui a apporté une vague d’enthousiasme et des rêves possibles chez les jeunes de Kliptown.
Alain SAMY, engagé de longue date en Afrique du Sud
Pour assurer la continuité et la persistance de leurs actions, ils sont tous les deux à la recherche de financements complémentaires pour « CINEMA TAKE » et pour « The SHALK ».
N’hésitez pas à les soutenir: leur action pour les jeunes de Soweto est utile, originale, et pleine d’avenir.
Contacts (WhatsApp)
- Muriel HUET : + 27 79 449 4246
- Alain SAMY : + 27 76 830 9594
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