Johannesburg : entretien avec l’auteure Kidi BEBEY en tournée en Afrique australe
Kidi BEBEY est venue à DIBUKA, la bibliothèque multimédia de l'IFAS ( Institut Français d'Afrique du Sud), pour parler de sa tournée en Afrique australe et de son livre « Enfin chez moi ! ».
Puis elle a proposé de poursuivre avec un atelier d’écriture. Et tout le monde a écrit, avec application.
Elle a ensuite accepté de répondre aux questions de « Lepetitjournal.com ».
Une longue et belle tournée littéraire en Afrique australe
Lepetitjournal.com: Pourquoi avez-vous souhaité effectuer cette tournée en Afrique australe ?
Kidi BEBEY: Cette tournée est une heureuse surprise !
Mon livre « Enfin chez moi » a été sélectionné par des associations de professeurs de français pour être, pendant trois ans, au programme des classes terminales qui passent le « matrix », l’équivalent du baccalauréat et qui étudient le français.
Le Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France et la Délégation Régionale des Alliances Françaises en Afrique australe ont décidé d'organiser cette tournée initiée par Jérôme COSNARD, avec l’IFAS.
Vous vous êtes rendue dans plusieurs pays de cette partie de l’Afrique. Est-ce votre premier séjour ?
Je suis en effet allée faire des rencontres, des ateliers et des conférences depuis le 23 février dans 14 lieux différents, dont des écoles en Afrique du Sud, et dans les Alliances Françaises du Lesotho, d’Eswatini et du Botswana.
J’étais déjà venue en Afrique australe il y a très longtemps, mais je n’avais plus vraiment de souvenirs de cette visite ancienne. Cette tournée m’a donc permis de découvrir de façon plus complète toute cette région, en me donnant l’occasion de la parcourir.
Qu’avez-vous ressenti en parcourant cette région ?
J’ai ressenti une suite d’étonnements, de la curiosité pour cette région qui m’intéresse et que j’ai découverte.
L’accueil a été très chaleureux à chaque endroit. Ce voyage est très positif, il m’a permis de partager avec de très nombreuses personnes, et de travailler avec beaucoup de plaisir.
Cela m’a donné l’envie de revenir !
Kidi BEBEY devant la peinture murale de Myriam MAKEBA. Photo : Jérôme COSNARD
Près de 1500 personnes ont participé aux rencontres. Quel moment vous a le plus marquée ?
Tout à été différent à chaque fois.
Cela se déroulait parfois avec des étudiants, des professeurs, des lecteurs, des élèves, des débutants ou des francophones confirmés. Les lieux étaient différents, avec diverses conditions d’accueil diverses. Cela m’a offert une multitude de bons moments.
J’ai particulièrement apprécié la politesse, la gentillesse et l'implication des participants. On était loin de l’agitation qui peut régner dans les classes en France.
La langue française en Afrique australe
Vous avez rencontré des personnes qui apprennent le français. Quelle est leur motivation pour apprendre une langue de plus dans un pays où il existe déjà 12 langues officielles ?
Il y avait une grande disparité dans les publics que j’ai rencontrés. Pour certains, c’était le désir d’apprendre une langue supplémentaire, pour d’autres une option du cursus, avec une motivation un peu moindre.
Le français n’est pas une langue facile…
La principale raison de ce souhait d’apprendre le français, c’est que c’est une langue internationale qui peut donner une ouverture sur le monde, un accès vers l’extérieur de son propre pays.
Je me suis d’ailleurs entretenue avec un étudiant qui aime les langues latines. Il les enchaîne : après l’italien, il s’est mis au français…
Quel est, selon vous, le rôle d’une écrivaine francophone dans la promotion de la langue française en Afrique ?
Je ne me considère pas vraiment comme écrivaine. Je suis plutôt une auteure qui écrit des livres, l’un après l’autre. Je ne construis pas une œuvre.
Et mon rôle est de montrer qu’il faut s’emparer de la langue, jouer avec elle. Quelque soit notre niveau, même débutant.
Tout le monde a des choses à dire, à créer, à partager. L’important est de communiquer. On a tous une manière de dire les choses. J’ai mis du temps pour le comprendre et passer les barrières qui me bloquaient pour écrire, et qui me faisaient penser que j’étais illégitime.
Je me suis rendu compte que l’on peut faire rêver des gens avec les histoires que l’on raconte
De nombreux auteurs ont écrit sur des sujets comme l’amour, la guerre, la vie... Mais je peux encore le faire car ce sera avec mes mots et ma propre façon d’écrire. Et comme moi, cette œuvre sera unique.
Je révèle ces possibilités dans les ateliers d’écriture : on écrit avec tout ce que l’on est. On fait un grand pas quand on se rend compte qu’il est possible d’inventer, de jouer avec la langue. C’est une grande part du parcours que j’ai eu moi-même.
Nous portons tous des choses différentes. Nous sommes tous différents. Nous avons des origines différentes. Ce qui compte, c’est échanger.
« Enfin chez moi ! » le livre
Votre roman « Enfin chez moi ! »*, parle de la quête d’identité et du sentiment d’appartenance. Pourquoi ces thèmes vous semblent-t-il particulièrement importants pour les jeunes aujourd’hui, notamment en Afrique ?
Ce livre commence par un évènement symbolique qui était fort pour moi : l’achat d’un appartement. C’est aussi ce que fait l’héroïne, Karine, jeune camerounaise vivant à Paris.
Cela m’a donné le sentiment d’avoir fait un pas de plus que mes parents. Venus du Cameroun, ils n’ont pas pu vivre cette étape d’intégration en France, le pays qu’ils ont rejoint. Eux voulaient à la fois rester loyaux à l’égard de leur terre d’origine, et s’inventaient une vie ailleurs, loin du Cameroun.
J’ai fait ce pas qu’ils n’ont pas pu faire et cela a créé des bouleversements intérieurs qui ont provoqué l’écriture de ce livre. Je l’ai commencé sous le coup de l’émotion, sans trop savoir où me conduirait l’intrigue.
Ce livre raconte un changement de direction comme à un carrefour, pour prendre une route différente. Il raconte l’intégration dans un autre pays, et les tensions dues à ce choix, notamment avec la famille.
Après cette tournée, qu’emportez-vous avec vous : une image, une émotion, une idée nouvelle, un projet futur ?
J’emporterai la broche en perles qu’on m’a offerte pendant ma tournée. Cette broche raconte une histoire de partage et d’amitié. Je la porterai souvent.
Elle me rappelle ce voyage.
"Enfin chez moi !" - Kidi BEBEY - Editions DIDIER - Collection Mondes en VF
Lepetitjournal.com /Johannesburg & Capetown
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