Dimanche 17 novembre 2019
Johannesburg
Johannesburg
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Françoise Malby-Anthony, un éléphant dans sa cuisine 

Par Justine Hugues | Publié le 26/03/2019 à 10:00 | Mis à jour le 02/10/2019 à 16:46
Françoise Malby Thula Thula réserve animalière Afrique du Sud

Expatriée en Afrique du Sud depuis plus de 30 ans, Françoise Malby a co-fondé et gère actuellement la réserve animalière Thula Thula. Elle est l’auteure du roman An elephant in my kitchen, best seller en Afrique du Sud, dans lequel elle retrace sa vie et son combat contre le braconnage.    

 

Londres, 1987. Françoise, dossiers à la main, saute de taxi en taxi lorsque son chemin croise, complètement par hasard, celui de Lawrence Anthony, homme d’affaires sud-africain qui deviendra son mari. Qui aurait cru que 32 ans plus tard, elle soit à la tête d’une réserve animalière en pays zoulou, terre mystique entre le Lesotho et le Swaziland ? Pas même elle. « Je suis partie à l’aventure et arrivée à Durban sans vraiment savoir ce que j’allais faire », se remémore la Française de 64 ans. 

 

Celle qui a gagné l’Afrique par amour nourrit alors peu à peu son amour de l’Afrique. Un temps professeur à l’Alliance Française, elle monte sa marque de vêtements, sacs et accessoires en peau, dans un pays ou l’activité de tannage est balbutiante. En 1998, Lawrence lance au couple un défi fou : acheter une réserve à l’abandon, Thula Thula,  et en faire un havre de pays pour animaux menacés d’extinction. 

 

Françoise Malby Thula Thula réserve Afrique du Sud
Françoise Malby-Anthony et quelques éléphants de Thula Thula

 

 

Une vision et rien d’autre

 

« Mon mari était un visionnaire. Il avait de grandes idées, sans le plan qui va avec. Moi, j’étais partante mais loin d’imaginer ce qui m’attendait » raconte-t-elle. Dans leur nouveau domaine, où galopent quelques antilopes au milieu d’infrastructures vétustes, les petits tracas et grands défis s’accumulent. Quand le matin, une souris et un serpent tombent sur sa cuisinière, l’après midi, c’est le troupeau d’éléphants fraîchement débarqués qui s’échappe. Françoise, la citadine parisienne, peine à s’habituer à l’isolement. D’autant plus que le braconnage montre son plus violent visage.  « Il y avait des coups de feu sans arrêt ; je n’étais pas habituée à une telle violence. Les employés, qui ne parlaient que le zoulou, riaient dès que j’ouvrais la bouche », raconte-t-elle. 

 

Entrecoupé de cauchemars, le rêve prend pourtant forme. L’équipe se soude, les opérations de sauvetage d’animaux se multiplient. Les touristes arrivent, déjà conquis. « Beaucoup d’entre eux ont lu les livres de Lawrence, sont très sensibles au travail de conservation que l’on fait et ne viennent pas par hasard. Il faut voir les éléphants balancer leur trompe dans la voiture. On dirait que ce sont eux qui font le safari ! », décrit-elle avec enthousiasme.  La mort brutale de Lawrence, il y a sept ans presque jour pour jour, précipite Françoise à la tête d’un projet de conservation dont elle ignore bien des ressorts. Elle qui avait en charge la gestion administrative et financière de la réserve doit désormais penser contraception des éléphants et protection des rhinocéros. Tout arrêter et rentrer en France ? Hors de question. Françoise affrontera sa destinée, si nébuleuse soit-elle et n’en plaise à ses détracteurs qui ne donnent pas cher de son succès dans le milieu de la conservation.  « Les éléphants qui sont revenus devant la maison en procession trois années d’affilée ont eu un impact émotionnel indescriptible. Cela peut paraître ésotérique mais j’y ai vu un message. La passion pour Thula Thula, pour les hommes qui la font vivre avec tant d’ardeur et de fidélité,  pour les animaux, était trop forte pour tout abandonner ». 

 

Françoise Malby Thula Thula réserve Afrique du Sud
Françoise Malby-Anthony, entourée de son mari Lawrence Anthony et deux chefs de Thula Thula

 

 

Le roman d’une vie

 

« Un jour, quelqu’un m’a demandé pourquoi je ne raconterais pas tout ça dans un livre », confie Françoise. L’idée fait son chemin, une co-auteure est dépêchée et l’éditeur de Lawrence Anthony immédiatement séduit. An elephant in my kitchen, sorti l’été dernier dans six pays anglophones et best-seller en Afrique du Sud, c’est l’histoire d’un éléphanteau égaré du troupeau qui atterrit dans la cuisine de Françoise. Mais c’est surtout un message d’espoir, appelant à poursuivre ses rêves en dépit d’obstacles. « L’éléphanteau aurait pu mourir noyé ans la piscine et il a finalement regagné son troupeau. C’est une belle histoire.  Le livre plait à ceux qui aiment l’Afrique, l’aventure, les challenges ou qui ont simplement traversé des épreuves »,  explique l’auteure, qui peaufine les derniers détails de la sortie du livre en France, en avril prochain.  « Je crois que personne ne réalise vraiment le travail que c’est. Aujourd’hui, je reçois des témoignages extrêmement émouvants qui m’encouragent encore plus », complète-t-elle. 

 

Françoise Malby An elephant in my kitchen
Françoise Malby-Anthony et son ouvrage An elephant in my kitchen, dont la version française sortira en avril 2019

 

 

 

Un combat en héritage

 

Françoise Malby Thula Thula réserve animalière Afrique du Sud

Pour Françoise, recevoir le prix du public des Trophées des Français de l’étranger est d’abord un signe d’encouragement venant de personnes du monde entier.  Une reconnaissance nécessaire à l’heure où elle lance de nouveaux projets. Ouverte en juillet dernier, l’académie des volontaires de Thula Thula vise à sensibiliser les personnes de tous âges et nationalités à la protection de la faune et de la flore en Afrique. Prochainement, la réserve devrait également s’agrandir de 3.500 hectares, ce qui lui permettra d’accueillir davantage de bêtes. 

 

 

Mais recevoir un prix, c’est surtout un moyen de sensibiliser à un combat, celui de Lawrence et de Thula Thula pour la protection des animaux sauvages. « Qui est au courant qu’un éléphant est tué toutes les 15 minutes et un rhinocéros chaque jour ? s’émeut-elle. A ce rythme, dans 20 ans, il n’y aura plus d’animaux sauvages. Il faut donc aller au delà de son périmètre et confort journalier car sauver les animaux, c’est aussi sauver les êtres humains ». 

 

Françoise Malby Anthony réserve Afrique du Sud
L'équipe de Thula au Thula compte aujourd'hui près de 60 personnes

 

 

Nous vous recommandons

Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
2 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

scoubidou mer 30/10/2019 - 09:37

IL faut quant meme se mefier . Un elephant, Ca trompe 6.....

Répondre
Commentaire avatar

Kriss mer 13/03/2019 - 12:14

« ….sauver les animaux, c’est aussi sauver les êtres humains ». …..Infinie nature que jamais homme ne dominera Gènes célestes que jamais science tout connaîtra. Svastika divine elle va, va, à jamais ne finira Hante la crainte humaine qui écoute l’au-delà ? Les bruits, la nuit, fantastique nature méconnue, Effrayante négligence d’humains lendemains. Le cœur de l’Afrique dans le noir chante éperdue Inconscients dormons et n’en savons rien ! Prétentieux, nous qui fiers croyons demain découvrir Nulle science mortelle encore de l’Afrique ne voit. Écoutons notre éphémère or sa nature hurle l’avenir ! Elle vit l’éternel et nous allons de trépas en trépas! Sauver l’Afrique c’est sauver le renouveau de l’humanité Bravo madame !

Répondre

Expat Mag

TÉLÉTHON

Jonas : "La maladie m'emprisonne, mais je crois au traitement"

Jonas, jeune étudiant de 22 ans, a été diagnostiqué d’une calpaïnopathie à l’âge de 6 ans. Une maladie qui s’est installée progressivement et qui depuis l’adolescence grignote peu à peu ses muscles

Sur le même sujet