Discrimination: Ryanair demande des tests en afrikaans aux Sud-Africains pour voyager

Par Natacha Marbot | Publié le 07/06/2022 à 16:22 | Mis à jour le 08/06/2022 à 11:49
Avion de la compagnie Ryanair

La compagnie aérienne low cost Ryanair fait scandale en demandant aux passagers sud-africains, avant leur voyage vers l’Europe, de remplir un test de culture générale sur leur pays en langue afrikaans … parlée par 13% des citoyens selon un recensement de 2011.

 

Utilisant le prétexte du grand nombre de faux passeports sud-africains, la compagnie aérienne irlandaise Ryanair demande aux passagers d’Afrique du sud voulant voyager vers le Royaume Uni et l’Irlande un questionnaire de culture générale sur le pays en afrikaans. Le but de ce test est de vérifier la nationalité des passagers. Cette langue, majoritairement parlée par la minorité blanche du pays, fait partie des 11 langues officielles mais n’est pas la plus usitée par la population.

Une façon de lutter contre les faux passeports, se défend Ryanair

Ryanair s’est justifiée dans une déclaration lundi à l’AFP : « En raison de la forte prévalence de passeports sud-africains frauduleux, nous demandons aux passagers voyageant vers le Royaume-Uni de remplir un formulaire simple en afrikaans. S'ils ne sont pas capables de le compléter, ils se verront refuser de voyager et seront remboursés. »

 

Une mesure discriminatoire qui rappelle à certains l’apartheid

C’est une forme d’apartheid 2.0, protestent nombre de Sud-Africains sur les réseaux sociaux. Le test est considéré comme absurde, mais fait surtout scandale dans le choix de la langue, l’afrikaans. Cette langue, héritée des colons néerlandais, est plus susceptible d’être parlée par les Sud-Africains blancs. Elle est moins fréquente dans le pays que le zoulou et le isixhosa. L'Afrique du Sud compte 11 langues officielles : le zoulou, l'isixhosa, l'afrikaans, le sepedi, le setswana, l'anglais, le sesotho, le xitsonga, le siswati, le tshivenda et le ndebele.

 

L’Afrique du Sud, un pays encore rongé par les violences racistes

Dans un pays où les tensions entre la majorité noire et la minorité blanche sont à leurs combles, cette nouvelle formalité attise la colère. La langue en Afrique du Sud n’est pas qu’un outil de communication mais bien un objet identitaire. C’est pourquoi l’afrikaans était obligatoire pendant l’apartheid et éveille aujourd’hui des souvenirs traumatiques chez de nombreux Sud-Africains qui refusent de la parler, ou ne l’ont jamais apprise. Si le gouvernement fédéral n’utilise que deux langues officielles, l’afrikaans et l’anglais, cela ne reflète pas les réalités linguistiques de la population. L’Afrique du Sud est encore traversée par des affrontements violents entre communautés, comme dernièrement en 2021.

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Natacha Marbot

Natacha Marbot, étudiante rennaise diplômée d’un master de Relations internationale à l’Inalco en 2022, russophone et spécialisée sur l’espace post-soviétique. Elle a rejoint l’équipe de rédaction internationale pour un stage d’avril à juillet 2022
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