La plupart des festivals en Inde sont célébrés à des dates considérées comme «auspicieuses » dans le calendrier religieux hindou. Chacun d’eux est associé à des récits, des divinités, des symboles et des pratiques qui permettent de mieux comprendre les valeurs et l’imaginaire de la civilisation indienne.


Comprendre les festivals, c’est en quelque sorte entrer dans l’esprit du peuple hindou et découvrir une culture dans laquelle le sacré imprègne profondément la vie quotidienne.
La place essentielle des femmes dans les cérémonies
Il est particulièrement intéressant de remarquer la place essentielle qu’occupent les femmes dans les cérémonies, aussi bien dans leur préparation que dans leur déroulement. Elles sont souvent au cœur des rituels familiaux, de la décoration des maisons, de la préparation des offrandes et de la transmission des traditions.

Dans l’Inde ancienne, les textes et les traditions accordaient aux femmes une place importante au sein de la famille et de la société, même si leur statut a considérablement varié selon les époques, les régions et les milieux sociaux. Au fil des siècles, certaines transformations sociales et religieuses ont progressivement restreint leur autonomie et leurs responsabilités publiques.
À l’époque du Raj britannique, de nombreux réformateurs et mouvements sociaux se sont engagés en faveur de l’éducation des femmes, de l’abolition de certaines pratiques et, plus largement, de l’amélioration de leur condition. Aujourd’hui, les femmes indiennes sont présentes dans tous les domaines de la société et occupent également des postes à haute responsabilité. Pourtant, les inégalités persistent et la condition féminine demeure un sujet complexe, traversé par des réalités sociales, économiques, culturelles et religieuses très diverses.
Une vision du féminin associée à la vie, la puissance et à la protection
C’est peut-être dans les festivals, les rituels et le folklore que l’on perçoit le mieux une autre dimension de cette histoire : celle d’un féminin associé à la vie, à la fertilité, à la puissance, à la protection et à l’abondance. Dans l’hindouisme, le féminin divin n’est pas une figure secondaire. Il est une puissance fondamentale, souvent désignée par le terme Shakti : l’énergie créatrice et dynamique de l’univers.
L’un des festivals où cette dimension apparaît avec le plus d’éclat est sans doute Diwali, le festival des lumières. Pendant plusieurs jours, les maisons sont nettoyées et décorées, les rangoli apparaissent sur les seuils, les petites lampes à huile, les diya, sont allumées, les façades se parent de guirlandes lumineuses et, le soir venu, les feux d’artifice illuminent le ciel. Il existe là un contraste particulièrement intéressant : une société dans laquelle les femmes ont longtemps été confrontées à de nombreuses formes d’inégalités est aussi une société qui, à l’occasion de Diwali, vénère avec ferveur Lakshmi, déesse de la prospérité, de l’abondance et du bien-être.

Diwali ou deepavali : un festival mais différentes façons de célébrer
Tous les Hindous ne célèbrent pas Diwali exactement de la même manière, mais le nettoyage et la décoration de la maison occupent une place centrale dans de nombreuses traditions. Selon une croyance très répandue, Lakshmi visite les maisons pendant la nuit de Diwali. Elle est attirée par les demeures propres, accueillantes et lumineuses, et apporte avec elle prospérité, abondance et bien-être.
La maison devient ainsi un espace rituel. La nettoyer, la purifier et la décorer ne sont pas de simples tâches domestiques : ces gestes participent à la préparation spirituelle du foyer à la venue de la déesse. Et ce sont très souvent les femmes qui prennent en charge une grande partie de ces préparatifs, perpétuant ainsi un savoir-faire transmis de génération en génération.
Diwali est généralement célébré sur cinq jours, même si les pratiques et les récits associés au festival varient selon les régions et les communautés. Dans de nombreuses traditions hindoues, la fête est liée au retour de Rāma à Ayodhya, vingt jours après Vijayadashami, ou Dussehra, qui commémore notamment sa victoire sur le démon Rāvana.
Le mot Diwali, dérivé du sanskrit Dīpāvali, signifie « rangée de lumières ». Selon la tradition associée à Rāma, les habitants d’Ayodhya auraient allumé et disposé de petites lampes tout au long du chemin afin d’accueillir leur prince à son retour dans la ville. Mais Diwali dépasse largement ce seul récit. La fête est également célébrée, sous des formes différentes, par les hindous, les jaïns et les sikhs, et certaines communautés bouddhistes. Elle exprime une symbolique universelle : la victoire de la lumière sur l’obscurité, du bien sur le mal, de la connaissance sur l’ignorance et, plus profondément encore, de la vie et de l’espérance sur ce qui menace de les obscurcir.
Une autre grande légende associée à Diwali raconte la naissance de Lakshmi lors du Samudra Manthan, le barattage de l’océan cosmique. Lorsque les dieux et les démons barattent l’océan de lait afin d’en faire émerger les trésors cachés, Lakshmi apparaît parmi eux. Elle choisit alors Vishnou pour époux. Lakshmi ne représente pas uniquement la richesse matérielle. Elle incarne également la prospérité, la beauté, la fertilité, l’harmonie et le bien-être. Elle est une manifestation de cette énergie féminine qui rend possible l’épanouissement de la vie, aussi bien sur le plan matériel que spirituel.

Les cinq jours de Diwali
Le premier jour de Diwali, Dhanteras, est traditionnellement associé à la prospérité et à la purification. Dans de nombreux foyers, les femmes entreprennent un grand nettoyage de la maison, la décorent et préparent les éléments nécessaires aux célébrations. Elles dessinent notamment des rangoli, motifs colorés et éphémères réalisés sur le sol, souvent devant l’entrée de la maison. Ces dessins ont à la fois une fonction esthétique et symbolique : ils embellissent le seuil et sont également destinés à accueillir
favorablement Lakshmi et les forces bénéfiques.
Le deuxième jour, Naraka Chaturdashi, également appelé Kāli Chaudas dans certaines régions, est associé à la victoire de Krishna sur le démon Narakasura. Dans certaines traditions, cette journée est également liée à la déesse Kāli, figure particulièrement puissante du féminin divin. Kāli incarne le temps, la transformation et la destruction de ce qui doit disparaître. Mais elle est aussi une figure profondément maternelle et protectrice. Son image rappelle que le féminin divin ne se réduit ni à la douceur ni à la fécondité : il peut également être puissance, force, protection et capacité de transformation.
Le troisième jour constitue le moment central de nombreuses célébrations : c’est la nuit de Lakshmi Puja. Les familles prient Lakshmi, allument des diya, font brûler de l’encens et présentent des offrandes à la déesse. La lumière devient alors une invitation : elle ouvre symboliquement la maison à la présence divine et à la prospérité.
Le quatrième jour est consacré, dans de nombreuses traditions, à Govardhan Puja. Il commémore le récit selon lequel Krishna aurait soulevé la colline de Govardhan afin de protéger les habitants de son village des pluies dévastatrices provoquées par le dieu Indra. Cette journée est notamment associée à la gratitude envers la nature, la terre et les ressources qui permettent à la communauté de vivre.
Enfin, le cinquième jour est Bhai Dooj, consacré au lien entre frères et sœurs. Les sœurs appliquent traditionnellement un tilak sur le front de leurs frères et prient pour leur bonheur, leur protection et leur longévité. En retour, les frères offrent généralement des présents à leurs sœurs. Le festival se clôt ainsi sur une relation profondément familiale : après avoir célébré la prospérité, la lumière et le divin féminin, Diwali rappelle aussi l’importance des liens affectifs et de la protection mutuelle.
Une conception du féminin qui dépasse largement la seule représentation de la femme dans la société.
À travers Diwali, les femmes apparaissent donc à plusieurs niveaux : comme gardiennes des traditions familiales, comme actrices essentielles des préparatifs, mais aussi à travers les grandes figures féminines du panthéon hindou. Lakshmi, Kāli et, plus largement, la Shakti. Cela témoigne d'une conception du féminin qui dépasse largement la seule représentation de la femme dans la société.
C’est peut-être là l’un des paradoxes les plus fascinants de la civilisation indienne : alors même que la condition réelle des femmes a été, et demeure encore, marquée par des inégalités, le féminin divin occupe une place fondamentale dans l’imaginaire religieux. À travers les lampes allumées, les maisons purifiées, les rangoli tracés sur les seuils et les prières adressées à Lakshmi, Diwali donne chaque année une visibilité éclatante à cette puissance féminine.

La lumière de Diwali n’est donc pas seulement celle des lampes qui illuminent les maisons. Elle peut aussi être comprise comme une métaphore de cette énergie créatrice, protectrice et transformatrice que l’hindouisme associe depuis des siècles au féminin.
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