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Petites chroniques de Pondichéry: Encre et Mousson, Mosaïque du bicentenaire du LFIP

Le lycée français international, à l’occasion de ses 200 ans a reçu en cadeau, outre la visite des 260 alumni venus tout exprès de France, du millier de visiteurs présents pour la journée d’inauguration, des 200 tableaux exposés, peints par les élèves du lycée et des adultes, célébrant la collaboration entre la France et l’Inde, de toutes les activités et rencontres proposées durant une semaine, d’une anthologie : Encre et Mousson, sous la direction de l’écrivain Ari Gautier Mosaïque du bicentenaire du lycée français international de Pondichéry 1826-2026.

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Écrit par lepetitjournal.com Bombay
Publié le 4 novembre 2026

En ce 17 octobre 2026, de nombreux événements sont organisés organisée au lycée, dont une table ronde : « Encre et Mousson», présentation et échanges autour de l’anthologie du bicentenaire.

 

encre e mousson

 

Plusieurs des auteurs ayant participé l’existence de ce livre sont présents, réunis pour la première fois. Ari Gautier, écrivain et poète reconnu, qui a dirigé l’écriture de cet ouvrage, ouvre la discussion :

« Chacun de vous êtes une goutte de pluie dans la mémoire de Pondy une goutte de pluie dans ce lycée. Il y a plus de 15 ans déjà je voulais faire une anthologie lorsque j’ai réalisé que nous n’avions pas pu créer une tradition littéraire: une tradition francophone pondichérienne. Un beau jour, Sendilcoumar Malone, ancien élève lui aussi, me dit : pourquoi ne pas faire ça pour le bicentenaire du lycée ? Nous avons envoyé des messages aux anciens élèves pour demander : voulez-vous participer à ce projet? »

Sandilcoumar Malone
Sandilcoumar Malone

Cinq plumes aguerries ont accepté de participer, tandis que dix auteurs néophytes se sont aussi lancés dans l’aventure de l’écriture.

« Ce livre est le fruit d’un amour pour la littérature. »

 

Les héritiers d’une pluralité linguistique 

Ce que ces auteurs ont en commun, outre d’être les héritiers d’une histoire riche et singulière et de savoir mêler trois langues dans la conversation: le tamoul, le français et l’anglais, c’est d’avoir été des élèves entre les murs de ce lycée français vieux de 200 ans et d’y avoir vécu le passage quasi «  initiatique » du baccalauréat.

Ce grand événement qui en France, tourne la page du temps de l’adolescence, celui qui pour chacun interroge l’énigme de sa place singulière dans le monde, pour s’ouvrir sur le chapitre de la vie étudiante et adulte. Pour beaucoup d’élèves du lycée français, la rupture est réelle, nombre de bacheliers partent pour la France, continuer leurs études supérieures.

 

encre e mousson
Art célébrant l'amitié franco-indienne.

Albert Saminada, élève au lycée entre 1952 et 1962, dirige depuis plus de 20 ans, le journal Le Trait d’Union à Pondichéry. Voilà un extrait de sa nouvelle dont le titre est Souvenirs du Collège Francophone de Pondichéry Années 1950.

« Et pourtant, dans la cour du Collège Français, tout cela se mêlait, se frottait, se heurtait parfois, mais finissait toujours par créer une jeunesse commune, une génération qui partageait les mêmes jeux, les mêmes peurs, les mêmes rêves.»

« Un thinnai en papier ».

Cet ouvrage, déjà, déroute par son titre. En effet, à l’oreille un quiproquo sonne entre « ancre » et « encre »,  entre ce que l’on pourrait dire être l'ancrage à la terre de Pondichéry, à sa culture et la trace des mots qui inscrivent à l’encre sur le papier, la mémoire d’une histoire des femmes et des hommes.

Ari Gautier nous dit:  « ce livre est un thinnai en papier, où viennent s’asseoir enseignants, anciens élèves, élèves d’aujourd’hui, poètes et passeurs de mémoire, pour raconter ce que deux siècles ont façonné, embelli, et parfois brouillé. »

Un thinnai, ce mot de la langue tamoule qui signifie le seuil, ou encore le perron, cet espace comme un entre-deux, qui sépare le dedans du dehors dans les maisons traditionnelles tamoules. Un espace accueillant qui invite à patienter, à s’asseoir et même à discuter. Dans ce livre de nouvelles, cet espace invite donc différentes générations, différentes écritures et accueille des mots, des images, des couleurs et des sons propres à Pondichéry.

 

Maquette du lycée faite par les enfants du primaire
Maquette du lycée faite par les enfants du primaire

 

Quant à la mousson du titre, elle est celle qui est tant attendue, qui abreuve la terre et permet les cultures qui nourrissent les hommes, elle est aussi celle que l’on redoute, tellement imprévisible et nécessaire.

Préambule

L’ introduction historique et détaillée, écrite  par Jacques Weber (Directeur de la UFR Histoire, Histoire de l’Art et Archéologie de l’université de Nantes de 2002 à 2006) qui explique comment à l’initiative d’Eugène Desbassayns, le lycée a vu le jour.

Documents et photos à l’appui, ces pages se lisent comme un roman. On y apprend en passant, que ce même homme est à l’initiative de la construction du cours Chabrol, cette promenade de bord de mer toujours très prisée des habitants comme des touristes et des auteurs Pondichériens.

Ces pages laissent ensuite la place à un long poème de Karavelane, « Ardant combattant pour l’indépendance de Pondichéry»( 1900-1965), issu de l’ouvrage intitulé «Les chants dévotionnels de Kâreikâlammeiyâr».

Ensuite viennent des extraits de «La vie quotidienne à Pondichéry au temps de la compagnie des indes racontée par ses témoins». Ce sont des textes passionnants qui font référence, organisés sous forme de chapitres: «  Ch. 1. Les émotions de l’arrivée », Ch. 12. Éducation européenne… », collectés par Pierre Bourdat ( 1928-2015), professeur de lettres classiques et spécialiste de l’Inde française, particulièrement à Pondichéry au XVIIIe siècle et enseignant au lycée français.

Quinze nouvelles écrites par quinze alumni, quinze écrivains talentueux

La première nouvelle s’intitule «Non-assistance à âmes en danger ». Une nouvelle bouleversante, qui prend son inspiration dans les faits divers, de Yamouna David, écrivaine, dont le dernier roman Buckingam Canal, est paru en 2025.

 

Rentrée littéraire : Yamouna David présente son dernier ouvrage

Rana, une jeune élève s’est suicidée. Antony Raja l’inspecteur de police nous invite dans son enquête :

 « Jusqu’alors, sa carapace professionnelle lui avait permis de garder un couvercle sur ses sentiments. Mais voici que cette visite - ou à vrai dire sans qu’il s’explique pourquoi, cette chemise de nuit rose, si fragile, si différente des saris ou nighties habituels, ce fin menton d’enfant de cette toute jeune fille - l’a bouleversé. »

Sensibles, émouvants, bouleversants, les qualificatifs se percutent à la lecture de ces pages. Ces nouvelles racontent des souvenirs romancés, teintés parfois  du délice de la nostalgie. Elles convoquent notre imaginaire par le prisme créatif de l’auteur, ou encore elles déplacent le lecteur pour l’amener dans l’univers de contes et légendes traditionnels.

On y retrouve parmi les plumes aguerries Mirashakti/ Mireille Santo, qui est l’autrice de :  Les déesses chutent mais ne tombent pas. Des femmes à Pondichéry. ( 2024). Sa nouvelle s’intitule:  Jîva et Santosh.  Une histoire de mariage d’amour et de belle-mère, dont on peut dire que c’est une constante de la vie des Indiens.

La nouvelle d’Ari Gauthier, est la dernière du livre: L’oeil du cyclone. Il nous invite à des pirouettes humoristiques peut-être typiques de la littérature tamoule, dont voici un extrait .

« …Plus tard dans la nuit, Missié Thoppai-Siva-Charlemagne eut un doute lorsqu'il entendit le ronflement de son épouse et le meuglement des vaches. Le bruit des bovins était plus mélodieux. Il eût été plus sage de garder les vaches et de vendre sa femme - mais la société, hélas, n’entendait pas les choses ainsi. »

L'auteur Ari Gauthier
L'auteur Ari Gauthier

 

Une pépite de poème se loge dans la cours des grands  «Le temps suspendu », un poème écrit par Aadi Sadanand Joshi, 16 ans et élève au lycée. Des vers d’où sourd le grondement d’une révolte. Les vers rebondissent avec force, ils ont la jeunesse et l’ardeur de vivre de leur jeune auteur. Quelle belle idée d’avoir invité, parmi les autres, ce jeune poète dans ce thinnai .

Vous ne trouverez pas de table des matières dans cet ouvrage. On le lit dans le désordre, le regard attrape une attirante formule qui demande à  reprendre la nouvelle à son début.

Ici il s’agit d’un conte mouvementé : Une len or dans le caniveau. Voici un narratif qui comporte quelques ingrédients critiques d’une société de castes et une morale à apprécier. Il est écrit par  K . Madavane, metteur en scène connu à Delhi, dramaturge et amoureux de Jean Genêt. Il a écrit parmi de nombreuses pièces : «  Le Mahãbhãrata des femmes » ( 1994), «  Le Véritier ou le mensonge des Dieux ( 2008) et  publié en 2004, un recueil de nouvelles «  Mourir à  Bénarès ».

Ce ne sont là que quelques extraits non exhaustifs d’un ouvrage de 142 pages, qui réunit de très belles plumes, on ne peut citer tout monde. Nous citerons cependant madame Georgette Hacq David, qui a fait l’essentiel de sa carrière en tant que professeur de français et d’espagnol au lycée , venue vivre à Pondicherry en 1957, auteure du poème émouvant : Dormir en paix.

La table ronde qui réunissait ces auteurs, dont certains sont d’anciens camarades de classe au lycée français international de Pondichéry, dans cette bibliothèque qui a vu passer tant d’élèves et de professeurs, fut un moment d’échanges authentiques, plurilingues, de grande qualité:  un hommage à la littérature et certainement à une littérature typiquement francophone pondicherienne.

Pour terminer ce voyage en littérature, un extrait de la nouvelle «Gopal, l’enfant de la rizière », de François Livingston, élève au lycée de 1974 à 1981. Ingénieur en automatisme industriel.

«  Avant de quitter Pondy, il prend le temps de regarder une dernière fois tout ce qui a façonné son enfance : les maisons colorées, les cocotiers qui se balancent dans le vent, les ruelles où il a tant joué, les visages familiers du village. Il grave chaque détail dans sa mémoire, comme pour emporter avec lui un morceau de cette terre qu’il aime tant. Il sait qu’en quittant ce village, il laissera derrière lui une partie de lui même.»

 
 
 
 
 
 
 
 
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