Édition internationale

Les reines de la Pétanque de Pondichéry

En cette fin de vendredi après midi, des femmes s’entraînent, comme tous les autres vendredis depuis quelques mois, sur le terrain de boules de Kuruchikuppam au bord du Golfe du Bengale. Deux particularités distinguent cette activité, pas vraiment exceptionnelle à Pondichéry (47 clubs de pétanque existent) : ici ce sont uniquement des participantes qui jouent et elles sont françaises et indiennes.

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Écrit par Anaïs Pourtau
Publié le 25 juin 2026

Revenons d’abord à l’histoire de la pétanque à Pondichéry

Encore aujourd’hui la pétanque, en Inde, ne se joue qu’à Pondichéry. C’est une pratique sportive réservée aux hommes. Les clubs sont tous affiliés à la Fédération internationale de pétanque.

La pratique de la pétanque serait arrivée à Pondichéry en 1950, par l’intermédiaire de Gérard Victor, un militaire français d’origine tamoule, revenu prendre sa retraite dans la ville de ses origines.

Lorsque l’on pense pétanque, on pense Marseille, une place sous les platanes, le pastis et bien sûr la mythique réplique du film Fanny de 1932, de Marcel Pagnol: « Tu pointes ou tu tires? ».

Mais voilà, ici à Pondichéry, la pétanque a aussi raconté une autre histoire. C’est celle de familles tamoules, dont beaucoup de ceux que l’on appelait les intouchables, et qui ont grandi dans le comptoir français de Pondichéry (1673-1954). Après la rétrocession du territoire à l’Inde, un certain nombre de familles ont pu opter entre 1962 et 1963 pour la nationalité française.

Beaucoup de ces personnes ont fait carrière dans différentes administrations françaises, dont l’armée. Certains sont partis travailler en métropole, d’autres vers les territoires français d’Outre mer, ou encore vers les casernes françaises à l’étranger, amenant leurs familles.

Plus tard certains de ces franco-pondichériens se sont réinstallés à Pondichéry où ils ont retrouvé leur famille et peut-être aussi des propriétés. Ils ont ramené avec eux des coutumes françaises, dont la pétanque, ses règles de jeu, les boules et le cochonnet. On dit qu’alors, cette pratique a suscité un certain engouement, y compris auprès de la population locale.

La pétanque à Pondichéry : un marqueur social  

Cependant deux catégories de joueurs semblent s’être distinguées avec le temps, les Franco-pondichériens d’une part, qui touchaient une pension de retraite et les Tamouls d’autre part, bien moins aisés. La pétanque devient alors un marqueur d’ascension sociale. Les premiers, plus âgés jouent  «  à la vraie pétanque de Marseille », les seconds, plus jeunes et plus nombreux, réinterprètent les règles : le nombre de points à atteindre est différent, ils tirent et ne savent pas pointer et ils ne possèdent pas le matériel conforme.

Par ailleurs, certains clubs jouent de l’argent, ce qui devient un autre système de discrimination et d’exclusion.

Dans les tournois de pétanques, se rejoue ainsi l’histoire vieille comme le monde d’une rupture familiale quasi « fratricide », qui n’est pas anodine. C’est l’histoire d’une même famille dont les membres n’ont pas tous pris le même chemin : Il y a ceux qui sont devenus français, ont gagné en pouvoir économique et sont revenus au moment de leur retraite. Ils cherchent à se réinscrire dans le tissu social. Il y a ceux qui par le jeu de l’Histoire, ont choisi de garder leur nationalité indienne. Ils ont des revenus bien inférieurs, ne sont pas toujours très instruits, mais ils sont restés «  fidèles » à leur pays. « Ils n’ont pas trahi ».

Refaire lien est alors affaire de chacun. On dit que des Français, souvent plus habiles au jeu, plus expérimentés, ne parient pas, mais parfois les Tamouls peuvent parier pour eux et ainsi ils les font gagner ou alors, lors des tournois ils payent l’inscription de leur partenaire indien.

Les premiers club de pétanque créés, sont ceux du quartier Nord dont fait partie  Kuruchikuppam, Le cercle sportif Pondichérien, Le New Nid Amical, Le club du Canal.

 

 New Nid Amical,
Source : New Petanque Association-Puducherry India's Post

 

Eric, joueur de pétanque, souhaite intégrer des joueuses féminines dans une équipe 

C’est l’histoire d’un homme, Eric, qui a eu  l’idée d’organiser un « petit tournois sympa », sur le terrain de pétanque de Kuruchikuppam.

Eric joue à la pétanque depuis plusieurs années, choix orienté par un désir d’apprendre et de parler tamoul avec des Tamouls qui de plus jouent aux boules. Il a pris sa licence au club de Kuruchikuppam.

Des amis joueurs de Pondichéry s’étaient rendus en Malaisie pour participer au championnat d’Asie de pétanque.

À leur retour, il partage avec Eric leur emballement pour le jeu des Thaïlandaises qui ont dominé la compétition dans les catégories féminines. En 2025, c’est une triplette de joueuses Vietnamiennes qui sont championnes du monde, mais en individuel c’est une Thaïlandaise qui a gagné la compétition.

Les clubs de boules de Pondichéry sont réservés aux hommes et voilà qu’après avoir fait ce voyage en Malaisie, des joueurs indiens, s’interrogent sur la possibilité d’avoir chez eux un club de pétanque féminine. Cet engouement donne des idées à notre compatriote:

 « Je me suis dit, si je fais d’abord venir des femmes françaises pour jouer sur le terrain, on pourra  ensuite faire venir des femmes indiennes. On pourrait organiser un petit tournois avec 8 femmes indiennes et 8 femmes françaises et faire des équipes mixtes.»

En février, Eric invite des femmes à s’entraîner sur le terrain  de Kuruchikuppam.

« Je suis allé parler à mes amis joueurs de pétanque, aux maris, pour les convaincre. La confiance mutuelle qui nous lie a déverrouillé les réticences et    finalement il y a eu jusqu’à 24 femmes qui sont venues s’entrainer en même temps. Cest maintenant quelque chose qui tient. Je prête mes quatre sets de quatre boules. Nous sommes  même passés à Doordarshan, la TV nationale indienne. 

 

   The first Women’s Pétanque Open & Mixed Triples Open !

 

Quelque chose est en train de changer.

 Voilà comment les vendredis soirs on peut voir sur le terrain de Kuruchikuppam des joueuses qui s’entraînent à la pétanque.

Bien sûr il y eut de multiples aventures inattendues, des amis, de nombreuses personnes dont les membres la Fédération de pétanque de Pondichéry qui ont participé pour accompagner Eric dans son projet et il a fallu trouver suffisamment des boules de pétanque!  ( une triplette de joueurs réguliers, en France, coûte 22000 roupies).

La récompense de toute cette énergie déployée, c’est que le 28 juin 2026, s’ouvre à Pondichéry :    The first Women’s Pétanque Open & Mixed Triples Open !  

 

   The first Women’s Pétanque Open & Mixed Triples Open !

 

    Le Petit Journal Inde encourage avec force « Les reines de la pétanque »  de Pondichéry et que les meilleures gagnent!

 
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