Incarnations d’une diversité devenue désirable, les stars indiennes désormais iconiques comme Priyanka Chopra Jonas (Miss monde 2000), Sushmita Sen, Lara Dutta (toutes deux Miss univers) ou encore Freida Pinto (Slumdog Millionnaire) ont percé le plafond de verre des stéréotypes. À l’image de Bhavitha Mandava, la dernière venue sur le podium des célébrités, ces femmes porteuses d’histoires puissantes nous ont appris à conjuguer la beauté sur d’autres modes.


D'étudiante à star des podiums ; le parcours de Bhavitha Mandava
Le récit de Bhavitha Mandava, ou l’ascension fulgurante d’une jeune beauté indienne sur le haut du podium de la mode nous propose une modernisation du mythe de cendrillon, à une exception près cependant : Bhavitha est diplômée, migrante conscience et lucide sur la précarité d’un système dans lequel elle est entrée sans le vouloir. Bien malgré elle la jeune Indienne est devenue en l’espace d’un an l’un des visages les plus scrutés de la mode planétaire.
L’été dernier, Bhavitha, 25 ans, menait encore une vie d’étudiante ordinaire à New York entre ses nuits passées à la bibliothèque, son emploi sur le campus et ses candidatures répétées pour décrocher des stages peu engageants. Arrivée en 2023 d’Hyderabad pour suivre un master en Design d’Innovation et devenir architecte, elle composait avec le mal du pays, l’incertitude financière et un marché du travail morose.
« Je n’avais personne ici, confiait-elle au New York Times. J’ai dû réapprendre à vivre, à repartir de zéro ».
Un soir d’août 2024, alors qu’elle attendait un train pour Manhattan sur le quai de la station Atlantic Avenue, à Brooklyn, le hasard fait basculer son destin. Showin Bishop, fondateur de l’agence 28 models la remarque. Il hésite, craignant de paraître intrusif, puis se présente. Elle décline poliment sa proposition de devenir mannequin, mais accepte malgré tout de lui laisser son adresse mail.
Quelques jours plus tard, convaincue que le mannequinat pourrait l’aider à rembourser son prêt étudiant, elle pousse la porte du studio photo de l’agence. Les images simples et sans retouches déclenchent une avalanche de réponses. Les directeurs de casting veulent tous la voir.
Un obstacle s’oppose cependant au lancement de sa carrière américaine puisque le visa étudiant qu’elle détient ne lui permet pas de travailler aux États-Unis. Une solution venant de l’Europe va vite la sauver de ce mauvais pas.
En septembre, grâce au visa Schengen, Bhavitha Mandava s’envole pour Milan. Elle y rencontre Matthieu Blazy, alors directeur artistique de Bottega Veneta. Issue d’une famille de classe moyenne, étrangère aux codes du luxe, Bhavitha ignore tout de son interlocuteur. Elle qui mesure 1,75m n’a jamais porté de talons, jamais mis les pieds en Italie, jamais rêvé de mode. Mais quelque chose se passe. « Il y avait une lumière dans ses yeux », écrira plus tard Matthieu Blazy. « J’ai su immédiatement que je voulais travailler avec elle. »

Sagesse innocente
Quelques jours plus tard, elle défile pour Bottega Veneta. Suivront Dior, Courrèges, puis Chanel, lorsque Matthieu Blazy quitte Bottega Veneta pour prendre la direction artistique de la maison.
Pendant ce temps, Bhavitha continue de suivre ses cours du soir, travaille la journée comme coordinatrice de laboratoire sur le campus payée 30 dollars de l’heure tout en traversant l’Atlantique le week-end pour y défiler. Elle obtient son diplôme en mai.
C’est seulement une semaine avant le défilé Chanel Métiers d’Art à New York qu’elle décroche enfin un visa lui permettant de travailler aux États-Unis.
Le soir du show, organisé dans une station de métro désaffectée, c’est elle qui ouvre le défilé. Elle porte un jean et un pull beige à col zippé. Matthieu Blazy décrira sa silhouette comme l’interprétation Chanel de la tenue qu’elle portait un an plus tôt dans le métro. Les images font le tour du monde.
Une vidéo montrant ses parents, émus, regardant le défilé en direct depuis Hyderabad dépasse les 20 millions de vues sur TikTok.
Première femme indienne à ouvrir un défilé Chanel, Bhavitha Mandava est célébrée comme une figure historique, une muse contemporaine, un visage neuf dans un luxe en quête de sens et de réalité.
« Quand une marque décide que vous êtes “le look”, raconte Bhavitha vous n’y pouvez rien. Il suffit peut-être d’une seule saison pour que tout s’arrête et que le carrosse redevienne citrouille. »
C’est peut-être cette conscience à la fois rare et presque grave qui confère autant de justesse à Bhavitha. La jeune femme n’incarne pas seulement une nouvelle beauté mais raconte une époque ou le style peut s’épanouir sur un quai de métro et qu’un seul regard peut suffire pour que soudain s’alignent toutes les planètes.







