Ces dernières semaines, la France n’est pas le seul pays à faire face à de multiples manifestations. En Inde, les partis d’opposition comme le parti des cafards ou Cockrach Janata party, ont décidé de s’attaquer à la question des suppressions de votes qui auraient eu lieu durant le SIR et demandent la démission du Chef de la commission électorale. On vous explique.


Qu’est-ce que le SIR ?
Le SIR (Special Intensive Revision) est une opération menée par la Commission électorale de l’Inde en amont des élections.
Son objectif est de vérifier les listes électorales, d’ajouter les nouveaux votants et de supprimer tous les doublons, les personnes décédées, et les personnes jugées “non éligibles”. Il faut distinguer les révisions électorales ordinaires du SIR, qui se distingue de par son ampleur et par le fait que ce sont des enquêtes menées au porte à porte avec une attention particulière sur les documents demandés.
Il n’existe actuellement pas de délai précis entre deux SIR ; il dépend donc du bon vouloir du gouvernement au pouvoir de l’organiser. Par exemple, au Maharashtra le dernier SIR avait eu lieu en 2002 et en 2003 pour le Jammu-Cachemire ou le Bihar.
Le SIR de 2025-2026 a lieu en trois phases : la 1re ne concernait que le Bihar de juin à septembre 2025, la seconde, 9 États et 3 Territoires d’Union de novembre 2025 à février 2026 et la dernière phase couvrent 16 États et 3 territoires de l’Union et devraient se terminer en fin d’année. Selon les informations du Press Information Bureau, le service de presse officiel du gouvernement, seuls l’Himachal Pradesh, le Jammu-Cachemire et le Ladakh sont exclus du processus.
Au total, près de 130 millions de noms retirés des listes électorales (processus en cours)
En théorie, c’est donc un nettoyage administratif pour garantir “une personne = une voix” mais l’ampleur du nombre de noms retirés des listes électorales est telle que le SIR et la commission en charge du processus fait face à beaucoup de critiques.
Sur l’ensemble du territoire, près de 130 millions de noms auraient déjà été retirés (les citoyens ont toujours le pouvoir de contester ces éliminations mais une fois la liste publiée, cela ne peut se faire que par le biais des tribunaux) . Nous vous avions d’ailleurs parlé du cas du West Bengale qui aurait perdu près de 10% de son électorat initial.
Suppressions massives de possibles électeurs au West Bengal
Pour donner quelques exemples : au Tamil Nadu, la liste finale publiée le 23 février 2026 déclare 56.707.380 électeurs soit 11.5% d’électeurs en moins tandis que dans l’État du Karnataka qui comptabilisait 55.432.314 électeurs au 16 juin 2026, il ne reconnaitrait aujourd’hui que 44.680.151 inscrits sur les listes électorales soit une baisse de 19.4% de l’électorat initial. Il est encore possible pour les habitants du Karnataka de contester et demander le rajout de leurs noms sur les listes mais l’on peut comprendre l’impact qu’une telle révision pourrait avoir pour les prochaines élections.
Au Maharashtra et dans la région de Delhi, le processus est toujours en cours…
Demande de démission du Chef de la commission électorale, en charge du SIR
Dès février 2026, des premières oppositions aux résultats du SIR se sont élevées, notamment au West Bengale où Mamata Banerjee, la cheffe du gouvernement de l’État et opposante politique au parti de Narendra Modi a réclamé le départ de Gyanesh Kumar (chef de la commission électorale) et a lancé une procédure contre lui auprès des deux chambres du Parlement indien. Près de 130 députés de la Lok Sabha et 63 membres de la Rajya Sabha signent ou soutiennent la requête.
Les accusations comprennent entre autres « l’obstruction volontaire d’enquêtes contre de possibles fraudes électorales, une conduite partisane et discriminatoire dans son emploi et la suppression massive d’électeurs ».
En septembre 2026, la question est relancée après qu’une enquête du journal The Indian Express dénonce des désaccords internes à la commission électorale. Plus précisément, selon l’article, Deux des trois commissaires électoraux, Sukhbir Singh Sandhu et Vivek Joshi, ont « formellement contesté, par écrit, au moins 14 fois au cours des 10 derniers mois – dont quatre fois le même jour – des décisions prises et des ordres émis, selon eux, à leur insu. » (extrait direct de l’article). Ils y auraient dénoncé des décisions « non autorisée et illégale », jusqu’à écrire au secrétaire du Cabinet du gouvernement indien, T.V. Somanathan, en charge de la coordination de l’administration centrale, pour se plaindre de modifications dans la répartition des tâches qui, « de fait, supprimaient un niveau de contrôle sur l'infrastructure informatique des listes électorales ».
Le 24 septembre, le Cockraoch Janta party, fort de la victoire de sa précédente campagne, exige la démission de Gyanesh Kumar sous 48 heures, sous peine de nouvelles manifestations. Le parti du Congrès, sous l’égide Rahul Gandhi, organise de multiples manifestations dans toute l’Inde dès le lendemain. Celles-ci prennent de l’ampleur et de nombreuses forces policières sont détachées dans les grandes villes en amont des manifestations, qui n’ont pas été autorisées.
Ainsi, les leaders du CJP, Abhijeet Dipke, Ashutosh Ranka et Saurav Das ont été arrêtés à leur descente d’avion, alors qu’ils débarquaient dans la capitale pour rejoindre le rassemblement. Des coupures internet ont eu lieu ainsi que la fermeture de stations de métro dans la capitale.
En tout, plus de 6000 arrestations ont eu lieu en Inde ce samedi 10 octobre 2026. De nouvelles manifestations sont prévues…
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