Philippe Jouy: "Bouygues Construction propose des parcours internationaux"

Par Didier Pujol | Publié le 14/02/2022 à 14:30 | Mis à jour le 18/02/2022 à 00:05
Photo : @ Bouygues Construction
philippe jouy bouygues construction

Philippe Jouy a pris la tête de la région Asie pour le groupe Bouygues Construction fin 2021, basé à Hong Kong. Nous avons souhaité le rencontrer pour en savoir plus sur son parcours et l'actualité de cette célèbre entreprise française.

"J'ai toujours été attiré par l'international"

Vous avez un parcours international qui passe par Londres, la France et aujourd’hui l’Asie. Pouvez-vous nous en parler un peu ?

J’ai toujours été attiré par l’international et notamment par l’Asie, où mon grand-père a vécu. Il travaillait à la Banque de l’Indochine dont j’ai découvert par hasard en arrivant à Hong Kong qu’elle avait été longtemps l’actionnaire majoritaire de notre filiale Dragages. En école d’Ingénieur je me suis tourné vers Bouygues, alors numéro un Mondial du BTP, pour réaliser mes stages sur chantier. Quelques années plus tard, après une première expérience professionnelle aux Etats-Unis, j’ai fait le choix de rejoindre le Groupe dont j’avais pu apprécier les valeurs et la richesse des parcours. Je n’ai pas été déçu. En presque 30 ans, j’ai bénéficié de nombreuses opportunités : j’ai occupé des fonctions de Contrôleur financier, puis de Secrétaire Général de nos filiales de Bâtiment en Ile de France, avant de rejoindre la Direction Audit Interne du Groupe où j’ai eu l’occasion de réaliser des missions passionnantes au sein de l’ensemble des métiers du Groupe (Construction, TF1, Bouygues Telecom,…) en France et à l’étranger. J’ai ensuite rejoint l’activité Construction sur le périmètre international où j’ai occupé des responsabilités financières qui m’ont amené à me déplacer régulièrement en Amérique, en Afrique, en Europe et en Asie. En 2005, je suis parti à Londres comme Directeur Financier de Bouygues UK. J’y suis resté 10 ans, période durant laquelle, j’ai participé activement au rachat d’une entreprise anglaise dont j’ai assuré ensuite la Direction Générale. En 2015, je suis rentré en France pour prendre la Direction des activités Bâtiment et Développement Immobilier de Bouygues Construction sur le territoire Nord-Est de la France. J’y ai pris beaucoup de plaisir. Mais l’appel de l’International et le souhait de retrouver un environnement multiculturel auront été plus forts et c’est avec enthousiasme que j’ai rejoint Hong Kong l’été dernier.

"Nous offrons des carrières aux quatre coins du monde"

Bouygues Construction est une entreprise planétaire. Comment êtes-vous organisés pour favoriser les parcours de mobilité et l’adaptation culturelle ?

Bouygues Construction emploie près de 60000 collaborateurs dans plus de cinquante pays. Notre activité repose sur des structures pérennes complètement intégrées à leur écosystème local et sur la maitrise des grands projets, qui nous permet de nous établir dans des pays nouveaux. La mobilité a toujours été cultivée au sein du Groupe. Elle peut être fonctionnelle ou géographique comme mon parcours en témoigne. Elle est facilitée par le partage de valeurs fortes directement portées par Martin Bouygues. Elle contribue également à la diffusion de ces valeurs. La mobilité est une source de richesse et d’opportunités pour nos collaborateurs et pour nos organisations. Nos activités Travaux Publics bénéficient de nombreuses mobilités entre la France, Hong Kong, l’Australie et le Royaume-Uni ou nous réalisons de grands projets d’infrastructures, tout comme nos activités Bâtiments qui offrent des opportunités de carrière aux quatre coins du monde. Avec 60% de notre Chiffre d’Affaires réalisé à l’étranger nous bénéficions d’une grande diversité de talents qui font la richesse de l’entreprise et à qui nous avons la volonté d’offrir des parcours variés. Pour mettre en œuvre ces mobilités, nous pouvons nous appuyer sur des équipes Ressources Humaines structurées qui travaillent en étroite collaboration avec les responsables opérationnels. Les besoins exprimés tant par les collaborateurs que par les structures du Groupe sont partagés au fil de l’eau. Un guide de l’expatriation rassemble toutes les informations utiles et une journée est organisée avant le départ afin de sensibiliser les futurs expatriés, et leurs conjoints si ils le souhaitent, aux enjeux culturels et parfois sécuritaires associés à la vie à l’étranger. L’arsenal mis en œuvre est à la hauteur des bénéfices qu’apporte la mobilité pour l’entreprise comme pour les collaborateurs qui ont la possibilité de changer de vie, de changer de métier, sans changer de société.

"Notre présence à Hong kong remonte à 1955"

Hong Kong et l’Asie sont parmi les marchés les plus dynamiques pour le groupe. Comment cela se traduit-il ?

Nous avons une présence forte à Hong Kong où, depuis l’implantation de notre filiale Dragages en 1955, nous avons réalisé de nombreux ouvrages : des ponts, des tunnels, des stations de métros, des grands équipements (Asia World Expo, Hong Kong stadium, HK Convention and Exhibition Center, Kai Tak Cruise Terminal…) et des bâtiments qui ont contribué à façonner l’image de la ville. Nous avons actuellement plusieurs projets en cours parmi lesquels la Central Kowloon Route, un tunnel de 4 km de long composé de deux tubes de trois voies chacun, qui permettra de réduire le temps de trajet des conducteurs entre l’est et l’ouest de Kowloon d’une demi-heure à 5 minutes. Dans le prolongement, nous réalisons un tunnel routier sous-marin qui permettra de relier l’ancien aéroport de Kai Tak à Cha Kwo Ling et qui réduira le temps de trajet vers Tseung Kwan O. Nous construisons également à Hong Kong des projets pour le compte d’ArchSD, le département de l’architecture, et pour l’autorité aéroportuaire. Dans les autres pays d’Asie, nous sommes particulièrement actifs en Thailande, à Singapour et aux Philippines. Dans ces pays, nous réalisons des projets mixtes qui comprennent des bureaux, des centres commerciaux et des hôtels ainsi que des complexes résidentiels de luxe. Nous avons développé une expertise dans les bâtiments de très grande hauteur, avec de belles références en Thailande. A Singapour, nous avons été les premiers sur le marché de la construction modulaire et nous réalisons actuellement un centre de formation pour la « Building and Construction Authority » quasiment intégralement construit hors site, avec un large usage du bois. Aux Philippines, nous travaillons en partenariat avec le Groupe Ayala dans le cadre d’une société commune pour la réalisation de projets complexes de bâtiment et nous avons également une activité de travaux publics pour la réalisation du Métro de Manille. Toutes nos implantations bénéficient de l’accès aux expertises du Groupe que nous nous efforçons de diffuser le plus largement possible. A titre d’exemple, nous structurons actuellement notre offre Data Centers sur l’Asie, fort de nos très nombreuses références acquises en Europe, en Australie et à Hong Kong.

"Le nouveau tunnel de Shatin à Central ouvre en 2022"

En juin sera inauguré le nouveau tunnel de Shatin à Central. Quel est l’objectif de cet ouvrage et quels ont été les défis liés à sa réalisation ?

Dans le cadre de l’extension de la ligne de métro qui reliera Shatin à Central, MTR (Mass Transit Railway Corporation) nous a confié la conception et la réalisation des travaux de construction de 4 tunnels sur l’ile de Hong Kong. Les tunnels qui relient Admiralty, la nouvelle station Exhibition Centre, et le tunnel immergé qui assure la connexion avec la station de Hung Hom, traversent des terrains peu profonds, des conditions géologiques complexes, sous des quartiers très animés et des infrastructures routières importantes. Dans ce contexte sensible, qui nécessite une parfaite maitrise des mouvements du sol, un tunnelier à densité variable a été utilisé : une première à Hong Kong. Ce nouveau type de machine combine les avantages des tunneliers traditionnels, à pression de boue et à pression de terre. Il permet d’ajuster la densité des matériaux au niveau du front de taille et de gérer la grande hétérogénéité des terrains. La réalisation du bâtiment de ventilation sud a par ailleurs demandé une attention particulière car il a nécessité la démolition et la reconstruction du club des officiers de Police au-dessus du bâtiment. L’équipe qui a réalisé le projet a été honorée de nombreuses récompenses en matière d’innovation et de prise en compte des enjeux associés à la sécurité et à l’environnement. Elle s’est vue décerner le titre de « tunneling team of the year » en 2018.

"Bouygues Construction est engagé dans la réduction des gaz à effet de serre"

Votre groupe est engagé dans la sauvegarde de l’environnement. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Le Groupe Bouygues s’est engagé très tôt dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cet engagement qui remonte à près de 20 ans s’est traduit par des démarches volontaristes qui nous ont conduit à réaliser en France les premiers bâtiments à énergie positive, et à nous engager il y a plus de dix ans dans la réalisation d’un « concept building » autonome en eau et en énergie. A Hong Kong, la Trade and Industry Tower que nous avons achevée en 2015 est le premier bâtiment public de bureaux dont la conception a reçu les plus hautes distinctions environnementales, BEAM Plus Platinum et LEED Platinum. Aujourd’hui chacun des métiers du Groupe s’est fixé des objectifs de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Bouygues Construction vise une réduction de 30% d’ici 2030. Cela se traduit concrètement par la mise en place de bétons bas carbone, l’utilisation d’aciers recyclés ou encore l’utilisation de matériaux biosourcés. En France par exemple, Bouygues Construction s’est fixé pour objectif de réaliser 30% de ses bâtiments en bois d’ici 2030. En Asie, comme dans le reste du Groupe, nous travaillons quotidiennement à la réduction de nos émissions que nous mesurons régulièrement. L’impact carbone de nos projets est désormais évalué dès la phase commerciale et nous nous attachons systématiquement à proposer à nos clients des variantes qui préservent l’environnement. En complément de la réduction de nos propres émissions, nous contribuons aussi par nos offres commerciales à répondre au défi climatique : nous participons à la production d’énergies décarbonées en réalisant notamment des fermes solaires et nous sommes également engagés dans l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments existants dont nous sommes en mesure d’assurer une réhabilitation éco-responsable.

 

Didier Pujol

Didier Pujol

Passionné de culture chinoise et présent en Chine depuis 2011, Didier a publié de nombreux articles sur la Chine avant de reprendre la direction de l'édition Hong Kong comme directeur et rédacteur en chef.
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