Nouveau directeur exécutif du French May Arts Festival, succédant à Xavier Mahe depuis le 1er mai 2025, Mehdi Brit arrive avec un parcours à la croisée du spectacle vivant, des arts visuels, de la mode et de la coopération culturelle. Historien de l'art, curateur, programmateur et ancien attaché culturel en Chine en charge du festival Croisement, il entend ouvrir un nouveau chapitre pour cette institution culturelle majeure dans le cadre du collectif existant.


Avant toute chose, je suis un passionné
Mehdi Brit, qui êtes-vous au juste ?
Avant toute chose, je souhaite rendre hommage à Xavier Mahé, qui a fait un travail remarquable à la tête du festival pour l'amener au niveau d'excellence actuel. Cette 33ème édition ne démérite pas tant pas la qualité de sa programmation que par l'impact auprès des publics français et hongkongais. Je suis quant à moi un passionné. Passionné de spectacle vivant, de culture, d’art, et plus particulièrement d’histoire et d’art contemporain. Depuis mes débuts, j’ai essayé de travailler sur la transversalité, sur la résonance entre les genres, les disciplines, les secteurs, et plus spécifiquement entre les arts visuels et le spectacle vivant.
Ma carrière m’a amené à travailler dans des musées, des théâtres, à fonder des festivals, en France comme à l’étranger. Je suis curateur et programmateur : imaginer des projets, les construire avec des artistes, c’est vraiment l’ADN de mon travail.
La Chine m'a bouleversé
Votre parcours vous a aussi mené en Chine. Qu’est-ce que cette expérience a changé pour vous ?
La Chine a été une aventure absolument essentielle, pas seulement dans ma carrière, mais dans ma vie. Entre 2018 et 2022, j’ai traversé trois périodes : l’avant-Covid, le Covid, puis une année de transition. Et paradoxalement, ces années ont été extrêmement prolifiques.
Nous avons resserré la coopération avec les scènes locales, monté un festival de théâtre, des journées dédiées à la performance, un prix d’art contemporain avec la Fondation Choi, des projets autour de la mode avec des marques françaises et chinoises, ou encore French Waves, un festival digital. Cela m’a permis de rencontrer énormément d’artistes, de compagnies, de professionnels, de sponsors. Ma grande joie, c’est que nous avons fait communauté avec toutes ces scènes.
Qu’avez-vous découvert de la scène artistique chinoise ?
J’ai découvert des artistes formidables dans la danse, le hip-hop, le théâtre, la mode. Des artistes très ouverts, très demandeurs d’échanges, de collaboration, d’enrichissement mutuel. Et puis il y a la Chine elle-même : sa philosophie, ses paysages, sa gastronomie, ses contradictions. Pour quelqu’un qui venait essentiellement de circuits européens et transatlantiques, cela a été un vrai bouleversement.
Le French May est une constellation
Qu’est-ce qui vous a attiré dans le French May ?
Le French May m’a intéressé pour sa légitimité, sa reconnaissance, mais aussi pour le défi. C’est bien plus qu’un festival : c’est une saison culturelle qui se construit comme une constellation, comme une cartographie qui résonne avec Hong Kong et ses différents territoires.
C’est un projet profondément pluridisciplinaire : arts visuels, patrimoine, spectacle vivant, danse, musique, gastronomie… Il touche à énormément de domaines. Et puis il y a Hong Kong, que je connais encore mal. J’avais envie de me confronter à ce territoire, de rencontrer de nouveaux publics, de construire un projet qui soit le miroir du dynamisme culturel, mais aussi de la vie humaine et sociale de Hong Kong.
Offrir la culture à toutes et tous
Vous avez pris la saison 2026 en cours de route. Qu’est-ce qui vous marque dans cette édition ?
Le French May a connu un très beau démarrage, avec des projets phares comme l’exposition Meet Mona Lisa & Portraying the Renaissance au Hong Kong Heritage Museum. C’est une exposition hybride, qui associe des œuvres patrimoniales exceptionnelles et une installation autour de l’icône Mona Lisa.
Ce qui me touche, c’est qu’elle se déploie dans un musée situé à Sha Tin, loin du centre, et qu’elle rencontre un énorme succès auprès de publics qui ne sont pas forcément les plus habitués aux programmes du French May. On approche les 100.000 visiteurs. Pour moi, c’est essentiel : offrir la culture à toutes et tous, y compris aux publics les moins privilégiés.
Le concert de DJ Snake a aussi marqué les esprits.
Oui, c’était une grande première, avec plus de 8.000 spectateurs et un très fort impact médiatique. L’un des objectifs était aussi de toucher les jeunes publics, et cela a été largement atteint, avec une grande partie du public entre 18 et 30 ans.
Travailler avec tous nos partenaires
Quelle touche souhaitez-vous apporter aux prochaines éditions ?
Un diagnostic est en cours. Quand une nouvelle direction arrive, il faut analyser ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins bien, les axes d’amélioration, et ce qui peut permettre au festival de gagner en puissance et en visibilité.
Indéniablement, un nouveau récit va s’écrire. Mais il s’écrira en préservant l’ADN du French May et l’héritage de ses 33 ans. L’histoire d’une institution ne s’écrit pas seule : c’est un récit collectif, avec les présidentes du board, Pansy Ho et Mignonne Cheng, l’ensemble du board, mon équipe, le Consulat général de France, nos partenaires et nos publics.
Mon objectif est de rassembler, d’unifier, de fédérer. D’offrir un espace où l’on puisse s’exprimer, se retrouver, échanger et construire ensemble.
Avez-vous déjà une vision à long terme ?
Je travaille avec mes équipes, avec nos présidentes et avec l’appui du Consulat général de France sur un plan d’action à plusieurs années. L’objectif est de penser le festival sur trois à quatre ans, pour lui donner une autre respiration, un nouveau chapitre.
Hong Kong, une cartographie nouvelle
Quelles sont vos premières impressions de Hong Kong ?
La relation à un environnement se construit dans le temps. J’ai vraiment embrassé la Chine après plusieurs mois de patience, de découverte et d’appropriation. Pour Hong Kong, je suis encore dans une phase d’ouverture.
Je m’y sens plutôt bien. Je suis fasciné par l’architecture, par cette cartographie qui m’échappe encore un peu : les montagnes, la mer, les Nouveaux Territoires, les théâtres à découvrir, les cafés, la cuisine cantonaise… Il y a beaucoup à explorer.
Vous avez notamment évoqué Tai Po. Pourquoi ?
Nous avons programmé Alliance Cosmique dans un théâtre à Tai Po, et j’ai trouvé cela formidable. Amener des créations, des œuvres, des workshops, des rencontres avec les artistes dans des territoires moins privilégiés, c’est quelque chose que j’aimerais poursuivre.
Ce n’est pas simple : il faut comprendre les attentes des autorités locales, trouver les moyens, les ressources. Mais c’est un travail qu’il faut poursuivre. La rencontre avec ces environnements m’intéresse profondément.











