Édition internationale

Mehdi Brit : « Le Hong Kong French May est une aventure collective"

Nouveau directeur exécutif du French May Arts Festival, succédant à Xavier Mahe depuis le 1er mai 2025, Mehdi Brit arrive avec un parcours à la croisée du spectacle vivant, des arts visuels, de la mode et de la coopération culturelle. Historien de l'art, curateur, programmateur et ancien attaché culturel en Chine en charge du festival Croisement, il entend ouvrir un nouveau chapitre pour cette institution culturelle majeure dans le cadre du collectif existant.

mehdi Britmehdi Brit
Écrit par Didier Pujol
Publié le 8 juin 2026, mis à jour le 13 juin 2026

Avant toute chose, je suis un passionné

Mehdi Brit, qui êtes-vous au juste ?

Avant toute chose, je souhaite rappeler que le French May est depuis 33 ans une plateforme culturelle incontournable entre la France, Hong Kong et l’Asie. Son impact est unique auprès des publics français et hongkongais. 

Pour revenir à votre question, je suis quant à moi, un passionné de spectacle vivant, de culture, d’art, et d’histoire. Mes premières expériences professionnelles m’ont amené à travailler sur la transversalité et la résonance entre les genres, les disciplines, et plus spécifiquement entre les arts visuels et le spectacle vivant. J’ai posé mes valises aussi bien dans les murs d’un musée que dans les coulisses d’un théâtre en France comme à l’étranger. Mon identité s’est construite à travers la curation et la direction culturelle : imaginer des projets avec une équipe et des collaborateurs, les construire avec des artistes, les penser pour un public.

 

La Chine m'a bouleversé 

Votre parcours vous a aussi mené en Chine. Qu’est-ce que cette expérience a changé pour vous ?

La Chine a été une aventure essentielle, pas seulement dans ma carrière, mais dans ma vie. Entre 2018 et 2022, j’ai traversé trois périodes : l’avant-Covid, le Covid, puis le retour en France. En dépit des contraintes et des restrictions, ces années ont été extrêmement prolifiques.

Nous avons resserré la coopération en travaillant étroitement avec les scènes locales, développer une proximité plus forte entre artistes français et chinois, créé une programmation autour du théâtre contemporain, imaginé des journées dédiées à la performance, initié un prix d’art contemporain autour des enjeux écologiques avec la Fondation Choi, lancé des projets autour du design et de la mode avec des créateurs français et chinois, ou encouragé la traversée digitale avec French Waves. Cela m’a permis de rencontrer de nombreux artistes, compagnies, professionnels et collaborateurs passionnants. Ma grande joie, c’est que nous avons fait communauté avec tous ces acteurs.

Qu’avez-vous découvert de la scène artistique chinoise ?

J’ai découvert des artistes talentueux et audacieux dans les domaines de la danse, du hip-hop, du théâtre et de la mode. Des artistes très ouverts, sollicitant les échanges, désireux de collaboration et d’enrichissement mutuel. Puis il y a la Chine elle-même : sa philosophie, ses paysages, sa gastronomie et sa diversité. Pour quelqu’un qui a essentiellement était imprégné de couleurs européennes et transatlantiques, cela a été un vrai bouleversement.

 

Le French May est une constellation

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le French May ?

Le French May m’a intéressé pour son histoire, son empreinte dans le paysage hongkongais, mais aussi pour le défi. Le French May est bien plus qu’un festival : c’est une institution, une plateforme de coopération, une saison culturelle qui se construit comme une constellation associant scènes française et hongkongaise. On peut y voir aussi une cartographie qui résonne avec Hong Kong et ses différents territoires.

C’est un projet profondément pluridisciplinaire qui offre une visibilité unique aux partenaires culturels de France et de Hong Kong. Le French May touche à des domaines phares tels que les arts visuels, le patrimoine, le spectacle vivant, la danse, la musique, le cinéma ou la gastronomie. Enfin, il y a Hong Kong dont je ne suis pas encore complètement familier. J’avais envie de me confronter à ce territoire, de rencontrer de nouveaux publics, de construire un projet qui soit le miroir du dynamisme culturel, mais aussi de la vie humaine et sociale à Hong Kong.

 

Offrir la culture à toutes et tous 

Vous avez pris la saison 2026 en cours de route. Qu’est-ce qui vous marque dans cette édition ?

Le French May a connu un très beau démarrage, avec des projets phares comme l’exposition Meet Mona Lisa & Portraying the Renaissance au Hong Kong Heritage Museum organisé en partenariat avec le Grand Palais immersif, le musée du Louvre, le musée national de la Renaissance et la Pinacothèque Ambrosiana. C’est une exposition hybride, qui associe des œuvres exceptionnelles tels que plusieurs dessins de Léonard de Vinci à un volet immersif qui s’étend sur plusieurs salles autour de la figure iconique Mona Lisa.

Ce qui me touche plus particulièrement , c’est que l’exposition se déploie dans un musée situé à Sha Tin, un quartier loin du centre et plus populaire. L’exposition rencontre un énorme succès auprès de publics qui ne sont pas les habitués du French May. A l’issue des 5 premières semaines, nous approchons les 100.000 visiteurs. Dans le monde tel qu’il existe aujourd’hui, il est essentiel d’offrir une culture pour toutes et tous, y compris aux publics moins privilégiés et plus éloignés.

Le concert de DJ Snake a aussi marqué les esprits.

Oui, c’était une grande première avec plus de 8.200 spectateurs et un très fort impact médiatique. Nous souhaitions offrir un programme qui puisse s’adresser aux publics jeunes de Hong Kong et de la Greater Bay Area. Le pari a été un succès avec une présence très forte des 18 et 30 ans.

 

Travailler avec tous nos partenaires

Quelle touche souhaitez-vous apporter aux prochaines éditions ?

Quand une nouvelle direction arrive, un premier état des lieux doit naturellement se faire pour analyser précisément ce qui fonctionne bien ou peu, envisager de nouveaux axes d’amélioration, et tout ce qui peut permettre au festival de gagner en puissance, en rayonnement et en visibilité et répondre aux attentes des hongkongais et des communautés internationales.

Indéniablement, un nouveau récit est en train de s’écrire, tout en préservant l’ADN du French May et son héritage de 33 ans. L’histoire d’une institution ne s’envisage pas seule : c’est un récit collectif qui s’écrit avec les présidentes du board, Pansy Ho et Mignonne Cheng, l’ensemble des membres du board, le Consulat Général de France, mon équipe, nos partenaires et nos publics.

Mon objectif est de rassembler et de fédérer. Je souhaite offrir un espace où l’on puisse s’exprimer, se retrouver, échanger, être animé et construire ensemble.

Avez-vous déjà une vision à long terme ?

Je travaille avec nos présidentes, mes équipes et  l’appui du Consulat général de France pour établir un projet de direction et un plan d’action à long terme. L’objectif est de penser le French May comme un festival et une institution qui s’envisage sur plusieurs années. Nous allons donc encourager une respiration nouvelle, et ouvrir un nouveau chapitre.

 

Hong Kong, une cartographie nouvelle

Quelles sont vos premières impressions de Hong Kong ?

Je crois que la relation à un environnement se construit dans le temps. J’ai été en mesure d’embrasser la Chine après plusieurs mois d’immersion, de patience, de découverte et d’appropriation. Pour Hong Kong, je suis encore dans une phase d’ouverture.

Tout est nouveau, mais je savoure chaque instant et je m’y sens bien. Je suis en partie fasciné par l’architecture, par cette cartographie qui m’échappe encore. Le dynamisme culturel est réel. De Sa Ying Pun aux Nouveaux Territoires, les lieux culturels de West et East Kowloon, les nombreuses galeries d’Aberdeen et de Central, la Performing Arts Academy, Tai Kwun…

Vous avez notamment évoqué Tai Po. Pourquoi ?

Nous avons programmé le duo Alliance Cosmique dans un nouveau théâtre à Tai Po, et j’ai trouvé cela formidable. Amener des créations, des œuvres, proposer une série de workshops et une rencontre avec les artistes dans des territoires moins privilégiés, c’est un axe que je souhaiterais poursuivre et enrichir.

Ce n’est pas simple car il est important de s’aligner avec les attentes des autorités locales, encourager les publics locaux à venir, trouver les moyens financiers et engager les ressources nécessaires pour la faisabilité de tels projets. C’est un travail qui résonne beaucoup avec la mission de service public qui est au cœur de l’écosystème culturel en France.

 

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