Samedi 27 novembre 2021
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Le Chung Yeung Festival ou la fête du double neuf à Hong Kong

Par Claudia Delgado | Publié le 13/10/2021 à 15:00 | Mis à jour le 14/10/2021 à 10:14
Photo : photo@Michael Chu - flickr
Chung Yeung Hong Kong

Dans ce petit tronçon de Queen’s road, dans le quartier de Sheung Wan, les gens s’amoncèlent à la recherche d’offrandes funéraires en papier, en préparation du Chung Yeung Festival ou la fête du double neuf. Lepetitjournal.com revient sur l’histoire et les traditions de cette fête, vieille de 2000 ans.

Le Chung Yeung festival, ou la fête du double neuf, tombe le neuvième jour du neuvième mois lunaire. Cette année, sur la base du calendrier grégorien, elle tombe le 14 octobre, jour férié à Hong Kong.

Dans la tradition chinoise, on dit que le chiffre 9 appartient au yang, cette réitération du 9 entraîne donc un excès d’énergie yang, qui doit être rééquilibrée. 

 

Chung Yeung Hong Kong
photo@Karine Yoakim Pasquier

 

Les origines de la fête de Chung Yeung

L’histoire du Chung Yeung remonte à la dynastie Han, il y a environ 2000 ans, et bien que les versions changent, le noyau de l’histoire reste le même : la légende dit qu’un prophète a averti un homme nommé Huan Jing qu’un désastre allait survenir dans son village et l’a exhorté à emmener sa famille dans la partie la plus élevée du village pour échapper à la catastrophe. Huan Jing a suivi ce conseil et emmené ses proches vers les montagnes. Lorsqu’ils sont revenus, le village était anéanti et seuls lui et sa famille avaient survécu.

Voilà pourquoi, pour commémorer ce jour, les locaux partent en randonnée vers les hauteurs de la ville, imitant le geste de Huan Jing et s’attirent ainsi la bonne fortune.

 

Chung Yeung Hong Kong
photo@Wikimedia Commons 

 

Chrysanthèmes, gâteaux et visite aux ancêtres à Hong Kong

Puisque bon nombre des lieux de sépulture se trouvent sur les collines, les familles profitent de cette journée pour se rendre sur les tombes et rendre hommage à leurs ancêtres comme lors de la fête de Qing Ming.

Traditionnellement, à l’occasion de cette fête, on admire les chrysanthèmes en pleine floraison, on boit du vin aux chrysanthèmes, et on mange le Chongyang (double yang), un gâteau cuit à la vapeur principalement composé de farine de riz et de sucre, décoré avec jujubes, fruits secs, noix et marrons.

 

 

Chung Yeung Hong Kong
Chongyang — photo@Youtube 

 

Offrandes funéraires en papier

La visite aux défunts va de pair avec les offrandes en papier (zi zaat) que l’on brûle pour subvenir aux besoins des aïeuls dans l’au-delà. Avec la fête de Qing Ming et la fête des fantômes affamés, le Chung Yeung festival est une autre occasion d’honorer les défunts et leur faire plaisir avec de l’argent, des vêtements, des voitures ou des articles de luxe.

Partout dans les marchés de la ville, toutes sortes d’articles en papier prennent forme. Dans quelques jours tous ces objets partiront en fumée, et bien que bon nombre de ceux-ci soient fabriqués en série, certains d’entre eux sont conçus sur mesure et faits main avec un soin exceptionnel, dans le but ultime d’être brûlés pour finir en cendres.  

 

Chung Yeung Hong Kong
Maison de papier — photo@Wikimedia Commons 

 

Dans une rue de Sham Shui Po, l’artisan Au-yeung Ping-chi travaille au milieu de ce qui ressemble à une caverne d’Ali Baba. Diplômé du First Institute of Art & Design, il n’envisageait pas de suivre les traces de son père, qui a fondé Bo Wah Effigies à Sham Shui Po dans les années 60, mais lorsque la santé de ce dernier s’est détériorée il a fini par reprendre l’affaire. Surnommé le « designer des défunts », il ne fait pas des offrandes « à la chaîne ». Chaque pièce est unique et présente un nouveau défi. Toujours désireux d’essayer de nouveaux modèles ou méthodes de construction, Au Yeung accepte la plupart des demandes de ses clients, tels que des guitares électriques, des bateaux, des scooters et même des aspirateurs.  

 

Chung Yeung Hong Kong
Au-yeung Ping-chi — photo@Youtube 

 

Un pont entre le monde des vivants et celui des morts

Avec le temps, on lui demande de faire des offrandes de plus en plus originales, parmi lesquelles se trouvent un hippodrome, un bol de nouilles avec des ailes de poulet et un casque de Darth Vader. Même si ces œuvres finiront par être brûlées, il reconnaît l’importance de son métier par le fait de créer un pont entre le monde de vivants et celui des morts, d’honorer les souhaits de ceux qui ont perdu leurs proches et d’aider les esprits à poursuivre leur chemin.

 

Chung Yeung Hong Kong
Bo Wah Effigies – photo@Youtube 

 

Environnement contre traditions à Hong Kong

Les changements culturels affectent souvent certains métiers traditionnels comme celui-ci. Les jeunes générations observent de moins en moins cette pratique et se soucient davantage de l’environnement, car il est vrai que brûler des offrandes en papier entraîne une augmentation de la pollution atmosphérique. Pour lutter contre cela, le gouvernement formule des recommandations pour minimiser l’impact sur l’environnement.  

Au cours des dernières années, Au Yeung a eu l’occasion de collaborer avec deux centres artistiques locaux : le Jockey Club Creative Arts Centre et PMQ. Deux expériences qui lui ont fait réaliser que son métier peut avoir une place dans le monde de l’art. Outre le temps qu’il passe dans son commerce, Au Yeung anime également des ateliers de confection en papier dans le cadre de programmes scolaires pour faire découvrir aux étudiants son métier et transmettre son savoir-faire à une autre génération.   

Bo Wah Effigies: 2D Fuk Wing Street, Sham Shui Po

Pour acheter des offrandes en papier : 136 – 150 Queen’s Road, Sheung Wan

 

Dans le but d’honorer non seulement les défunts au sein des familles, mais aussi ceux qui ont péri au combat, le gouvernement de Hong Kong organise une cérémonie chaque année pendant le Chung Yueng festival, pour commémorer ceux qui sont morts en défendant Hong Kong pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Chung Yeung Hong Kong
photo@pxfuel

 

Comparées à d’autres fêtes, les coutumes du Cheung Yeung sont moins observées de nos jours, néanmoins, ses traditions se transmettent encore de génération en génération et d’une culture à une autre. Pour commémorer cette date selon la coutume locale, prenez de la hauteur et arpentez les sommets hongkongais, admirez les chrysanthèmes en fleur et prenez un verre de vin de chrysanthème, censé dissiper la chaleur du corps, améliorer la vue et guérir les vertiges.

 

 

Claudia Delgado

Claudia Delgado

Mexicaine de langue française, Claudia est traductrice. Cela fait quelques mois qu’elle habite à Hong Kong et rédige des articles pour le Petit Journal
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