Édition internationale

Congrès mondial sur le cancer : Hong Kong s’affirme comme carrefour de la recherche en Asie

Hong Kong a accueilli pour la première fois le World Cancer Congress, réunissant plus de 2 000 experts venus du monde entier. Entre essor de la recherche chinoise, innovations médicales et enjeux d’accès aux soins, le congrès confirme les ambitions du territoire dans la santé en Asie.

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Écrit par Soizic Fevre
Publié le 1 octobre 2026, mis à jour le 5 octobre 2026

Un premier congrès mondial à Hong Kong

Pour la première fois de son histoire, Hong Kong a été l’hôte de ce congrès de trois jours, qui a rassemblé plus de 2 000 experts et décideurs venus de plus de 120 pays et régions pour faire le point sur la recherche, la prévention, le traitement et les soins. Il s’est tenu au Hong Kong Convention and Exhibition Centre, à Wan Chai.

L’événement est organisé par l’Union internationale contre le cancer (UICC), tous les deux ans, dans un pays différent à chaque édition. Cette fois, l’UICC a travaillé avec la Hong Kong Anti-Cancer Society, l’association hôte. Le choix n’a rien d’anodin. La société a été fondée par un groupe de patients, enregistrée en 1963 et formellement créée le 6 octobre 1964, avant de devenir membre à part entière de l’UICC la même année.

Le programme s’appuyait sur six grands thèmes couvrant tout le spectre de la lutte contre le cancer, avec des fils rouges comme l’équité, le point de vue des patients, le leadership et l’impact durable. La programmation était placée sous la responsabilité de Jeff Dunn, Anne Lee, vice-présidente de la Hong Kong Anti-Cancer Society, et Miriam Mutebi.

 

Une cérémonie d’ouverture institutionnelle

La cérémonie a réuni la présidente de l’UICC, Ulrika Årehed Kågström, le Dr Che-hung Leong, président de la Hong Kong Anti-Cancer Society, et le Dr Jie He, directeur du Centre national du cancer de Chine.

Par vidéo, le chef de l’exécutif John Lee a présenté le premier plan quinquennal de Hong Kong comme le complément de la stratégie « Healthy China » du continent. Il a affirmé l’ambition de faire du territoire un pôle international de santé et d’innovation médicale, en s’appuyant sur la coopération avec la Grande Baie pour accélérer la recherche et les essais cliniques.

 

Le message de l’OMS : des progrès, mais des malades fragilisés

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a livré un constat en demi-teinte. Il a notamment rappelé les progrès accomplis dans la lutte contre le cancer et souligné qu’à la suite de la mise en œuvre de la convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, l’usage du tabac avait diminué d’environ un tiers à l’échelle mondiale et continuait de reculer dans 140 pays.

Mais ces progrès ne doivent pas masquer les difficultés rencontrées par les patients. Selon une première enquête mondiale de l’OMS auprès de personnes atteintes de cancer, plus de la moitié des personnes interrogées déclarent rencontrer des problèmes de santé mentale et environ la moitié font face à de graves difficultés financières, certaines allant jusqu’à vendre des biens pour payer leurs soins.

Dans sa nouvelle World Cancer Declaration 2025-2035, l’UICC s’est notamment fixé pour objectif une réduction de 25 % de la mortalité mondiale par cancer d’ici 2035.

 

La Chine sous les projecteurs

C’est sans doute le sujet qui a le plus retenu l’attention. La Chine enregistre à elle seule plus d’un quart des nouveaux cas de cancer chaque année, mais elle s’impose aussi de plus en plus dans la recherche et le développement de traitements innovants. Selon RFI, elle a dépassé les États-Unis ces dernières années pour le nombre de nouvelles molécules et d’essais cliniques consacrés au cancer.

Cette montée en puissance s’est également illustrée en juin, lors du congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) à Chicago : pour la première fois dans l’histoire de cette réunion, les résultats d’un essai de phase III portant sur un médicament anticancéreux d’origine chinoise ont été présentés en séance plénière.

Du côté des autorités, Gao Guangming, de la Commission nationale de la santé, a souligné que la Chine avait progressé cette année, avec une couverture complète de son registre des tumeurs et des programmes de traitement ciblé pour les populations rurales à faibles revenus.

Les progrès se mesurent aussi dans les hôpitaux. Au Hong Kong Sanatorium & Hospital, le Dr George Chiu a notamment présenté les possibilités offertes par la protonthérapie, une forme de radiothérapie de haute précision. Il a évoqué un essai clinique explorant un traitement de très courte durée pour certains cancers de la prostate : deux séances pourraient remplacer les 35 fractions nécessaires dans certains protocoles conventionnels. Les résultats et les effets secondaires doivent toutefois encore être évalués avant d’en tirer des conclusions définitives.

 

Des débats scientifiques de haut niveau

Les sessions ont aussi porté sur des sujets très concrets. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence spécialisée de l’OMS, a dirigé ou participé à plus de 16 sessions, notamment sur l’intelligence artificielle dans le dépistage et sur les inégalités de soins.

Le CIRC y a également présenté deux publications à venir, l’une sur le dépistage du cancer du poumon, l’autre sur l’arrêt du tabac après un diagnostic de cancer.

 

Le cancer à Hong Kong : les chiffres

Le congrès s’est tenu dans une ville directement concernée. En 2023, dernière année pour laquelle les données complètes sont disponibles, Hong Kong a enregistré 37 953 nouveaux cas de cancer, soit 7,3 % de plus qu’en 2022 et environ 104 par jour, dont 18 656 chez les hommes et 19 297 chez les femmes. Les femmes dépassent désormais les hommes en nombre de nouveaux cas depuis 2020.

Le cancer du poumon reste le plus fréquent, avec 6 111 cas, soit 16,1 % du total. Il est suivi du cancer du sein, avec 5 603 cas, puis du cancer colorectal, avec 5 467 cas.

Le poumon pèse aussi lourd dans la mortalité : avec le colorectal et le foie, il représente plus de la moitié des décès par cancer. Le cancer reste par ailleurs la première cause de mortalité du territoire.

Cette hausse du nombre de diagnostics ne signifie toutefois pas que tous les indicateurs se dégradent. Le taux de mortalité par cancer standardisé selon l’âge a diminué de plus de 40 % à Hong Kong en trois décennies, entre 1993 et 2023.

Autre donnée à noter, environ 4 500 cas concernaient des personnes de 25 à 49 ans, soit 12 % du total.

La bonne nouvelle vient également de la survie : chez les patients de plus de 15 ans, elle est passée de 49,1 % pour la période 2010-2013 à 55,7 % pour 2018-2022.

 

Quel dépistage pour les résidents ?

Pour les lecteurs qui vivent à Hong Kong, la question pratique est celle du dépistage. Trois programmes publics existent. Leurs conditions dépendent notamment de l’âge, du statut de résident et, pour certains programmes, du niveau de risque. Il faut donc toujours vérifier les critères en vigueur auprès du Département de la santé avant toute démarche.

Le dépistage du cancer colorectal est le plus structuré. Les habitants nés entre 1950 et 1976 sont éligibles au programme subventionné depuis le 1er janvier 2026. Il s’adresse aux personnes de 50 à 75 ans, titulaires d’une carte d’identité de Hong Kong ou d’un Certificat d’exemption, sans symptômes ni facteurs de risque élevés, et enregistrées sur eHealth.

Un test de recherche de sang occulte dans les selles (FIT) est proposé tous les deux ans dans le secteur privé, avec une coloscopie subventionnée si le test est positif. Les résultats sont encourageants : plus de la moitié des cancers colorectaux détectés dans ce cadre l’étaient à un stade précoce.

Le dépistage du cancer du col de l’utérus concerne les femmes de 25 à 64 ans, titulaires d’une carte d’identité de Hong Kong ou d’un Certificat d’exemption et sans symptômes. Il se fait sur rendez-vous dans les centres de santé maternelle et infantile du Département de la santé, pour 100 dollars de Hong Kong pour les personnes éligibles, contre 205 pour les autres. Chez les femmes de 30 à 64 ans, le test HPV est désormais utilisé comme méthode de dépistage primaire.

Pour le sein, un programme pilote de dépistage subventionné concerne certaines femmes de 35 à 74 ans présentant un risque élevé, notamment en raison de certains facteurs génétiques ou familiaux. Les modalités d’imagerie et les critères précis sont à vérifier auprès du Département de la santé avant toute démarche.

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