Édition internationale

SOCIETE – Les hommes grenier de Hong Kong

Écrit par Lepetitjournal Hong Kong
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

 "Un bout de terre apposé sur la mer. Plus de 6.000 gratte-ciels viennent assombrir le ciel : voici Hong Kong. Cette ville ressemble à un assemblage de jouets pour enfants où chaque forme représenterait un cube posé à côté d'un autre. [?] Hong Kong est moderne, Hong Kong est riche et Hong Kong fait rêver. Mais dans les étages de ces tours les plus démunis s'entassent dans des logements tellement exigus qu'on les surnomme les hommes grenier." Voici comment commence le formidable web-documentaire du même nom réalisé par Michaël Sztanke et Bertrand Meunier journaliste et photographe français. Michaël Sztanke a bien voulu nous en parler

Vous venez de réaliser avec Bertrand Meunier un web-reportage sur les hommes grenier à Hong Kong diffusé sur France5.fr dans la collection Portraits d'un nouveau monde. Pourriez-vous nous expliquer l'origine du projet ? Qui sont ces hommes grenier et cette dénomination existe-t-elle réellement ?
C'est en rencontrant des membres d'une ONG hongkongaise qui tentent de sensibiliser les pouvoirs publics à la situation des "hommes grenier". On les appelle ainsi car ils cohabitent dans des espaces réduits, dans des conditions inhumaines. Nous nous sommes rendus une première fois, il y a un deux ans, dans un des immeubles d'un quartier pauvre de Hongkong en l'occurrence à Sham Shui Po. C'est le couloir que l'on voit dans le web-documentaire. Nous avons été très touchés par le sort de ces habitants, d'où l'idée d'en faire un documentaire.
La dénomination même ?d'hommes grenier? n'existe pas. Nous l'avons inventé car nous trouvons qu'elle correspond à la situation de ces hommes et femmes.

Comment avez-vous réussi à les rencontrer et les amener à vous faire entrer chez eux ? Et quel est leur propre regard sur leur situation ?
Après avoir été introduit par un membre de cette ONG hongkongaise auprès de ces hommes et femmes, je suis retourné leur rendre visite plusieurs fois afin d'établir une relation de confiance. Les trois personnes qui sont dans le web-documentaire paraissaient plus ouvertes. C'est ainsi que nous avons pu se revoir et donc pénétrer chez eux. Ils sont évidemment conscients du dénuement dans lequel ils se trouvent. Ils en veulent beaucoup au gouvernement hongkongais qui, selon eux, les a abandonnés.

On se rappelle d'une situation encore plus absurde et extrême où ces hommes vivaient dans des conditions similaires mais avec des grillages faisant office de portes ? y a-t-il eu une législation pour interdire ces "cages" ?
Oui il reste encore ce qu'on appelle des maisons cages mais de moins en moins. La législation interdit ce type de logements mais comme vous le savez il y a toujours un fossé entre l'application de la loi et la réalité. Il y a donc toujours des marchands de sommeil prêts à loger des gens dans ces conditions déplorables.

A combien est estimée cette population vivant dans ces cagibis de moins de 2m² ? Et sont-ils uniquement des travailleurs provenant de Chine ?
Ils sont estimés à 100.000 sur l'ensemble du territoire hongkongais. Il n'y a pas seulement  des travailleurs venus de Chine. Il y a aussi des natifs de Hongkong ou des Hongkongais arrivés de Chine il y a plusieurs dizaines d'années. C'est le cas de Monsieur Hong. Le phénomène touche beaucoup de retraités hongkongais. Les retraites étant quasi inexistantes à Hongkong beaucoup se retrouvent sans le sous à l'âge de la retraite.

Le couloir exigu qui mène aux "chambres" (Photo : Bertrand Meunier)

Comme dans de nombreux pays occidentaux, nous assistons ces dernières années à un phénomène nouveau : l'accroissement des disparités entre pauvres et riches. L'offre immobilière étant insuffisante à Hong Kong, une des villes les plus chères au monde dans ce domaine, comment imaginez-vous le futur de ces populations ? Un retour obligé vers Mainland China ? Un nouveau phénomène de SDF à Hong Kong ?
Je me permets de nuancer votre propos. L'explosion des prix de l'immobilier n'est pas uniquement dû au manque d'offre. C'est aussi et surtout parce qu'Hongkong possède le parc immobilier le plus spéculatif et volatile au monde. Il n'y a pas ou peu de réglementations, le marché est totalement libre, les prix peuvent s'envoler en fonction de la conjoncture. En ce qui concerne ces hommes greniers leur avenir est très sombre car ils sont loin d'être une priorité pour le gouvernement. La plupart continueront à vivre dans ces conditions. Seuls les plus jeunes tenteront peut être de retourner en Chine continentale.

Vous expliquez très bien dans votre documentaire que la promiscuité et l'exigüité des lieux engendrent paradoxalement une absence de solidarité et de fraternité entre ces hommes et femmes qui partagent le même sort. Existe-t-il des associations à Hong Kong qui essaient de venir en aide à ces gens et le gouvernement a-t-il annoncé des mesures pour lutter contre ce phénomène ?

L'ONG SOCO (Society for Community Organization) est à ma connaissance la seule ONG qui vient en aide à cette population. Le gouvernement hongkongais aussi cynique et triste que cela puisse paraître a d'autres choses à faire que de s'occuper de ces personnes. N'oublions pas que les budgets alloués aux politiques sociales sont extrêmement faibles à Hongkong.

Avez-vous eu depuis le tournage des nouvelles de Li Zhu, Xiao Lu et Mr Hong, les trois protagonistes de votre reportage ?
Je suis resté en contact avec Xiao Liu et son fils. Ils vivent toujours au même endroit. Li Zhu avait prévu de retourner en Chine continentale. Je pense que Monsieur Hong est toujours au même endroit également.

Les hommes grenier , un documentaire multimédia de Bertrand Meunier & Michaël Sztanke
Dans la collection Portraits d'un nouveau monde sur france5.fr


Eric Ollivier (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), mardi 15 mars 2011

Michaël Sztanke, 34 ans est journaliste. Michaël a vécu à Pekin où il a été le correspondant de RFI (Radio France Internationale) pendant quatre ans. Après un passage à Paris, il a vécu quatre ans à Hongkong où il a créé Baozi Production, une société de production audiovisuelle avec laquelle il réalise et produit en Asie des reportages pour Arte, France 2, M6, Canal+ et France 24. Il est retourné récemment en France pour développer à l'international sa société de production. Il a notamment enquêté sur les réseaux islamistes en Indonésie, les ouvrières du textile au Cambodge ou encore les rebelles Shan en Birmanie.
Michaël Sztanke a co-écrit un ouvrage en 2004, Etudiants chinois - Qui sont les élites de demain ?, aux éditions Autrement.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur : http://www.baoziprod.com

Et plus d'infos ici sur l'ONG SOCO : http://www.soco.org.hk/index_e.htm

lpj 20
Publié le 15 mars 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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