"Love off the Cuff" - Interview du réalisateur Edmond Pang

Par Arnaud Lanuque | Publié le 31/05/2017 à 12:13 | Mis à jour le 16/01/2019 à 16:09
Photo : Love off the Cuff
Love off the Cuff

L'industrie du cinéma hongkongais perd une partie de son identité dans les co-productions faites avec la Chine, mais Edmond Pang fait figure d'exception. Il est l'un des rares réalisateurs à maintenir une identité typiquement hongkongaise dans chacun de ses films, tout en proposant des concepts originaux et hautement distrayants. 

Il revient cette année sur le devant de la scène en sortant coup sur coup deux films, A Nail Clipper Romance (en tant que producteur) et Love off the Cuff.  Ce dernier est la suite de Love in a Puff et Love in the Buff. On y suit à nouveau Jimmy (Shawn Yue) et Cherie (Miriam Yeung) confrontés à une série de problèmes : de la présence envahissante d'une ancienne amie de Jimmy qui squatte chez eux (Jiang Meng Jie) au retour du père de Cherie (Paul Chun) pour se marier avec sa nouvelle fiancée deux fois plus jeune que lui. 

Comment vous est venu le concept de Love in a Puff ?
Contrairement à mes personnages, je ne fume pas. Mais certains de mes amis, quand ils allaient au bureau, connaissaient toutes les filles de l'immeuble. Même celles des autres entreprises ! J'ai fini par leur demander comment ils avaient pu faire la connaissance de toutes ces jolies filles. La réponse, c'est qu'ils partageaient leurs pauses cigarettes. Cela m'a rendu jaloux. Je me suis mis à les accompagner et écouter leurs conversations. J'ai pensé que ce serait intéressant de faire quelque chose autour de ça.

 

 

Vous pensiez en faire une trilogie dès le début ?
Quand j'ai rencontré Media Asia, j'ai partagé cette idée et ils ont immédiatement proposé que je le fasse avec Shawn Yue et Miriam Yeung. A ce stade, il n'y avait évidemment aucun plan pour des suites. Mais le tournage a été super. Nous avons tourné très rapidement, en une quinzaine de jours. Le box-office à HK n'a pas été terrible, environ 7 millions d'HKD. Pour un petit budget, c'était correct mais pas de quoi justifier un autre film. Mais nous l'avons quand même proposé aux investisseurs qui ont un peu hésité, car dans l'industrie, il y a cette idée qu'une suite ne fera pas plus d'argent que le premier film. Dans notre cas, nous partions de si bas que nous étions quasi-sûr de faire mieux et Media Asia a fini par accepter. Love in the Buff a très bien marché et beaucoup de personnes ont adoré le second film. Le fait qu'il se passe à Pékin a dérangé certaines personnes mais elles reconnaissaient généralement qu'il s'agissait d'une des meilleures co-productions avec un esprit très hongkongais. Longtemps j'ai hésité à faire un troisième film. Mais alors que j'étais à Tokyo, un tremblement de terre m'a donné une idée de film, et en l'écrivant j'ai très vite pensé que ce serait parfaitement adapté à Jimmy et Cherie.  

 

Edmond Pang pour Love off the cuff
Le réalisateur Edmond Pang

D'un film à l'autre, est-ce qu'il y a eu une évolution dans vos rapports avec Shawn Yue et Miriam Yeung?
Nous avons désormais une vraie relation de confiance, un peu comme une famille. Sur le premier film, nous prenions des pincettes quand on devait se parler. Maintenant, on dit ce que l'on pense directement, parfois même en hurlant. Ils me font pleinement confiance concernant l'histoire et sa structure, mais sur les dialogues, ils ont beaucoup plus d'implication et les remettent en question.

Est-ce que vous faites beaucoup de prises ?

Oui, parce qu'ils sont capables de me surprendre. Généralement, je fais durer les prises davantage pour voir si quelque chose d'inattendu se produit. Et parfois, il m'arrive de les provoquer. Par exemple, je donne des instructions secrètes à l'un d'entre-eux pour avoir la réaction authentique de l'autre. C'est un processus très amusant. A la fin, il y a cette scène dans laquelle Cherie donne à Jimmy une plaque d'immatriculation avec « asshole » marqué dessus. Shawn s'est mis à improviser. Il a dit « oh, je comprends, tu veux qu'on joue à ça » et il est parti vers le frigo et en est revenu avec du beurre et lui a dit de se tourner (rires). J'adorais cette prise mais ma femme a pensé que ce serait un peu trop et j'ai fini par la couper. C'était délirant (rires).

Love off the Cuff débute comme un film d'horreur. Etait-ce votre intention de jouer avec les attentes du spectateur pour mieux le surprendre ?
J'adore jouer des tours aux gens. Quand j'allais au cinéma dans ma jeunesse, il n'y avait qu'un seul écran donc vous n'aviez jamais peur de vous tromper de salle. Mais depuis que ce sont tous des multiplex, j'ai toujours peur d'être rentré dans la mauvaise salle. J'ai pensé que je pouvais utiliser ça pour désorienter le public. Quand j'ai fait Love in the Puff, le film était présenté pour la première fois au HKIFF. Je ne regardais pas l'écran mais les gens autour de moi et ils se sont tous mis à sortir leur billet et à utiliser leur téléphone portable pour vérifier qu'ils étaient bien dans la bonne salle (rires). J'avais trouvé ça très drôle et c'est devenu une sorte de tradition pour cette série. Et puis, j'aime les films d'horreur et je pense que c'est bien d'avoir d'autres ingrédients dans un film. Pourquoi faire des comédies romantiques selon un moule précis ? Pourquoi ne pas combiner d'autres genres ?

Vous ne craignez pas que ce type de digressions perde le public?
Non, tant que vous ne le faites pas durer trop longtemps. Je pense que sept minutes est la limite.

Pensez-vous que les personnages de Jimmy et Cherie sont représentatifs de la génération des trentenaires hong kongàis?

Quand je les ai écrits, je me suis simplement basé sur moi et ma femme. Mais, après le premier film, beaucoup de gens sont venus me voir et me disant que Jimmy leur ressemblait. La même chose pour les filles et Cherie. Je suppose qu'il y a donc des convergences. Et je pense qu'ils plaisent au public parce qu'ils ne correspondent pas aux personnages de comédie romantique typique des films chinois. Souvent, dans ces films, les garçons et filles sont trop parfaits. Ce n'est jamais comme ça dans la réalité.

Est-ce que vous vous voyez raconter d'autres histoires de Jimmy et Cherie dans le futur?

Je pense que ça suffit. Il faut que j'arrête. Mais j'avais déjà dit ça après le deuxième film alors je n'ai plus beaucoup de crédibilité (rires).

Propos recueillis par Arnaud Lanuque le 10/05/2017. Remerciements : Karen Hui. 

Arnaud Lanuque

Arnaud Lanuque

Couvre l’actualité du cinéma de Hong Kong depuis plus de 15 ans. Il a participé à de nombreux sites (HKCinemagic, Asialyst...) et magazines (So Films, L'Ecran Fantastique...) et a écrit le livre Police Vs Syndicats du Crime
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Didier Pujol

Rédacteur en chef de l'édition Hong Kong.

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