Édition internationale

Le Vietnam décroche son premier siège au Tribunal international du droit de la mer

Le 18 juin 2026, la professeure agrégée vietnamienne Nguyễn Thị Lan Anh a été élue juge au Tribunal international du droit de la mer. Il s’agit d’une première historique pour le Vietnam, qui obtient pour la première fois un siège au sein de cette juridiction internationale créée par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Au-delà de sa portée symbolique, cette élection témoigne de la volonté du pays de renforcer son influence au sein des institutions juridiques internationales, dans un contexte marqué par d’importants enjeux maritimes en mer Orientale.

Le Vietnam décroche son premier siège au Tribunal international du droit de la merLe Vietnam décroche son premier siège au Tribunal international du droit de la mer
Écrit par Morgane Dubois
Publié le 30 juin 2026

Qu’est-ce que la CNUDM ?

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), signée en 1982, constitue le principal cadre juridique régissant les activités menées dans les mers et les océans. Elle fixe notamment les règles relatives aux espaces maritimes, à l’exploitation des ressources marines et au règlement pacifique des différends entre États.

Entrée en vigueur en 1994, même année que sa ratification par le Vietnam, la Convention compte aujourd’hui 172 parties, soit 171 États et l’Union européenne. Celle-ci a mis en place le Tribunal international du droit de la mer (TIDM), officiellement opérationnel depuis 1996 et établi à Hambourg, en Allemagne.

Le Tribunal est composé de 21 juges indépendants élus par les États parties à la Convention. Représentant différents systèmes juridiques et différentes régions du monde, ils sont chargés de régler les différends relatifs à l’interprétation et à l’application de la CNUDM. Le TIDM joue donc un rôle central depuis près de trente ans dans le renforcement de l’ordre juridique en mer et dans le développement de la coopération internationale. Face aux défis émergents liés à la sécurité, à la stabilité et au développement durable des océans, son importance ne cesse de croître.

Chaque année, les États parties se réunissent dans le cadre de la SPLOS (Meeting of States Parties to UNCLOS), forum consacré à l’examen de la mise en œuvre de la Convention et au fonctionnement de ses institutions, dont le TIDM.

La 36e réunion des États parties à la CNUDM 

Du 15 au 19 juin 2026 s’est tenue la 36e réunion des États parties à la Convention (SPLOS 36) au siège des Nations unies à New York.

Le 15 juin, le vice-ministre permanent vietnamien des Affaires étrangères, Nguyễn Minh Vũ, a présidé la séance d’ouverture en sa qualité de président sortant de la SPLOS 35. À cette occasion, il a notamment salué l’entrée du Cambodge et du Kirghizistan parmi les États parties à la Convention, avant de transmettre la présidence de la session à l’ambassadeur dominicain Wellington Bencosme.

Dans son discours d’ouverture, Nguyễn Minh Vũ a souligné plusieurs avancées majeures de la gouvernance mondiale des océans : 

  • L’entrée en vigueur, le 17 janvier 2026, de l’Accord BBNJ sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales.
  • La tenue de la troisième Conférence des Nations unies sur les océans à Nice

Il a donc appelé les États parties à continuer de soutenir les institutions créées par la CNUDM et à coopérer dans un esprit de respect mutuel pour faire face aux défis émergents. 

L’ordre du jour de la SPLOS 36 comprenait plusieurs points majeurs : 

  • L’examen des rapports annuels du TIDM, de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) et de la Commission des limites du plateau continental (CLPC).
  • La discussion du rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la mise en œuvre de la CNUDM.
  • L’élection de sept nouveaux juges au TIDM pour le mandat 2026-2035.

Et une question plus épineuse : la vacance persistante au sein de la CLPC depuis 2015, faute de candidats présentés par le groupe des États d’Europe orientale.

Une élection historique pour le Vietnam 

Le 18 juin 2026, Nguyễn Thị Lan Anh a été élue juge du Tribunal international du droit de la mer pour la période 2026-2035. Elle a obtenu le plus grand nombre de voix parmi les candidats du groupe Asie-Pacifique et a été élue dès le premier tour de scrutin.

Cette victoire marque une étape importante pour le Vietnam. Depuis la création du Tribunal en 1996, aucun ressortissant vietnamien n’avait encore accédé à cette fonction. Les autorités vietnamiennes ont présenté ce résultat comme une reconnaissance de la contribution croissante du pays aux affaires internationales et comme une nouvelle étape dans le développement de sa diplomatie multilatérale.

L’élection revêt également une dimension particulière au regard des intérêts maritimes du Vietnam. État côtier fortement dépendant des routes maritimes et des ressources océaniques, le pays est directement concerné par les questions de liberté de navigation, de sécurité maritime et de règlement des différends en mer de Chine méridionale. Les autorités vietnamiennes affirment ainsi leur volonté de continuer à promouvoir le règlement pacifique des différends conformément au droit international.

Cette élection s’inscrit par ailleurs dans une présence vietnamienne plus large au sein des institutions juridiques internationales. Le pays participe déjà aux travaux de la Commission du droit international, de la Commission juridique et technique de l’Autorité internationale des fonds marins ainsi que de la Commission des Nations unies pour le droit commercial international (CNUDCI).

Nguyễn Thị Lan Anh a pour sa part indiqué qu’elle exercerait ses fonctions dans le strict respect des principes d’indépendance et d’impartialité prévus par le statut du Tribunal.

Au total, sept juges ont été élus pour le mandat 2026-2035. Originaires du Vietnam, du Ghana, de Tunisie, de Russie, des Pays-Bas, d’Inde et du Brésil, ils entreront officiellement en fonction en octobre 2026.

Une spécialiste reconnue du droit de la mer

Nguyễn Thị Lan Anh possède une solide expérience dans le domaine du droit international et des questions maritimes. Après des études à l’Université de droit de Hanoï et à l’Académie diplomatique du Vietnam, elle poursuit sa formation au Royaume-Uni, où elle obtient un master en droit à l’Université de Sheffield en 2003, puis un doctorat en droit international à l’Université de Bristol en 2008. 

L’essentiel de sa carrière s’est déroulé au sein de l’Académie diplomatique du Vietnam (DAV). Elle y a enseigné le droit international avant de diriger l’Institut d’études sur la mer de l’Est, centre spécialisé dans les questions liées à la mer Orientale. Entre 2018 et 2021, elle a également occupé les fonctions de ministre-conseillère à l’ambassade du Vietnam au Royaume-Uni.

Depuis 2024, elle est vice-présidente de la DAV. Elle est aussi vice-présidente de l’Asian Society of International Law et a été désignée arbitre par le Vietnam au titre de l’Annexe VII de la CNUDM, mécanisme consacré au règlement des différends maritimes. 

Son élection au TIDM apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un parcours largement consacré au droit de la mer et aux questions maritimes asiatiques. Plus qu’une figure généraliste de la diplomatie vietnamienne, Nguyễn Thị Lan Anh s’est imposée au fil des années comme l’une des spécialistes vietnamiennes les plus reconnues dans ce domaine.

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