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La dengue à Hô Chi Minh-Ville : une épidémie précoce et inquiétante

À Hô Chi Minh-Ville, la dengue connaît cette année une recrudescence précoce qui retient l’attention des autorités sanitaires. Alors que le nombre de cas augmente fortement, que la maladie progresse dans des zones autrefois peu touchées et que ses cycles de transmission semblent devenir moins prévisibles, les autorités appellent à renforcer la prévention. Cette évolution montre que la dengue n’est plus simplement une maladie saisonnière, mais qu’elle devient un enjeu de santé publique de plus en plus important au Vietnam.

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Écrit par Morgane Dubois
Publié le 22 juin 2026

Qu’est-ce que la dengue ?

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la dengue est une infection virale transmise à l’être humain par la piqûre de moustiques infectés. Elle sévit dans les régions tropicales et subtropicales du monde entier, principalement dans les zones urbaines et semi-urbaines, et provoquerait entre 100 et 400 millions d’infections chaque année. 

La plupart des personnes infectées n’ont aucun symptôme ou présentent des manifestations légères : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, éruptions cutanées, et se rétablissent en une à deux semaines. Mais dans certains cas, la maladie bascule vers une forme sévère, avec des hémorragies, des défaillances d’organes, voire le décès de l’individu. Ces complications surviennent souvent juste après la disparition de la fièvre, un moment trompeur que beaucoup confondent avec le début de la guérison. 

Il n’existe pas de traitement spécifique contre la dengue. La prévention et la détection précoce restent donc les armes les plus efficaces. Un point crucial souvent méconnu : les personnes infectées une deuxième fois courent un risque accru de dengue sévère. En effet, le virus existe sous quatre sérotypes différents, et une immunité acquise contre l’un d’eux ne protège pas contre les autres, rendant de multiples infections possibles au cours d’une vie.

Une hausse marquée des cas

Les données de cette année sont particulièrement préoccupantes. En seulement cinq mois, Hô Chi Minh-Ville a enregistré près de 18 000 cas et quatre décès, avec une hausse de près de 65 % par rapport à la même période en 2025. Ce qui inquiète davantage les épidémiologistes, c’est le caractère précoce de cette poussée : habituellement, les cas n’explosent que plus tardivement dans l’année, avec le début de la saison des pluies. Cette année, la progression a commencé bien avant.

Le Centre de contrôle des maladies de Hô Chi Minh-Ville a relevé des cas dans la totalité des 168 quartiers, communes et zones spéciales de la ville, ce qui témoigne d’une diffusion territoriale particulièrement large. 

La situation n’est pas propre à la métropole. À l’échelle nationale, plus de 50 000 cas ont été signalés en cinq mois, un chiffre 2,5 fois supérieur à celui observé sur la même période l’an dernier, avec une augmentation notable des formes graves nécessitant une hospitalisation. Historiquement beaucoup plus présente dans le Sud du pays, la dengue gagne désormais du terrain dans plusieurs provinces du Nord, qui rapportaient auparavant très peu de cas.

Pourquoi cette année est-elle différente ?

Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cette situation inhabituelle. Le premier est climatique et opère à deux niveaux. À court terme, des conditions météorologiques atypiques cette année, alternant entre chaleur intense, humidité élevée et pluies prolongées, ont créé un environnement particulièrement propice à la reproduction des moustiques Aedes. 

Mais au-delà de cette saison, c’est une tendance de fond, plus structurelle qui s’installe. Selon Angela Pratt, représentante de l’OMS au Vietnam, le changement climatique et l’urbanisation rapide créent des conditions de plus en plus favorables aux vecteurs du virus, rendant les cycles de transmission imprévisibles et la préparation sanitaire plus complexe. Hô Chi Minh-Ville, avec sa densité urbaine extrême et ses nombreux chantiers de construction accumulant des eaux stagnantes, est particulièrement vulnérable à cette dynamique. 

Le second facteur est virologique. Le sérotype DENV-2 est devenu dominant cette année au Vietnam, or ce sérotype est associé à un risque plus élevé de formes sévères, notamment chez les personnes ayant déjà contracté la maladie par le passé avec un autre sérotype. 

Les différentes réponses face à la dengue

Face à cette menace, les pouvoirs publics ont mis en place ce qu’ils appellent une stratégie de “double bouclier”. Ce dispositif repose d’un côté sur une lutte active contre les moustiques et leurs larves dans l’environnement extérieur, et de l’autre sur une protection individuelle renforcée par la vaccination lorsqu’elle est recommandée. Des équipes de santé de quartier sillonnent les zones à risque pour identifier et traiter les gîtes larvaires, tandis que les centres de vaccination enregistrent une forte demande depuis le début de l’été. 

La ville s’est également dotée d’un cadre réglementaire plus contraignant : les particuliers, entreprises et établissements qui laissent des foyers de reproduction de moustiques se former sur leurs propriétés s’exposent désormais à des sanctions administratives alourdies.

Du côté individuel, les gestes de prévention restent simples mais doivent devenir des réflexes quotidiens : couvrir hermétiquement les récipients contenant de l’eau, vider les soucoupes de plantes, changer l’eau des vases chaque semaine et inspecter régulièrement les recoins susceptibles de retenir l’eau de pluie. Même si la majorité des personnes infectées guérissent sans complication, la vaccination peut constituer un outil de protection supplémentaire. En cas de fièvre soudaine et élevée, il est fortement conseillé de consulter rapidement un médecin plutôt que d’attendre une amélioration spontanée, qui peut n’être qu’apparente.

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