Pendant quatre semaines, le Vietnam a assuré la présidence de la 11e Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Celle-ci s’est achevée le 22 mai 2026, après un mois de discussions et de négociations. Dans un contexte international marqué par des tensions accrues entre puissances nucléaires et un affaiblissement du dialogue multilatéral, cette édition s’est tenue sous forte attention diplomatique. Fidèle à une approche fondée sur le dialogue, le Vietnam a su s’imposer sur la scène onusienne.


Le Vietnam chargé de diriger les négociations sur le traité de non-prolifération
Adopté en 1968 et entré en vigueur en 1970, le traité de non-prolifération (TNP) constitue aujourd’hui le socle de l’architecture mondiale du désarmement nucléaire. Ainsi, tous les cinq ans, les États signataires se réunissent autour d’une conférence d’examen destinée à évaluer la mise en œuvre de ce traité. Celle de 2026 s’est tenue au siège de l’ONU à New York, et réunissait les 191 États membres, ainsi que d’organisations internationales et d’acteurs de la société civile impliqués dans les questions de sécurité nucléaire.
Le traité repose sur trois piliers fondamentaux, régulièrement rappelés tout au long des négociations : la non-prolifération nucléaire, la coopération sur les usages pacifiques de l’énergie nucléaire et des applications nucléaires, et le désarmement nucléaire. Dans un contexte mondial marqué par des tensions accrues, une multiplication des conflits, et une instabilité croissante, ces valeurs s’imposent comme des principes clés pour préserver la sécurité internationale.
C’est dans ce contexte particulièrement tendu que le Vietnam, adhérent du traité depuis 1982, a pris la présidence de la Conférence de 2026. C’est donc l'ambassadeur Dô Hùng Viêt, chef de la Mission permanente du Vietnam auprès des Nations Unies, qui a pris cette position. Son rôle consiste donc à organiser les débats, faciliter les négociations et tenter de concilier des positions souvent divergentes.
Du côté de l’ONU, le soutien à la présidence vietnamienne a été affirmé dès le départ. Izumi Nakamitsu, secrétaire générale adjointe et haute-représentante pour les affaires de désarmement des Nations Unies, a salué l’approche constructive du Vietnam, convaincue de l’efficacité de cette méthode.
Une présidence marquée par la recherche du dialogue
Fidèle à sa tradition de “diplomatie du bambou”, fondée sur la flexibilité, la résilience et la recherche d’équilibre entre les grandes puissances, tout en maintenant une position de non-alignement, le Vietnam a abordé ces négociations dans cet esprit de compromis. C’est pourquoi, même avant la conférence, le Vietnam avait déjà multiplié les consultations avec l’ensemble des États concernés, que ce soit les puissances nucléaires ou les pays non dotés de l’arme nucléaire.
Dans cette logique, le Vietnam a poursuivi ses efforts tout au long des négociations. Lors du débat général, la vice-ministre des Affaires étrangères Lê Thi Thu Hang, à la tête de la délégation vietnamienne, a appelé les États signataires à appliquer de manière équilibrée les trois piliers du traité. Elle a rappelé la responsabilité particulière des États dotés de l’arme nucléaire, les incitant à honorer leurs engagements en matière de désarmement et à faire preuve de retenue stratégique.
De plus, le président de la Conférence, Dô Hùng Viêt, a multiplié les contacts avec plusieurs responsables onusiens, dont Annalena Baerbock, présidente de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Ces échanges ont permis de faire le point sur l’avancement des travaux et de réaffirmer la détermination du Vietnam à promouvoir des résultats concrets et équilibrés. Face à cela, Annalena Baerbock a affirmé son soutien et celui de son bureau, soulignant les efforts du Vietnam, qui œuvre à une diffusion rapide des projets de textes.
Outre la volonté de dialogue, la délégation vietnamienne a elle aussi proposé plusieurs solutions concrètes. Celle-ci a plaidé pour l’entrée en vigueur rapide du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et pour l’élargissement de l’adhésion au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Et en montrant sa volonté de garantir les droits et les intérêts des pays en développement dans l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire, le Vietnam a su mettre en avant ses propres avancées nationales. Ainsi, Lê Thi Thu Hang a évoqué l’adoption d’une stratégie de développement de l’énergie nucléaire à usage pacifique à l’horizon 2035, avec une projection jusqu’en 2050, couvrant des secteurs tels que la santé, l’agriculture ou encore la protection de l’environnement.
Des résultats limités, mais une visibilité diplomatique renforcée
La 11e Conférence s’est finalement achevée le 22 mai 2026 sans parvenir à son objectif principal. Aucun consensus n’a été atteint, empêchant l’adoption d’un document final, en raison de divergences profondes entre certains États membres. Il s’agit donc de la troisième édition consécutive qui se termine sans document de conclusion, un constat déploré par l’ASEAN, le Mouvement des non-alignés et l’Union européenne, qui ont néanmoins réaffirmé la centralité du TNP sur la scène internationale.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, n’a pas caché sa déception et a ainsi appelé les États signataires à poursuivre les efforts de dialogue pour réduire les tensions, limiter les risques nucléaires et ainsi agir pour un monde plus sûr et stable.
Malgré cet échec sur le fond, la présidence vietnamienne est largement perçue comme un succès diplomatique. Les différentes délégations et l’ONU ont reconnu que le Vietnam avait parfaitement rempli son rôle de président, et ont salué les efforts déployés pour diriger la conférence dans un esprit de dialogue et de transparence accrue. Ainsi, grâce à cette présidence, le Vietnam a su montrer sa capacité à jouer le rôle de médiateur dans les dossiers les plus complexes, renforçant sa position sur l’échiquier international.
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