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La pénurie de main-d’œuvre à Phu Quoc menace le calendrier de l’APEC 2027

À moins de deux ans du sommet de l’APEC 2027, l’île de Phu Quoc doit mener à bien 21 projets majeurs, dont des infrastructures énergétiques, un centre de congrès et une extension de l’aéroport, dans le délai très serré de 9 à 15 mois.

La pénurie de main-d’œuvre à Phu Quoc menace le calendrier de l’APEC 2027La pénurie de main-d’œuvre à Phu Quoc menace le calendrier de l’APEC 2027
Écrit par Enora Magne
Publié le 30 avril 2026

Hanoï voit dans cet événement une opportunité de développer Phu Quoc comme destination de tourisme haut de gamme et pôle du segment MICE. Néanmoins cet objectif se heurte à des obstacles en termes de capacité à mobiliser la main-d’œuvre nécessaire. Sur certains chantiers, comme celui du centre de congrès, seuls 30 à 40 % des besoins en personnel sont actuellement couverts.

Une île transformée en immense chantier

Depuis son intégration à la province d’An Giang lors de la réforme administrative de 2025, Phu Quoc fait l’objet d’investissements importants en vue d’accueillir les dirigeants des économies membres de l’APEC en 2027. Parmi les projets clés figure le Centre de congrès et d’expositions de l’APEC, développé par Sun Group. D’une superficie de 152 166 m², il comprendra notamment un hall principal sans pilier ainsi qu’un centre de presse pouvant accueillir jusqu’à 4 000 journalistes.

À proximité, l’extension de l’aéroport international mobilise déjà environ 4 000 ouvriers chaque jour, tandis que 2 000 travailleurs supplémentaires sont encore recherchés pour la nouvelle piste et les terminaux. En parallèle, plusieurs projets énergétiques, dont le poste de transformation 220 kV de Phu Quoc, doivent être mis en service avant novembre afin d’assurer l’approvisionnement électrique nécessaire au sommet.

Des objectifs de productivité et délais difficiles à atteindre

Sur le seul centre de congrès, les besoins pourraient atteindre 3 000 à 4 000 ouvriers lors de la phase finale, notamment pour les travaux techniques et les finitions. A l’aéroport, les contraintes sont aussi très complexes puisque certains travaux ne peuvent être réalisés que dans de courtes fenêtres avant l’aube afin de ne pas perturber les vols commerciaux.

Le défi reste également d’accélérer les travaux avant la mousson qui s’étend généralement de mai à octobre à Phu Quoc, ce qui signifie que les entreprises ne disposent plus que d’environ deux mois de saison sèche, en avril et mai. 

Une pénurie de main-d’œuvre qui s’aggrave

Derrière des objectifs et ambitions élevées, le principal obstacle reste le manque de force ouvrière. Sur le centre de congrès, certaines entreprises ne sont parvenues qu'à satisfaire 30 à 40 % de leurs besoins en personnel alors que de tous les efforts sont tournés vers la mise en œuvre d'offres d’emplois attractifs pour attirer davantage d’effectif. 

Sur le chantier du poste électrique, l’entreprise AIT n’emploie actuellement que 90 ouvriers, alors qu’elle estime avoir besoin de 260 travailleurs avant le début de la saison des pluies. Pour recruter, l’entreprise a relevé les salaires de 30 à 40 %, jusqu’à 800 000 dongs (environ 26 euros) par jour, tout en prenant en charge transport, logement et repas.

Sur les autres sites les entreprises emploient les mêmes stratégies en multipliant les primes et en versant des indemnités d’astreinte aux ouvriers sans affectation immédiate. Certaines subventionnent également les billets d’avion pour les retours au pays ou ont augmenté les rémunérations à plus d’un million de dongs par jour pour les ouvriers se rendant disponible durant les périodes festives comme le Têt. 

Les raisons structurelles de ce manque

D’une part, cette crise relève des tendances plus larges du marché du travail vietnamien. Les jeunes générations se détournent du secteur du bâtiment et des travaux publics au profit des métiers liés aux services ou à l’industrie manufacturière qui sont jugés plus stables. La multiplication des mégaprojets au Vietnam dans l'énergie, les infrastructures et l’immobilier rend également le recrutement plus complexe, tant la demande dépasse fortement l’offre de travail. 

D’autre part, les conditions de vie de Phu Quoc sont particulières et peuvent décourager de jeunes populations à s’y installer et y chercher du travail. D’abord, son insularité donne une impression de déconnexion avec le dynamisme des grandes villes et complique les déplacements vers les provinces d’origine. De plus, son attractivité touristique entraîne une hausse du coût de la vie qui concorde peu avec un salaire d’ouvrier. 

Des solutions exigeantes pour combler les besoins

Pour tenir les délais face au manque de main d'œuvre, les chantiers fonctionnent 24 heures sur 24, en trois rotations, avec une équipe de nuit représentant près de 30 % des effectifs. La pression et les conditions de travail représentent ainsi un enjeu supplémentaire dans ce méga projet d’infrastructures. 

Face à l’urgence, certains entrepreneurs proposent désormais d’autoriser le recours à une main-d’œuvre étrangère, estimant que l’offre nationale ne suffit plus pour absorber plusieurs méga-chantiers simultanés.

Une telle option marquerait un tournant puisque le Vietnam a historiquement privilégié les travailleurs domestiques dans le BTP, même si des entreprises chinoises, coréennes ou japonaises ont déjà mobilisé ponctuellement des équipes étrangères sur certains grands projets industriels.

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