Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, la transformation des chaînes de valeur et la montée des exigences en matière de conformité, le Vietnam s’impose aujourd’hui comme un acteur stratégique incontournable en Asie. Pour mieux comprendre cette évolution, nous avons rencontré Mickaël Driol, directeur général de Mekong Partners, installé à Ho Chi Minh-Ville après plus de 17 années d’expérience entre la Chine, l’Asie du Sud-Est et l’Europe.


Mickaël Driol accompagne aujourd’hui des industriels, investisseurs et institutions publiques dans leurs décisions d’implantation, de sourcing, de structuration industrielle et d’investissements directs étrangers (IDE) au Vietnam. Dans cette interview, il revient sur les raisons qui poussent de plus en plus d’entreprises internationales à considérer le Vietnam comme un véritable marché d’ancrage, et non plus seulement comme une alternative ponctuelle à la Chine.
Dans cette première partie (transcription ci-dessous), il nous présente son parcours personnel ainsi que le comité sourcing qu’il a lancé cette année à Hô Chi Minh-Ville, en co‑présidence avec Guillaume Rondan (MoveToAsia), au sein de la Chambre de commerce et d’industrie France‑Vietnam (CCIFV).
Mickaël Driol : entre l'Europe et l'Asie depuis 17 ans
Le Petit Journal : Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?
M. Driol : On parle beaucoup aujourd'hui de transformation industrielle, de relocalisation de chaîne de valeur. J'ai passé ces 17 dernières années à les vivre de l'intérieur, sur le terrain entre l'Europe et l'Asie. J'ai commencé en Chine à Shenzhen et puis Shanghai à un moment où tout s'accélérait. C'est une école très directe, on apprend vite que ce qui compte ce n'est pas la stratégie sur papier mais la capacité à exécuter dans un environnement complexe et rapide.
Chez Tencent, j'étais au cœur de cette dynamique. Je travaillais sur des solutions pour des industriels dans un environnement où tout allait très vite, et c'est là que j'ai compris concrètement comment l'innovation, la technologie et l'industrie se connectent. Ensuite j'ai rejoint EY où j'ai conseillé de manière externe des groupes internationaux sur leurs investissements en Asie, leurs stratégies industrielles et leurs arbitrages entre risques, coûts et réglementation. Puis je suis revenu à des rôles plus opérationnels avec Tricor devenu Vistra sur des projets de gouvernance et de restructuration.
J'ai cofondé une entreprise high-tech entre la Chine et le Royaume-Uni que nous avons développée avec nos partenaires chinois puis cédée après de nombreux partenariats prestigieux. Aujourd'hui je suis basé à Hô Chi Minh-Ville et je dirige Mekong Partners, où j'accompagne des industriels, des investisseurs et des institutions publiques sur des décisions très concrètes comme où investir, comment sécuriser une chaîne de valeur, comment naviguer dans un environnement devenu plus complexe et surtout comment s'installer au Vietnam et réussir sur ce marché très particulier.
Le Petit Journal : Qu’est-ce qui vous a fait tourner votre business vers le Vietnam ?
M. Driol : Plusieurs facteurs ont convergé. Le premier est très simple, le Vietnam est devenu l'un des rares marchés où les décisions stratégiques se traduisent rapidement en exécution et pour un cabinet comme le nôtre qui travaille sur l'implantation, les opérations et les arbitrages industriels, cette capacité d'exécution est déterminante.
Ensuite les signaux géoéconomiques étaient clairs, le pays se positionnait comme un point d'ancrage dans les chaînes de valeur régionales avec une combinaison rare qui est la stabilité politique, la montée en compétence industrielle et une ouverture commerciale structurée par des accords de libre-échange. Cela crée un environnement où notre expertise en investissement transfrontalier, en fusion acquisition, en structuration, en chaîne d'approvisionnement, et en relations gouvernementales avait une vraie valeur ajoutée. Nous sommes venus de Shanghai à Hô Chi Minh-Ville et les projets se sont multipliés et aujourd'hui le Vietnam n'est plus un marché d'opportunité mais un marché d'ancrage.
Nouveau comité sourcing à la Chambre de commerce France-Vietnam
Le Petit Journal : Vous avez récemment lancé un nouveau comité sourcing à la Chambre de commerce France-Vietnam en tant que co-chair. Pourriez-vous nous dire en quoi il consiste ?
M. Driol : Le comité sourcing de la chambre de commerce et d'industrie française au Vietnam est un espace de travail conçu pour rassembler les professionnels du sourcing, de la production et de la supply chain autour de problématiques très concrètes.
L'objectif est de créer un lieu où l'on peut partager des retours d'expérience, confronter les pratiques et produire une lecture plus fine des réalités industrielles du Vietnam.
Ces derniers mois, par exemple, plusieurs groupes ont dû arbitrer entre maintenir une partie de leur production en Chine ou basculer une ligne critique au Vietnam pour sécuriser les délais et réduire l’exposition géopolitique. Ce type de décision ne se résume jamais à une comparaison de coûts : il faut évaluer la maturité réelle des fournisseurs, la stabilité réglementaire, la capacité d’exécution locale et la résilience logistique.
Ce sont précisément ces arbitrages opérationnels que nous analysons au sein du comité, avec une approche très terrain.
Depuis son lancement, le comité a d’ailleurs généré une dynamique encourageante : les premières sessions ont réuni des responsables achats, supply chain, industriels et potentiels investisseurs, et ont bénéficié d’une visibilité croissante grâce à plusieurs publications dans la presse économique vietnamienne et internationale, ainsi qu’à des passages sur des chaînes d’information internationales. Cette exposition a renforcé l’intérêt des entreprises pour rejoindre les échanges.
La collaboration avec le Global Sourcing Fair Vietnam, où nous avons présenté le comité sur scène devant un public d’industriels et d’acheteurs internationaux, a renforcé notre positionnement comme plateforme de référence pour comprendre les réalités du sourcing au Vietnam.
Le Petit Journal : Pourquoi avoir choisi Hô Chi Minh-Ville pour lancer ce comité ?
M. Driol : Hô Chi Minh-Ville est le centre nerveux de l'industrie et de la logistique du pays. C'est là que se trouvent les sièges régionaux, les zones industrielles les plus dynamiques et les écosystèmes fournisseurs les plus matures. Lancer le comité ici au lieu de Hanoï permet d'être au plus près des opérations, de capter les signaux faibles du terrain et d'impliquer les acteurs qui gèrent au quotidien les défis de qualité, de conformité et de délais. C'est la ville où les arbitrages se prennent, où les projets se débloquent et où les entreprises ont le plus besoin d'un espace d'échange structuré.
Le Petit Journal : À qui conseilleriez-vous d’y participer, et quels seraient les bénéfices qu’ils pourraient en retirer ?
M. Driol : Le comité s'adresse aux entreprises qui ont un enjeu réel de sourcing et de production au Vietnam, qu'il s'agisse d'équipe achat, approvisionnement etc. Il est utile pour les organisations qui doivent naviguer dans un environnement fournisseur hétérogène, gérer des risques opérationnels ou anticiper les évolutions du marché et des exigences réglementaires internationales.
Enjeux de l'approvisionnement et du sourcing en 2026
Le comité s'adresse aux entreprises qui ont un enjeu réel de sourcing et de production au Vietnam, qu'il s'agisse d'équipe achat, supply chain etc. Il est utile pour les organisations qui doivent naviguer dans un environnement fournisseur hétérogène, gérer des risques opérationnels ou anticiper les évolutions du marché et des exigences réglementaires internationales.
Les entreprises y trouvent un accès direct à des informations de terrain fiables, à des retours d'expérience honnête et à la lecture collective des défis du moment. Cela leur permet d'améliorer la qualité de leurs arbitrages, de réduire l'incertitude dans leurs décisions et de mieux comprendre les capacités réelles des fournisseurs vietnamiens. Le comité crée aussi un réseau de pairs qui partagent les mêmes contraintes et les mêmes objectifs ce qui facilite la résolution des problèmes concrets et accélère la prise de décision.
Le Petit Journal : Quels seront les prochains rendez-vous et thèmes du comité ?
M. Driol : Les prochaines sessions porteront sur des sujets qui reviennent systématiquement dans les discussions avec les entreprises, c'est-à-dire la maturité des fournisseurs, comment trouver des fournisseurs sérieux en fonction de son industrie, l'évolution des capacités industrielles, les contraintes énergétiques et les impacts géoconomiques sur les chaînes de valeur. Nous aborderons également les perspectives 2026-2027 pour les supply chains en Asie avec un focus sur les secteurs où le Vietnam est en train de monter en gamme, l'idée étant de garder un rythme régulier avec des sessions centrées sur l'exécution et la réalité du terrain, et nous comptons en faire en moyenne une à deux tous les mois.
Dans la seconde partie (publiée mercredi prochain), Mickaël Driol nous partagera son analyse des dynamiques d’investissement vers le Vietnam et de son potentiel de développement dans les années à venir.
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