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Ginkgo : résilience et transformation d’une entreprise lors de la crise Covid-19

Par Amélie Huynh Le Maux | Publié le 07/10/2021 à 17:30 | Mis à jour le 10/10/2021 à 12:32
Photo : Benjamin Grépinet et Vu Thi Lan, sa partenaire dans la vie et dans Ginkgo
Benjamin Grépinet et Vu Thi Lan, sa partenaire dans la vie et dans Ginkgo

Depuis l’année dernière, lepetitjournal.com a suivi l’évolution de l’entreprise Ginkgo pendant la crise Covid-19. Originellement marque de T-shirts vendus sur Pham Ngu Lao – la rue des touristes de Saigon – Ginkgo est devenu une entreprise florissante avec pas moins de 13 boutiques sur HCMV, Hanoi et Hoi An. En 2020, la crise a frappé de plein fouet les entreprises dont les revenus sont basés sur le tourisme. Nous avons discuté avec le co-fondateur de Ginkgo, Benjamin Grépinet, qui nous a expliqué la nouvelle direction prise par Ginkgo pour surmonter la situation actuelle.

 

Pouvez-vous nous raconter votre histoire, et celle de la création de Ginkgo ?

Peu tourné vers les études, j’ai préféré ouvrir une boutique de vinyles et l’organisation de soirées. A 24 ans, j’ai suivi une formation de graphisme en accéléré à Annecy. Puis j’ai travaillé en freelance, mais je me suis vite ennuyé. En 2005, je voyage en Asie, visitant la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam. Je flashe sur le Vietnam. Je galère un peu au début, je suis assistant de plongée sur Da Nang pour 250 dollars par mois. Il me faut deux allers-retours en France avant de définitivement m’installer en mars 2007.

Lors de mon second voyage, je rencontre Lan, ma future femme. Nous travaillons dans la même agence de voyage, pour laquelle je suis graphiste. La séparation est difficile lorsque je repars six mois en France. Ceci afin de gagner l’argent nécessaire pour créer Ginkgo, dont l’idée m’est venue lorsque je n’ai trouvé aucun T-shirt souvenir à mon goût. A mon retour, avec 12.000 euros en poche, Lan m’aide à créer l’entreprise Ginkgo. En août 2007, la première boutique de T-shirts Ginkgo s’ouvre sur Pham Ngu Lao, et fait 7 mètres carrés.

 

Ginkgo Concept STore HCMV

 

 

Les principes de la mode durable sont à la base du développement de Ginkgo

 

Quelle est la philosophie de Ginkgo, et comment avez-vous développé votre entreprise ?

Je suis sensible à la nature depuis mon enfance. Ma maman est une écolo pure et m’a élevée dans cette logique. J’ai passé mon adolescence à la campagne, passant mon temps libre dans les bois. Le nom et le logo me sont venus à l’occasion d’un échange avec une voisine en France [NDR : en Haute-Vienne, là où se trouve la maison familiale, d’où Benjamin a répondu en ligne à notre interview]. Elle plantait un arbre, que j’ai trouvé exotique et naturel. Elle m’a renseigné sur son nom : le Ginkgo Biloba.

Les principes de la mode durable sont à la base du développement de Ginkgo. Une des difficultés a été la mise au point au niveau écologique. Quand on n’a pas sa propre usine de production, il est difficile de trouver les bons tricots [NDR : un tricot (ou une maille) est une étoffe tricotée et non pas tissée, à la différence des tissus]. Afin d’être impliqué dans toutes les phases de fabrication, Ginkgo a ouvert sa propre usine après quatre ans.

Les premiers temps, j’ai développé Ginkgo seul. Lan m’a rejoint au bout de six ans et a repris les tâches opérationnelles au fur et à mesure. Cela m’a permis de me concentrer sur la stratégie et la création des nouvelles collections. Nos valeurs sont tournées vers la qualité, le commerce équitable, l’écologie et la créativité. D’abord, il a fallu communiquer nos valeurs aux employés, les former, et avoir un discours cohérent, avec du sens. Les mots pour décrire nos valeurs sont arrivés bien plus tard.

 

La collection Ginkgo

 

Comment la crise Covid-19, et la fermeture du pays aux touristes, a impacté Ginkgo ?

Fin mars 2020, la crise Covid touchait le Vietnam. Lorsque le Vietnam a décidé de fermer ses frontières, notre chiffre d’affaires a diminué de 95% en un seul mois. Ginkgo comptait 150 employés et nous avons dû en licencier les trois quarts. En gardant contact avec eux, cela m’a soulagé de savoir que certains ont pu retrouver du travail.

Notre stratégie première a donc été de la gestion de crise de base. Le gros du travail étant la négociation avec les propriétaires des magasins. Ceci pendant plus de six mois, afin de conserver nos boutiques. Nous avons fait face à tous types de personnes, de caractères, et de réactions plus ou moins compréhensives. Notre gestion de trésorerie a aussi été très importante pour maintenir Ginkgo.

Treize ans d’entreprenariat au Vietnam, cela nous a endurci, nous sommes habitués à rebondir. On est des « guerriers », on accepte les choses comme elles viennent. On ne déprime pas. Au contraire, on s’adapte, et on met tout en place pour pouvoir redémarrer.

 

Au Vietnam, nous avons mis en place une stratégie visant à ne plus dépendre des touristes

 

Comment Ginkgo s’est adapté pour répondre à cette crise internationale ?

Au Vietnam, nous avons mis en place une stratégie visant à ne plus dépendre des touristes. Suivant le mouvement national, notre marketing s’est recentré sur les locaux, et nous comptons poursuivre sur cette voie. En parallèle, Lan et moi sommes rentrés en France en août 2020, afin de nous concentrer sur Ginkgo en France. Un projet que nous avions en tête depuis 2019, avec une structure légale déjà créée.

C’est une variation du concept vietnamien, inspiré de la culture locale et le plus écologique possible. Avec du coton et du lin bio. Avant, le lin était produit en France, exporté en Chine, puis revenait en France après filage en tricot. Depuis que le « Made in France » est de retour, les filières du lin reprennent en France. Nous avons aussi recherché des spécialistes en teinture végétale pour développer certains produits. Pas si facile car il y a plus d’initiatives de ce type au Vietnam !

Nous avons commencé en important notre production vietnamienne, dont nous connaissons la qualité. La priorité suivante est de produire localement, afin d’éviter le transport de marchandises.  Nous nous focalisons sur le e-commerce avec notre site Ginkgo Vietnam, qui fonctionne plutôt bien localement et internationalement. Et j’effectue des recherches de financement pour ouvrir une boutique à Bordeaux. Enfin, nous travaillons sur un concept personnalisé, où le client pourra choisir sa coupe, son type de tricot et sa plante [pour la teinture]. En gros, le travail ne manque pas !

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Amélie Huynh Le Maux

Journaliste en herbe et facilitatrice en créativité, j’adore connecter les personnes et les idées ainsi que partager mes découvertes culturelles et artistiques de manière amicale et didactique.
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