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Actifs numériques : la France partage son expérience avec le Vietnam

Le 27 mai 2026, le Petit Journal a assisté à un séminaire sur les actifs numériques, où la France partageait son expérience dans le domaine afin d’accompagner le Vietnam dans cette innovation. Lors des différentes interventions, deux thématiques ont été mises en avant : le cadre juridique des actifs numériques en France et au Vietnam, et la gestion des risques liés à ces derniers.

Actifs numériques : la France partage son expérience avec le VietnamActifs numériques : la France partage son expérience avec le Vietnam

Un cadre juridique en construction 

Le séminaire s’est ouvert par les mots d’Étienne Ranaivoison, Consul général de France à Hô Chi Minh-Ville. Il a alors rappelé que la croissance rapide de l’économie numérique vietnamienne et l’ambition de construire (ou d’implanter) le Centre financier international du Vietnam (VIFC) témoignent de la détermination du pays à devenir un centre régional majeur pour l’innovation financière. La France comme premier pays européen à avoir établi une coopération stratégique globale avec le Vietnam en 2024 est aussi mise en lumière. Ce, notamment en insistant sur le fait qu’avec son expérience dans les actifs numériques, la France apporte pleinement son soutien au Vietnam dans cette ambition. 

Richard McClellan, directeur général du VIFC, a présenté le centre comme une plateforme juridique et réglementaire spécialisée, actuellement en pleine construction. Cette ambition répond à un constat : le Vietnam a connu quarante ans de croissance soutenue, mais ses marchés de capitaux restent encore peu développés par rapport à la taille de son économie. Le pays a besoin de plus de liquidité et d’une plateforme moderne pour attirer les capitaux internationaux sur le long terme. Le VIFC fonctionnera comme une zone financière spécialisée, dotée de règles internationales tout en restant dans le cadre juridique vietnamien. Le VIFC repose sur trois entités : une autorité exécutive pour la gestion, une autorité de supervision pour le contrôle, et un centre de résolution des litiges pour l’arbitrage international. M. McClellan a précisé que l’année 2026 est consacrée au développement institutionnel, tandis que 2027 devrait marquer la première année d’activité opérationnelle du centre. Parmi les atouts du centre, on compte un taux d’impôt sur les sociétés à 10% pendant 30 ans pour les secteurs prioritaires, une exonération totale d’impôt pendant les quatre premières années, et une convertibilité totale des devises.  

Pour accompagner le Vietnam dans cette innovation, la France est venue partager son expérience. Marianne Jarlaud, de l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui est une autorité indépendante chargée de réguler la place financière française ainsi que de protéger les épargnants, a alors détaillé le cadre européen. C’est donc tout naturellement que Mme Jarlaud a présenté le règlement MiCA, entré en application en janvier 2025, et qui a pour objectif d’harmoniser les règles applicables aux crypto-actifs dans toute l’Union européenne. Bien avant la mise en place de ce règlement, la France a été précurseur, Marianne Jarlaud a en effet rappelé la mise en place de la loi PACTE en 2019, qui a permis d’instaurer un système d’enregistrement obligatoire pour les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN), complété par un visa optionnel pour les émissions de tokens. Au travers de l’explication de cette construction juridique et de son rôle dans le marché financier, la volonté de la France est ainsi de partager les outils qu’elle a acquis pour accompagner au mieux le Vietnam dans cette innovation financière. 

La transparence au coeur des préoccupations

Olivier Vigna, directeur général de Paris Europlace, une association qui réunit les acteurs financiers parisiens, a partagé son expérience. À partir du cadre européen MiCA, il a identifié huit défis auxquels tous les centres financiers qui souhaitent réguler les cryptos-actifs sont confrontés : définir le périmètre des activités, éviter les chevauchements de règles, s’assurer de la compétence des dirigeants, lutter contre le blanchiment, sécuriser la garde des actifs, se protéger contre les cyberattaques, gérer la dépendance aux prestataires étrangers, et intégrer les règles prudentielles. L’objectif ici est de préparer le Vietnam aux potentiels défis qu’il pourra rencontrer afin qu’il puisse les anticiper et mettre en place son centre financier de la meilleure façon possible. 

Le premier défi est de définir précisément ce que l’on veut réguler. Un même token peut servir à plusieurs choses : donner un droit de vote, acheter un service, ou être revendu pour faire un profit. Une mauvaise classification peut entraîner des sanctions. La lutte contre le blanchiment est un autre défi majeur. La blockchain permet de voir toutes les transactions, mais les utilisateurs restent anonymes derrière des adresses. On sait qu'un transfert a eu lieu, mais pas toujours à qui il appartient. Les prestataires doivent donc utiliser des outils spéciaux pour analyser la blockchain. 

Interrogé sur les critiques sur les enjeux de la transparence fiscale au Vietnam, il a expliqué qu’il faut toujours trouver un équilibre. Il faut être conscient de ce que la technologie peut faire ou ne peut pas faire. Il a invité les autorités vietnamiennes à regarder ce qui se fait à l’étranger, à comprendre ce que les investisseurs internationaux attendent. Selon lui, la clé d’une bonne régulation repose sur trois éléments : un dialogue constant entre régulateurs et acteurs privés, des objectifs clairs (stabilité financière, protection des épargnants, compétitivité), et une capacité d’écoute et de réactivité. 

La blockchain : une technologie stratégique pour le Vietnam

Nguyên Trân Minh Quân, directeur juridique de la Vietnam Blockchain and Digital Assets Association (VBA), a rappelé que la blockchain est devenue fin 2024 l’une des technologies stratégiques du Vietnam. La blockchain peut être définie comme une technologie de stockage et de transmission d’informations, elle fonctionne comme un grand livre de comptes numérique, partagé entre des milliers d’ordinateurs. Ainsi, une fois qu’une information est inscrite, elle ne peut plus être modifiée, ce qui garantit la transparence et la sécurité des transactions. 

Sa mission et celle de son association est donc désormais de conseiller le gouvernement et les institutions sur les questions liées aux actifs numériques. Ces conseils permettront donc de faire évoluer le marché vietnamien qui doit, selon lui, passer par trois étapes : la législation avec l’adoption de lois et de décrets, la mise en œuvre avec la mise en place des autorités et des licences, et la consolidation avec la construction d’un écosystème de confiance. 

Selon M. Quân, le premier défi juridique est de bien distinguer la blockchain de la crypto. En effet, le crypto représente le token, c’est-à-dire une économie à part entière, tandis que la blockchain, c’est la technologie. Son association ne touche donc ni aux tokens, ni aux cryptos, mais elle se concentre sur l’application de la technologie blockchain dans les infrastructures du pays. M. Quân a par ailleurs confirmé que le Vietnam met désormais l’accent sur des mesures concrètes telles que la lutte contre le blanchiment d’argent, la traçabilité des transactions, et la protection des investisseurs. 

Cependant, l’expansion de la blockchain s’accompagne de nombreux défis auxquels le Vietnam devra faire face. Ainsi, l’exemple français et le partage de son expérience lors du séminaire permettra au Vietnam de mieux se préparer pour y répondre. 

Selon l’AMF, les signalements sur les arnaques par les crypto-actifs sont en hausse de 43% en 2025. Pour lutter contre ces arnaques financières, l’AMF a mis en place des dispositifs que Marianne Jarlaud nous a partagés. Listes noires de sites non autorisés, plateforme de signalement, intelligence artificielle pour détecter les sites frauduleux ou encore campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux, sont tous des outils utilisés pour réguler les activités financières illicites, qui pourront ainsi servir d'exemple au Vietnam. 

De plus, l’essor de l’intelligence artificielle représente lui aussi une menace. Takatoshi Shibayama, de chez Ledger, a souligné que face à l’expansion de l’intelligence artificielle et aux risques propres aux actifs numériques, la sécurité repose avant tout sur la capacité des utilisateurs à garder le contrôle de leurs décisions. Selon lui, cette souveraineté humaine doit être garantie par des dispositifs matériels séparant la validation finale des systèmes automatisés, notamment pour anticiper les futures menaces liées à l’informatique quantique. 

Vers un renforcement d’une coopération franco-vietnamienne

Ce séminaire a montré que la France et le Vietnam font face aux mêmes défis. Le Vietnam construit son cadre juridique et pourra s'appuyer sur l’expérience française et européenne. La France a démontré qu’il est possible de concilier innovation et sécurité, à condition de disposer d’outils de supervision adaptés, d’une transparence totale, et d’une coopération internationale étroite.

Lepetitjournal Ho Chi Minh Ville
Publié le 9 juin 2026, mis à jour le 9 juin 2026
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