Vendredi 30 octobre 2020
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Philippe Huguet – Du chant lyrique au blues en passant par Brel

Par Emie Irion | Publié le 28/09/2020 à 19:30 | Mis à jour le 29/09/2020 à 12:33
Photo : © Philippe Huguet
Philippe Huguet chant lyrique blues Brel

Né en France à Besançon, Philippe Huguet est un chanteur, auteur, compositeur, metteur en scène et acteur vivant non loin de Mannheim. Il interprète Brel depuis des années en Allemagne. Il revient avec un genre nouveau et présente son spectacle Bleu-Blanc-Blues en Hesse et Rhénanie du Nord-Westphalie. Entretien avec la rédaction.

 

Lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim : vous avez fait des études pour devenir instituteur en France. Puis vous avez commencé une formation de chant et d'art dramatique et vous êtes dirigé vers l’opéra. Pourquoi un tel changement ? Une carrière d’instituteur ne vous intéressait-elle plus ?

Philippe Huguet : je suis instituteur de formation c’est vrai, mais la carrière d’instituteur ne m’intéresse plus. A la fin de mes études d’instituteur, on a donné, avec une amie qui était étudiante au conservatoire, des petits concerts ensemble pour s’amuser. Elle m’avait conseillé de prendre des cours de chant. Autour de moi, on me disait en effet que j’avais une jolie voix, alors j’ai commencé à prendre des cours de chant au conservatoire. C’est comme ça que j’ai noué mes premiers contacts avec la musique classique. Puis je me suis pris au jeu et je suis tombé amoureux du chant classique. Je me suis rendu compte que c’était ça que je voulais faire, je voulais devenir chanteur d’opéra !

Je n’ai exercé le métier d’instituteur que très peu de temps, j’ai aussi fait mon service civil obligatoire pendant deux ans mais je continuais à prendre des cours de chants. Pendant mes études au conservatoire de Besançon. Je travaillais dans un foyer de jeunes travailleurs. Au total, j’ai pris des cours de chants au conservatoire de Besançon pendant 4 ans.


Alors que vous étudiiez le chant lyrique à Mulhouse, vous avez passé votre diplôme en Allemagne. Quelle raison vous a poussé à passer de l'autre côté de la frontière, et pourquoi à Mannheim ?

Au bout de ces 4 années au conservatoire de Besançon, j’ai obtenu mon certificat de fin d’études et j’ai passé le concours d’entrée au conservatoire supérieur de Paris où j’ai été reçu. J’ai même obtenu la première place, cependant c’est le 2ème candidat qui a été retenu. Il avait passé et raté le concours interne puis repassé celui-ci en externe, il avait une place réservée au conservatoire. Mais comme j’étais un petit peu déçu par Paris, je n’ai pas retenté ma chance. Je voulais aller ailleurs qu’à Besançon et changer de professeur de chant. Je suis alors d’abord allé à l’école de musique de Colmar et lorsque mon professeur est parti à Mulhouse, je l’ai suivi. A l’époque j’avais une amie allemande qui habitait à Fribourg, je voulais me rapprocher d’elle et c’est la raison pour laquelle je me suis tourné vers l’Allemagne. En plus, si en France il n’y a que deux conservatoires supérieurs de musique, Paris et Lyon, en Allemagne il y en a une quinzaine ! J’ai essayé d’intégrer celui de Fribourg mais j’ai obtenu la deuxième place et je n’ai pas été pris. J’ai alors ressayé une seconde fois d’entrer à l’école supérieure de Fribourg, j’ai obtenu la première place mais cette fois ci, il n’y avait aucune place de disponible ! Alors j’ai tenté Mannheim et j’ai été pris. J’ai donc fait mes études supérieures en Allemagne dans une école équivalant au conservatoire supérieur de Paris.

 

Vous êtes chanteur, acteur, mais également auteur, compositeur et metteur en scène. Dans quelle fonction vous épanouissez-vous le plus ?

Ce que j’aimais le plus, c’était le chant classique. Mais pendant mes études en Allemagne, j’ai commencé à avoir des acouphènes. A la fin de mes études, j’ai eu des engagements mais je n’ai pas pu exercer longtemps le métier de chanteur lyrique pour cette raison. C’est très dur de chanter avec des acouphènes et il est quasiment impossible de continuer le chant d’opéra - qui est très exigeant - dans ces conditions, alors j’ai dû arrêter à contrecœur car c’était ma passion.

J’ai alors cherché ce que je pouvais faire d’autre sur scène. Comme à Besançon, j’avais pris des cours d’art dramatique, je me suis alors tourné vers le métier d’acteur. Je ne parlais pas encore assez bien l’allemand et ça a été très dur en tant qu’acteur. J’avais 26 ans en arrivant en Allemagne, j’ai appris l’allemand assez tard, sur le tas mais aussi en cours intensifs à la « Volkshochschule », j’ai aussi eu des cours de diction à l’Opéra de Mannheim. Malgré cela, mon accent français restait très prononcé. A côté du travail d’acteur, j’ai commencé à être metteur en scène également. Puis j’ai remplacé le chant classique par la chanson française, mais pour répondre à votre question, c’est dans le chant classique que je m’épanouissais le plus.

 

Philippe Huguet chant lyrique blues Brel
Philippe Huguet © Christa Kaddar

 

En 2010 vous avez publié un texte intitulé « Ma lettre à Mozart » dans « Das Neue Mannheimer Mozartbuch ». Pourriez-vous nous en dire plus ?

Le président de l’association « Mozart Gesellschaft » avait demandé à mon épouse pianiste de faire un concert sur Mozart. Il a également eu l’idée que je pourrais lire, durant le concert, des lettres que Mozart avait échangées avec sa cousine. Mais ça me faisait tout bizarre de lire ces lettres échangées entre deux Allemands avec mon accent français ! (Rires). Je préférais trouver un lien avec la France pour faire cela. Puisque Mozart a séjourné en France pendant 6 mois au cours de sa vie, j’ai pensé qu’il serait intéressant de faire un concert en lien avec son séjour. Cependant on dit souvent que son passage en France était un fiasco total et beaucoup de questions restent sans réponses.

Alors j’ai eu l’idée d’écrire une lettre que j’adressais à Mozart, dans laquelle je lui posais des questions concernant son séjour en France, tout en essayant d’y répondre moi-même, ou de laisser la musique y répondre. J’ai intitulé cette lettre « Der Traum von Paris » (Le rêve de Paris) et cette lettre a été publiée dans le livre « Das Neue Mannheimer Mozartbuch »  de l’association « Mozart Gesellschaft ».

 

Vous avez souvent été sur la scène du Théâtre international de Francfort avec votre répertoire « Brel ». Vous allez donner des concerts à Francfort et en Rhénanie du Nord-Westphalie autour du spectacle « Bleu-Blanc-Blues ». Vous revenez sur scène avec un look complètement nouveau. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce spectacle ?

Depuis quelques années, je fais mes spectacles de Brel, j’en ai trois différents et j’avais un certain style et une apparence qui correspond au répertoire de Brel. Là, je voulais faire quelque chose de tout nouveau, un spectacle de chansons françaises avec des couleurs jazz. Je suis habillé un peu différemment pour changer un peu, ce n’est plus Brel mais un mélange de chansons complètement différentes, l’affiche du spectacle annonce le côté chansons françaises orientées jazz.

Généralement je fais mes spectacles en fonction de ce qui me plait et pas en fonction du public. C’est aussi un défi intéressant, je ne cherche pas la facilité, surtout dans ce spectacle. Je ne suis pas du tout un musicien de jazz, il a fallu que je me remette à la guitare très sérieusement, j’en joue depuis longtemps mais je ne suis pas non plus guitariste. La difficulté du programme c’est d’accompagner à la musique jazz, qui prend énormément d’attention, tout en continuant d’interpréter les musiques.

 

Quel est votre public en général ?

Ça dépend de l’endroit, mais de manière générale, ce n’est pas un public très jeune dans l’ensemble. Il peut y avoir quelques jeunes, mais la tranche d’âge est plutôt autour de 50-60 ans. Brel, c’est une certaine époque et en France il n’est pas connu de la même manière qu’en Allemagne. Si Brel est connu et chanté aussi par la jeune génération en France, en Allemagne pas du tout en revanche. Ceux qui chantent ou connaissent Brel, ce sont les gens qui se rappellent l’époque de Brel elle-même.

 

Le coronavirus a bouleversé le monde du spectacle. Quel sont vos projets pour le monde de demain ?

Depuis 2011, j’ai pu renouer avec le chant lyrique en l’enseignant à Stuttgart et à Mannheim. J’enseigne le français chanté aux chanteurs lyriques et pour moi c’est une chance inouïe de renouer avec l’opéra. Mes projets, c’est de pouvoir continuer cette activité tout en faisant mes spectacles... Je ne fais plus de mises en scènes avec des troupes de théâtre car c’est trop prenant et incompatible avec la vie de famille. Je ne fais que les mises en scène de mes propres spectacles comme pour Brel. Mon objectif, c’est de trouver un équilibre entre les concerts en Allemagne et la vie ici à Mannheim. Actuellement, je dois jouer mon spectacle « Bleu-Blanc-Blues », il faut que je le vende, que je continue de chanter et de peaufiner mes spectacles.

Et pour la suite, les idées, ce n’est pas ce qui manque !

 

Pour voir Philippe Huguet sur scène :

BLEU-BLANC-BLUES

30.09.2020 - 20:00 | Frankfurt | Die Fabrik

BLEU-BLANC-BLUES

04.10.2020 - 20:00 | Gütersloh | Spexarder Bauernhaus

Guten Abend Monsieur Brel

06.11.2020 - 18:15 | Hamm | Gerd-Bucerius-Saal im Heinrich-von-Kleist-Forum

 

EMIE IRION - Copie BIS

Emie Irion

Rédactrice web pour Lepetitjournal.com Allemagne, Emie est une touche-à-tout qui s'intéresse à la culture allemande mais aussi au dessin, aux langues étrangères, aux travaux manuels, à la cuisine, à la lecture, au sport, aux voyages, aux langages codés...
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