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Cora Malik, Karlstorbahnhof–« Notre plus gros projet est de survivre »

Par Sophie Régis | Publié le 23/12/2020 à 16:57 | Mis à jour le 23/12/2020 à 17:31
Cora Malik Karlstorbahnhof Heidelberg

Cora Malik est la nouvelle directrice de la Kulturhaus Karlstorbahnhof à Heidelberg et succède ainsi à Ingrid Wolschin depuis le 1er mars 2020. Elle n’en est pas à son coup d’essai dans le domaine de la culture et connait parfaitement la région Rhin-Neckar. Lors d’une rencontre avec la rédaction, Cora Malik nous en dit un peu plus sur elle et sur le centre socio-culturel qu’elle dirige à Heidelberg.


Lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim : vous avez eu beaucoup d’expériences différentes dans le domaine de la culture. A titre d’exemple vous avez dirigé le bureau d’Enjoy Jazz de 2014 à 2019 et vous avez aussi travaillé au National Theater de Mannheim entre autres. Quelles sont les expériences qui vous ont le plus marquée ?

Cora Malik : je crois que c’est avant tout ce que l’on vit sur le moment qui nous marque. Je dirais que je suis très satisfaite de toutes les expériences que j’ai vécues jusqu’ici et que j’ai eu beaucoup de chance. Il n’y a pas une expérience qui se distingue de toutes les autres, il y a plusieurs beaux moments avec des défis parfois très positifs et parfois un peu moins. En définitive, je suis très reconnaissante de tout ce que j’ai pu réaliser et envers les multiples structures où j’ai travaillé car j’ai pu à chaque fois apprendre des choses différentes et c’est ça qui est très enrichissant.

 

Je me sens un peu chez moi ici.


Mon retour au centre Karlstorbahnhof Heidelberg a cependant une saveur particulière : en 1999, j’y ai effectué mon 1er stage professionnel. A l’époque, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire et j’ai eu envie de réaliser plusieurs stages dans différents domaines pour pouvoir me décider. Aujourd’hui, je ne perçois pas la Karlstorbahnhof de manière différente par rapport à il y a 20 ans. J’ai retrouvé tout ce que j’y avais laissé. C’est encore un endroit très familier pour moi. C’est là où je me suis vraiment ouverte à la musique pour la première fois, c’est là où j’ai aimé le hip hop dans mes années étudiantes, c’est aussi là que j’ai découvert la musique électronique. Je me sens un peu chez moi ici.
 

Karlstorbahnhof

 



Comment choisissez-vous les films, les artistes intervenant à Karlstorbahnhof Heidelberg ? Quels sont vos critères de sélection ?

Il n’y a pas de critères spécifiques. Nous choisissons avant tout des artistes qui proposent du contenu de qualité. Leur célébrité nous importe peu, elle peut même être un frein parfois. On aime en revanche beaucoup découvrir et accompagner des artistes qui sont encore peu connus. Ça nous fait toujours très plaisir d’apprendre qu’un artiste a gagné en notoriété après s’être produit chez nous, on aime être là avant que leur carrière ne décolle vraiment.

En ce qui concerne notre programme en général, nous aimons la diversité à la Karlstorbahnhof. Le but est de faire découvrir au public toutes sortes de formats artistiques allant des festivals aux événements littéraires par exemple. Le contenu aussi est éclectique, nous aimons surprendre et n’hésitons pas à inviter des artistes avant-gardistes, Queer etc. Notre coordinatrice Martine Müller est chargée de trouver les artistes et d’organiser leurs interventions dans notre programme artistique. Elle est en lien avec de nombreuses agences de musique et de personnes investies dans ce domaine qui lui conseillent de nouveaux talents venant d’un peu partout en Allemagne et dans le monde.


Les groupes français comment Lily Wood and the Prick ou encore les Yeux d’la tête sont venus jouer à Karlstorbahnhof respectivement en 2014 et 2019, quelle est votre relation à la France et au public français en général ?

Oui, nous avons accueilli plusieurs groupes de musique français à plusieurs reprises. Lors du festival de jazz, c’est Emile Parisien qui est venu. Nous aimons beaucoup les groupes de la nouvelle vague en général. Sinon, pour revenir à Lily Wood and the Prick, ils représentent tout à fait le type d’artistes avec lesquels nous voulons accomplir des projets. Ils étaient venus à Karlstorbahnhof Heidelberg durant l’année 2014 et en mars de la même année, le DJ allemand Robin Schulz a fait un remix de leur chanson « Prayer in C ». Ça a fait un véritable carton qui a permis au groupe d’être bien plus connu qu’au moment où on les avait invités.
 

Nous faisons en sorte de soulever, au travers de nos événements, des questions de société qui nous touchent


Parmi les invités français que l’on aime beaucoup, il y a notamment Kiddy Smile. C’est un artiste très engagé dans la lutte pour les droits des minorités LGBTQ et c’est aussi quelque chose qui nous intéresse : comme nous sommes un centre socio-culturel, il n’y a pas que la musique qui compte mais aussi les positionnements politiques. Nous faisons en sorte de soulever, au travers de nos événements, des questions de société qui nous touchent.
 

nous ne voyons pas de frontières ni dans notre public ni au niveau de nos artistes


Evidemment, nous sommes toujours heureux de recevoir des artistes et du public français. Mais en réalité, nous ne voyons pas de frontières ni dans notre public ni au niveau de nos artistes, c’est d’ailleurs un principe de base ici. En ce qui concerne spécifiquement la France, la Karlstorbahnhof a déjà travaillé avec la Montpellier Haus (La Maison de Montpellier, centre culturel dédié au jumelage entre Heidelberg et Montpellier, ndlr) pour certains projets. Nous apprécions également nous investir dans la « Französische Woche », un événement culturel en lien avec la France qui a lieu chaque année à partir de la fin octobre.


De quelle façon la Covid-19 a-t-elle eu une influence sur le fonctionnement de la Karlstorbahnhof ? Y a-t-il des projets numériques qui sont prévus ?

Le coronavirus m’a accompagnée dès mes débuts en tant que nouvelle directrice à Karlstorbahnhof Heidelberg : j’ai pris mes fonctions le 1er mars 2020 et le 13, moins de 2 semaines plus tard, le centre fermait à cause de la pandémie ! Plusieurs personnes se sont retrouvées au chômage partiel. Nous avons fait en sorte de réagir le plus vite possible même si c’était une situation inédite et assez difficile. Je crois même que nous avons été parmi les premiers à proposer des événements numériques. Nous avons mis en place des installations digitales pour permettre aux gens de chanter en ligne, nous avons aussi organisé une « Märchen Stunde » (heure du conte) ou encore une « Stay at home session ». Les artistes prévus initialement en présentiel ont pu faire des sessions live depuis chez eux.
 

Notre rôle est de stimuler le plus possible la vie culturelle que ce soit en présentiel ou sous forme numérique


Lorsque l’été est arrivé et que le protocole sanitaire s’est assoupli, nous avons pu mettre en place une cinquantaine d’événements dans la cour de la Karlstorbahnhof qui ont rassemblé au total 3000 spectateurs. Notre rôle depuis le début de la crise est d’essayer d’occuper les artistes et de stimuler le plus possible la vie culturelle que ce soit en présentiel ou sous forme numérique.


Il était prévu que Karlstorbahnhof Heidelberg déménage dans le quartier de Südstadt dans les anciennes casernes « Campbell Barracks ». Où en est le déménagement ? Quels sont les grands projets à venir ?

Le déménagement se passe très bien, nous sommes très contents même si tout est encore un peu en chantier mais ça ne nous fait pas peur, au contraire. Les nouveaux locaux nous permettent de disposer de plus d’espace qu’ici où les salles sont vraiment trop petites pour nos événements. Grâce à ce déménagement, nous pourrons accueillir tous les projets que l’on souhaite mettre en place dans des locaux plus grands.

En ce qui concerne les nouveaux projets, en dehors de notre programmation de lectures, conférences, concerts, soirées slam…, je dirais que le plus gros projet que l’on ait en ce moment, est de survivre à cette crise sanitaire. Nous avons malheureusement peu de visibilité pour la suite. Mais je ne m’inquiète pas, je suis même assez contente de voir que même en plein milieu de cette crise, de nombreuses initiatives voient le jour et promettent de beaux projets pour l’avenir.


Pour connaître le programme à venir de Karlstorbahnhof Heidelberg, c'est ici



Photos : © Sophie Regis pour lepetitjournal.com Allemagne

 

Sophie REGIS FB_IMG_1603433245442

Sophie Régis

Sophie aime la danse, le cinéma, la musique... Dynamique et volontaire, sa devise c'est "J'aime tout et je n'ai peur de rien !". Occasionnellement, elle manie aussi sa plume en tant que rédactrice web à Lepetitjournal.com Allemagne.
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