Face au désengagement de l’État qui fragilise durablement l’équilibre financier et social de l’AEFE, et pénalise les familles, l’association Français du monde-ADFE a lancé une pétition afin d’alerter les pouvoirs publics.


Au Vietnam, l’association Français du monde-ADFE (FDM-ADFE) est présidée par Jaime Peypoch, qui en est également le secrétaire général. Présente dans de nombreux pays à travers le monde, FDM-ADFE défend les droits et les intérêts des Français vivant hors de France. Cette association reconnue d’utilité publique a lancé une pétition en décembre dernier pour agir en faveur de « la préservation et de l’avenir du réseau de l’enseignement français à l’étranger », afin d’alerter les pouvoirs publics face à la situation préoccupante concernant l’éducation française à l’étranger. Jaime Peypoch affirme, la principale menace vient du désengagement progressif de l’État français : « L’État se désengage et ne permet donc pas à l’AEFE d’avoir un budget global cohérent » et « les récentes décisions prises fragilisent le modèle de l’enseignement français à l’étranger, en particulier les établissements en gestion directe ».
Au Vietnam, deux établissements français sont concernés : le lycée Alexandre Yersin à Hanoï et le lycée Marguerite Duras à Hô Chi Minh-Ville. Aujourd’hui, les frais de scolarité avoisinent les 6 000 euros par an, un montant relativement faible comparé à d’autres pays du réseau français à l’étranger. Certains peuvent atteindre 20 000 euros par an, notamment aux États-Unis. Mais cet équilibre reste fragile. Toute fragilisation du modèle économique de ces lycées du réseau AEFE se traduit par une pression sur les frais de scolarité, les investissements et l’exigence pédagogique. Une situation d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans un recul mesurable du dispositif des bourses scolaires de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE).
Selon le rapport de la 43e session de l’Assemblée des Français de l’étranger, le nombre d’élèves bénéficiant de bourses a diminué. Il est passé d’environ 24 810 boursiers à 22 074 entre les années scolaires 2020-2021 et 2024-2025, soit une baisse de plus de 11 % en quatre ans malgré une population d’élèves globalement stable dans le réseau. Cela s’explique paradoxalement par un lien de causalité entre la hausse des frais de scolarité et la non-sollicitation de bourses par les familles. Rémi Féraud, rapporteur spécial de la commission des finances, qualifie cela d’« histoire de l’œuf et de la poule ». En effet, il explique que « la baisse du nombre de bourses et la hausse des frais de scolarité n’incitent pas les familles modestes à recourir à l’enseignement français à l’étranger, ni donc à solliciter une bourse ».
Les classes moyennes en première ligne
En trois ans, les subventions de l’État ont diminué d’environ 78 millions d’euros. Une baisse qui a contraint l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) à prendre en charge les pensions civiles des enseignants, une charge supplémentaire qui pourrait elle aussi contribuer à une augmentation des frais de scolarité. Pour Jaime Peypoch, une réforme de l’AEFE est nécessaire mais « doit avoir pour objectif de garantir des frais de scolarité accessibles et soutenables sur la durée, de maintenir le dispositif des bourses scolaires dans l’intérêt des familles modestes et de garantir l’accès à l’éducation française pour les familles françaises de l’étranger ».
Cette perspective est plus qu’alarmante pour de nombreuses familles. « On risque de voir des familles déscolariser leurs enfants », avertit Jaime Peypoch. Au Vietnam, explique-t-il, les ménages doivent jongler avec trois postes de dépenses essentiels : « la santé, le loyer et la scolarité ». Dans ce contexte, les classes moyennes sont les plus exposées.
À terme, la hausse des frais pourrait entraîner une baisse du nombre d’élèves français inscrits, fragilisant encore davantage les établissements. Sans financement suffisant ni visibilité sur le long terme, c’est l’accès à l’éducation française pour les élèves issus des classes moyennes et modestes qui pourrait être remis en question.
Un enjeu fort pour la francophonie au Vietnam
Aujourd’hui, environ 40 000 élèves vietnamiens apprennent le français dans les écoles primaires et secondaires, faisant du français la deuxième langue étrangère la plus enseignée après l’anglais dans le système éducatif national. Une plateforme comme Tiếng Pháp+ a même été lancée il y a deux mois pour soutenir cette communauté de locuteurs et faciliter l’accès à des opportunités d’études et d’emploi liées à la langue française, une suite logique pour ces élèves recevant leur éducation en français.
Si la francophonie repose aussi sur la qualité et la stabilité du réseau des établissements français supervisés par l’AEFE, l’agence publique traverse une crise budgétaire et structurelle, avec un déficit de près de 66 millions d’euros prévu pour 2026.
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Si ces dysfonctionnements persistent, la capacité du réseau à garantir un enseignement de qualité et l’accès au français pour les élèves au Vietnam est directement compromise. Cela risquerait de nuire à l’image de l’enseignement français, réduisant ainsi le rayonnement culturel et linguistique de la France.
Ce constat au Vietnam n’est pas isolé. Dans de nombreux pays où la francophonie était autrefois un facteur d’influence culturelle, la langue française est aujourd’hui en concurrence avec l’anglais, le mandarin ou d’autres langues mondiales, au point que des élèves et leurs familles privilégient ces langues dans leurs choix scolaires et professionnels.
Au Maroc, les tensions autour du réseau français illustrent les mêmes enjeux que ceux observés au Vietnam. Comme le rapporte le journal français Libération, des parents dénoncent l’essor des établissements privés lucratifs, la hausse constante des frais de scolarité et une gestion parfois orientée vers le profit plutôt que vers la pédagogie. Ces dérives fragilisent la confiance dans le label « excellence à la française » et menacent indirectement la francophonie en donnant l’impression que l’enseignement français sert d’abord des intérêts financiers, au détriment de sa mission culturelle et linguistique.
Ces exemples montrent que la francophonie n’est pas seulement un enjeu national pour le Vietnam. Partout dans le monde, la diffusion du français dépend de la qualité, de l’accessibilité et de la crédibilité des écoles françaises, et l’avenir de l’AEFE apparaît donc comme un levier essentiel pour garantir la vitalité et la pérennité de la langue française à l’échelle mondiale.
Face à cette situation, l’association Français du monde - ADFE a lancé une pétition afin d’alerter les pouvoirs publics : https://francais-du-monde.org/2025/12/19/petition-pour-la-preservation-et-lavenir-du-reseau-de-lenseignement-francais-a-letranger/
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