Édition internationale

Langue française : dans les coulisses d’un rapport repensé à l’ère numérique

À Québec, en marge de la conférence de presse de présentation du rapport de l’Observatoire de la langue française, LePetitJournal.com a échangé avec Mohamed Embarki et Cédric Byl. Un entretien qui éclaire les choix méthodologiques, les partis pris éditoriaux et l’ouverture vers un outil numérique inédit.

Mohamed Embarki et Cédric Byl Mohamed Embarki et Cédric Byl
Mohamed Embarki et Cédric Byl, Observatoire de la langue française (Québec, 2026) - Photo LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 19 mars 2026

 

 

Arrivés à l’Observatoire de la langue française en 2024, Mohamed Embarki et Cédric Byl se sont vu confier un chantier central : produire un rapport de référence à temps pour la Journée internationale de la Francophonie 2026. Un exercice exigeant, encadré par un cahier des charges précis, où la question de la fiabilité des données s’impose d’emblée.

 

« Nous avons veillé de manière très pointilleuse à ce que les données que nous manipulons soient probantes, vérifiées, collectées avec rigueur et éthique » - Mohamed Embarki.

Derrière la publication, le travail s’inscrit dans la durée. Certaines études couvrent une décennie, d’autres ont été lancées spécifiquement pour nourrir le rapport. À cela s’ajoute la mobilisation de laboratoires de recherche, d’experts externes et d’un conseil scientifique installé peu avant leur arrivée à l’Observatoire. Le résultat est le fruit d’une synthèse collective, où la complémentarité des approches a été déterminante.

 

Un rapport recentré autour de l’usage du français

L’un des choix structurants a été de rompre avec les éditions précédentes, souvent marquées par des parties volumineuses consacrées aux politiques linguistiques pays par pays. Cette fois, l’équipe a opté pour une architecture resserrée, articulée autour de quatre grandes thématiques interconnectées. « Nous avons essayé de structurer les éléments en thématiques qui paraissent pertinentes d’un point de vue scientifique et reposant sur des données », explique Mohamed Embarki.

Le fil conducteur : l’usage du français.

Du dénombrement des locuteurs à l’éducation, en passant par les interactions avec les autres langues et les perspectives économiques et numériques, le rapport propose une lecture transversale des dynamiques francophones. Une manière de replacer la langue dans ses pratiques concrètes et ses enjeux contemporains.

 

La plateforme numérique, prolongement du rapport

L’innovation majeure réside toutefois ailleurs. En parallèle du document imprimé, l’Observatoire a lancé une plateforme numérique destinée à prolonger, actualiser et approfondir les données.

« Le rapport est quadriennal : au moment où il est imprimé, les informations sont figées. Mais le monde est dynamique », rappelle Mohamed Embarki.

Pensée comme un prolongement direct du rapport, la plateforme permet d’explorer les données, de comparer des indicateurs et d’en produire des synthèses adaptées aux besoins des utilisateurs.

« La plateforme est un prolongement et une actualisation permanente du contenu du rapport », précise Cédric Byl.

Ce choix répond à une double ambition : alléger le rapport tout en rendant l’information plus accessible et plus utile.

 

Capture d'écran OIF

 

Une plateforme pensée comme un outil d’exploration des données francophones

Au-delà de la présentation faite par ses concepteurs, la plateforme révèle une évolution plus large dans la manière de produire et de partager les données francophones.

Elle transforme un rapport statique en un outil dynamique d’analyse et d’appropriation. Les données y sont organisées autour des grandes thématiques du rapport — démographie, éducation, économie, culture, numérique — et accessibles selon différents niveaux de lecture.

L’interface privilégie une navigation progressive, qui permet à la fois une consultation grand public et une analyse plus approfondie pour les acteurs institutionnels. Cette logique d’accès différencié traduit une volonté de rendre les données à la fois lisibles et opérationnelles.

 

Un outil au service des États… et de la société civile

Pensée comme un outil de pilotage, notamment pour les politiques éducatives, la plateforme vise aussi à favoriser la coopération entre pays francophones. Elle permet d’identifier des déséquilibres, de comparer les situations et, potentiellement, d’encourager des formes de mutualisation.

Mais elle ne s’adresse pas uniquement aux décideurs.

En ouvrant une partie de ses contenus à la société civile, l’Observatoire reconnaît l’importance de ces acteurs dans la circulation et l’appropriation des données. La possibilité pour chacun de produire ses propres analyses marque une évolution dans la manière de concevoir la Francophonie comme espace partagé.

 

Entre publication et processus continu

Au-delà de l’objet éditorial, Mohamed Embarki et Cédric Byl défendent une vision du rapport comme une étape dans un processus plus large. Chaque thématique abordée peut donner lieu à de nouveaux travaux, à des conférences ou à des initiatives.

La plateforme devient alors un lieu de continuité, où les données évoluent, se complètent et se discutent.

Dans un contexte où la Francophonie cherche à affirmer sa place dans les transformations numériques et géopolitiques, une question demeure : qui produit les données, qui les lit — et qui s’en saisit réellement ?

 

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