Depuis le Togo, Baudouin Kola travaille à structurer un mouvement coopératif africain encore fragmenté. Avec la Maison des Coopératives, il veut doter les entreprises sociales d’outils, de données et d’une reconnaissance politique capables de changer d’échelle.


« La coopérative est le modèle par lequel passera le développement de l’Afrique » - Baudouin Kola
L’engagement de Baudouin Kola pour le modèle social et coopératif commence très tôt. Il rappelle avoir rencontré l’Alliance coopérative internationale et l’ESS Forum International dès l’âge de 25 ans. « J’ai commencé avec l’Alliance coopérative internationale quand j’avais 25 ans. J’ai voyagé pour des rencontres, des ateliers, des formations », explique-t-il.
Ces années de circulation lui permettent de saisir à la fois « le potentiel du modèle coopératif » et « ses limites sur le terrain africain », notamment pour les coopératives francophones, souvent moins visibles dans des espaces dominés par l’anglais.
De l’administration publique au retour au terrain
Après cette première phase internationale, Baudouin Kola rejoint l’administration publique togolaise et travaille sur des dossiers liés à l’économie sociale et solidaire (ESS). L’expérience est structurante, mais rapidement limitée. « Le gouvernement n’avait pas forcément les outils ni la connaissance fine pour travailler sur la question de l’ESS », constate-t-il.
Ce constat l’amène à une décision claire : « J’ai senti qu’il fallait revenir là d’où je venais : le terrain. » Pour lui, c’est au plus près des coopératives et des entreprises sociales que se jouent réellement les dynamiques de transformation.
Une Maison pour combler un angle mort du coopérativisme africain
C’est dans ce contexte que naît la Maison des Coopératives. Baudouin Kola observe que l’Alliance coopérative internationale fonctionne principalement en anglais et que, dans les faits, « les pays francophones et lusophones sont souvent moins visibles ».
Il insiste sur la nécessité d’un acteur capable de faire le lien : « Il faut quelqu’un pour traduire les enjeux, pas seulement la langue. » La Maison des Coopératives se positionne ainsi comme un espace d’intermédiation, à la croisée des codes internationaux et des réalités locales.

Structurer avant d’accompagner
Pour Baudouin Kola, le développement coopératif ne peut se réduire à des interventions ponctuelles. Il le rappelle sans détour : « La coopérative n’est pas un atome isolé. Elle fait partie d’un écosystème. »
D’où la nécessité, selon lui, de travailler simultanément sur les politiques publiques, la reconnaissance des acteurs d’accompagnement et la structuration de réseaux nationaux. Sans cette vision globale, « on reste dans des actions dispersées, sans impact structurel » qui peinent à produire des effets durables.
Des outils fondés sur les données, pas sur l’intuition
La Maison des Coopératives s’appuie sur un outil numérique de diagnostic utilisé directement sur le terrain. « On arrive avec une tablette, on pose des questions sur la gouvernance, le social, l’économie, les finances », explique Baudouin Kola.
À partir de ces données, « la machine génère une note, identifie les forces, les faiblesses et propose un plan de développement et de croissance ». Cette approche permet d’éviter les solutions toutes faites. « Certaines coopératives n’ont pas besoin de financement. Elles ont besoin d’un marché », insiste-t-il, rappelant qu’un mauvais diagnostic conduit souvent à un mauvais accompagnement.
Rendre visibles les entreprises sociales et coopératives africaines
Au-delà de l’appui technique, l’enjeu est aussi politique. « Sans données, on ne peut pas faire de plaidoyer crédible », souligne Baudouin Kola. Il s’agit de démontrer concrètement l’impact des entreprises sociales et coopératives : nombre de membres, emplois créés, valeur économique générée.
Ces chiffres deviennent alors des outils de négociation, permettant aux coopératives de dialoguer avec les États, les partenaires et les bailleurs internationaux sur une base factuelle.
Une expansion progressive, pensée à l’échelle régionale
Aujourd’hui opérationnelle au Togo, la Maison des Coopératives amorce en 2026 son déploiement vers le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. « Nous commençons par le Togo, puis nous allons avancer pays par pays », précise Baudouin Kola.
L’objectif est de couvrir à terme une douzaine de pays, tout en respectant les spécificités locales. Les coopératives accompagnées évoluent principalement dans l’agriculture, la finance communautaire et l’artisanat, des secteurs clés pour les économies locales.
Structurer pour durer
Pour Baudouin Kola, la coopérative n’est ni marginale ni dépassée. Elle constitue une réponse contemporaine aux défis africains. « La coopérative est le modèle par lequel passera le développement social et économique de l’Afrique », affirme-t-il, à condition de la structurer, de l’outiller et de la reconnaître pleinement.
Une vision qui pose une question centrale : les acteurs africains et internationaux sont-ils prêts à accompagner ce changement d’échelle ?
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