Mercredi 27 janvier 2021
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Léa et François : leur année d’études en pleine crise sanitaire

Par Emie Irion | Publié le 02/01/2021 à 00:01 | Mis à jour le 02/01/2021 à 00:01
étudiants franco-allemands Allemagne

Léa et François, deux étudiants français de 21 ans, ont passé leur année scolaire 2019-2020 à l’Université de la Sarre à Sarrebruck en pleine période de coronavirus. Ils nous ont accordé une interview à distance afin de nous parler de leur année scolaire à l’étranger, mouvementée en raison de la crise sanitaire et de ses répercussions sur leur parcours.

 

Lepetitjournal.com/francfort : vous venez de passer une année universitaire à Sarrebruck dans le cadre du cursus franco-allemand « Communication et coopération transfrontalière ». Quelles étaient vos attentes ?

Léa : pour moi l’objectif était de valider ma licence, de faire mon stage que je n’avais pas pu faire entre la L2 et la L3, et ensuite on n’en parle plus, parce que ça me pesait vraiment. J’étais là aussi parce que j’allais être en colocation avec des amies, j’étais contente parce que j’allais commencer à voir ce qu’était une coloc, je n’en n’avais jamais fait.

J’ai déjà fait des échanges, je savais déjà comment se passe l’école en Allemagne, mais pas l’université et j’avais vraiment envie de voir ce que c’était d’être étudiant en Allemagne. J’attendais plus d’avoir un meilleur niveau grammatical que d’améliorer mon accent. Je voulais vraiment prendre des automatismes et c’est en étant immergé dans le pays et la langue que c’est possible, voilà c’était surtout ça, je voulais parler et écouter pour améliorer mon niveau linguistique.
 

études franco-allemandes
© Pixabay

 


François : mes attentes en partant étudier à Sarrebruck, c’était d’abord de finir ma licence, de vivre une immersion dans le pays et d’améliorer mes compétences linguistiques. C’était aussi pour finir mon projet professionnel, j’avais plusieurs idées pour la suite de mes études au début de l’année et en allant à l’étranger je voulais voir si éventuellement travailler à l’étranger pourrait me plaire.

Un des objectifs de cette année c’était aussi de voir ce qu’était la vie en colocation

Je voulais aussi m’imprégner vraiment de la culture allemande et m’immerger dedans pour pouvoir mieux la comprendre, parce que c’est vrai qu’on fait des études franco-allemandes, on a bossé avec des Allemands en deuxième année, mais je n’étais jamais parti en Allemagne avant, donc pour moi c’était vraiment une découverte de la culture allemande et du système universitaire allemand.

Un des objectifs de cette année c’était aussi de voir ce qu’était la vie en colocation car je n’en avais jamais fait avant. Je voulais vraiment vivre comme un Allemand en Allemagne et non pas juste comme un Français en voyage.

 

Avez-vous rencontré des difficultés pour vous loger ?

Léa : comme je devais accompagner mon copain souvent à l’hôpital, c’est surtout mes deux autres colocs qui ont cherché l’appartement et fait les visites car elles étaient sur place pour leur stage, donc au final je me suis beaucoup reposée sur elles. On a fait les recherches sur Ebay et wg-gesucht et en deux mois on avait trouvé l’appartement !

 Un facteur important, c’est que quand on recherche un logement que pour un an, on est moins exigeant.


François : moi j’étais en coloc aussi, avec un ami en parcours licence on voulait faire une colocation à deux mais on était prêts aussi à s’intégrer dans une autre colocation, et c’est ce qu’on a fait au final. On a fait une colocation avec deux Allemands, dont une fille qui est en Master de communication interculturelle, qui parle français et qui était très intéressée par ce qu’on faisait parce qu’on était plus ou moins dans le même domaine, donc on a tout de suite accroché. L’autre gars travaillait dans un bar donc c’était un univers totalement différent.
 

études franco-allemandes
© Pixabay

 


Pour la recherche, étonnamment, on n’a pas eu de difficultés du tout, on regardait régulièrement les annonces sur wg-gesucht, un jour une amie nous en a envoyé une qui nous convenait, on a sauté sur l’occasion et on a contacté les personnes.

Nous ne sommes pas allés visiter l’appartement directement parce qu’on était en stage, mon coloc à Hambourg et moi au Luxembourg, du coup on a fait une visite de l’appartement par Skype et à la suite de la visite, on a tout de suite pris l’appartement. Evidemment il fallait trouver un appartement bien situé et qui rentrait dans notre budget, mais on n’a vraiment pas eu de difficultés.

 

Cette année 2020 a été une année particulière en raison de la Covid-19. Quelles ont été les répercussions sur votre année, vos études, et comment l’avez-vous vécu au quotidien loin de vos proches ? En avez-vous souffert ?

Léa : quand le coronavirus a commencé à faire du bruit, les étudiants étaient tous en « Semesterferien » (en vacances universitaires), et moi j’en ai profité pour faire mon stage en entreprise à ce moment.

On m’a un peu coupé l’herbe sous le pied parce que j’étais française et de la région Grand Est

J’étais donc en stage quand le coronavirus a fait du bruit, et le maître de stage m’a demandé de partir au bout de 8 semaines pour des raisons sanitaires, parce que je faisais des allers-retours entre le lieu de stage et la région Grand Est, où la situation était terrible. Il m’a demandé de prendre mes affaires et de partir. J’avais l’impression d’avoir commis une faute grave, c’était un peu violent pour moi, je m’étais vraiment investie dans ce stage et c’était important pour moi de le faire parce que je n’avais pas pu le faire l’année d’avant. On m’a un peu coupé l’herbe sous le pied parce que j’étais française et de la région Grand Est, mais heureusement j’ai pu valider mes 8 semaines de stage obligatoires sinon ça aurait été vraiment problématique pour moi.

J’étais désemparée, j’étais toute seule si je restais à Sarrebruck et je n’avais plus de stage. Une amie avait perdu son job alors on s’est retrouvées et on s’est barrées le vendredi et le dimanche ils fermaient les frontières. Mais c’était incroyable, on avait l’impression de fuir le pays, on avait fait toutes nos bagages en 2 heures. Il y avait une file de l’autre côté de la frontière parce que les gens voulaient rentrer, et les policiers allemands prenaient la température des gens qui rentraient dans le pays. C’était vraiment un climat très bizarre.

Je suis rentrée chez mon père à Nancy et j’ai dû faire du camping parce qu’il n’y a pas de chambre pour moi chez lui, et je me suis retrouvée à payer le loyer de l’appartement en Allemagne où je ne vivais pas et sans salaire ! Ce n’était pas évident malgré la bourse étudiant.

Pendant cette période on s’est retrouvés en difficulté scolaire, financière et psychologique.

On était complètement largués, la fac nous a dit qu’il n’y avait plus cours, que tout était annulé, et qu’on devait rendre les Hausarbeit (devoirs à la maison) mais les bibliothèques étaient fermées donc c’était presque impossible. On n’était pas égaux parce qu’on n’avait pas tous le même accès à internet, certains habitent en ville et d’autre pas. Ça a révélé des inégalités au niveau du logement, certains avaient de bonnes conditions pour travailler, d’autres pas. Pendant cette période on s’est retrouvés en difficulté scolaire, financière et psychologique.

A ce moment j’en ai profité pour prendre une pause parce que ça faisait un an que je n’arrêtais pas entre la fac, l’hôpital, les jobs et le stage, mais j’ai décroché complètement et je n’arrivais pas me remettre dedans et je vais devoir prendre un semestre supplémentaire.
 

études franco-allemandes
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François : dans un premier temps, je n’ai pas souffert de la crise du point de vue de la distance puisque lorsqu’on a annoncé le 1er confinement, en fait je suis rentré chez mes parents.

Je n’ai pas voulu rester en Allemagne parce que mes amis rentraient aussi chez et eux et je ne me sentais pas d’être loin de ma famille dans un moment comme ça, donc j’ai préféré rentrer. Ce qui était dur en Allemagne, c’est que nous les Français, on était vus comme des pestiférés pendant un temps, les Allemands étaient méfiants vis-à-vis de nous. Et pour beaucoup d’étudiants, leur seule année à l’étranger a été amputée de 4-5 mois. C’était particulier aussi parce qu’on est une génération qui n’a jamais vécu la fermeture des frontières.

du coup j’ai décidé de laisser tomber mon Master pour l’année prochaine

Au niveau du travail par contre ça a été beaucoup plus compliqué puisqu’on entrait dans le deuxième semestre, et il n’avait pas encore commencé que la fac a décalé le début de semestre d’un mois déjà donc on devait reprendre en avril et on a repris en mai, ça décalait déjà tout. On avait des cours en ligne, ce qu’on avait jamais fait auparavant, même les professeurs n’ont eu que très peu de temps pour adapter leurs cours à la plateforme en ligne.

C’était assez compliqué de passer d’un quotidien où tu bouges beaucoup à un quotidien où tu restes chez toi devant ton ordinateur et tu ne peux sortir qu’avec une autorisation. Et ensuite il fallait travailler sur les Hausarbeit, tu passes ta vie sur l’ordi ! Personnellement, je l’ai mal vécu à ce moment-là, on se sent super fatigué et enfermé, j’ai développé notamment de l’anxiété.

C’était compliqué pour moi étant loin de Sarrebruck, étant donné que toutes les bibliothèques étaient fermées en France je me suis retrouvé en stand-by, incapable d’avancer pour mon Bacherlor, parce que beaucoup de recherches son nécessaires et internet ne suffit pas.

Je suis obligé de reprendre un semestre supplémentaire parce que je n’ai pas fini mon Bachelorarbeit et du coup j’ai décidé de laisser tomber mon Master pour l’année prochaine…

 

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Emie Irion

Rédactrice web pour Lepetitjournal.com Allemagne, Emie est une touche-à-tout qui s'intéresse à la culture allemande mais aussi au dessin, aux langues étrangères, aux travaux manuels, à la cuisine, à la lecture, au sport, aux voyages, aux langages codés...
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