A la Fashion week de New York, un défilé patriotique pour l'Ukraine

Par AFP | Publié le 14/09/2022 à 14:35 | Mis à jour le 16/09/2022 à 09:53
défilé patriotique pour l'Ukraine à New York

Il est rare qu'un défilé de mode commence par une minute de silence. C'est ce qu'a fait respecter à New York la créatrice ukrainienne Svitlana Bevza pour son pays envahi par la Russie, avant de présenter une collection chargée de symboles patriotiques.

 

Habituée de la Fashion week new-yorkaise, où elle défile depuis 2017, mais basée à Kiev, où elle est née et a ses ateliers, elle s'est résolue à quitter la capitale ukrainienne, la peur, les bruits d'explosions et les sirènes, après le début de l'invasion russe fin février, parce qu'elle voulait "protéger" ses deux enfants.

Son mari, Volodymyr Omelyan, un homme politique qui fut ministre entre 2016 et 2019 dans les rangs du parti du Front populaire, est resté lui au pays et a rejoint les volontaires de l'armée. Il apparaît sur le compte Instagram de Svitlana Bevza, tenue militaire et mitraillette en mains.

Alors, la nouvelle collection printemps-été de Svitlana Bevza, baptisée "Une patrie fragile" et présentée dans un bâtiment de Wall Street, était plus que jamais politique, avec drapeau ukrainien projeté au mur.

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"Peut-être que des gens ne comprennent pas que c'est pour de vrai, mais cela fait 202 jours de guerre en Ukraine, et il y a des milliers de morts", explique la créatrice de 40 ans, cheveux mi-longs, noirs et raides, dans un entretien à l'AFP.

"J'ai été forcée à quitter mon pays avec mes enfants. Et mon mari est à la guerre", résume-t-elle.

 

- Gilets pare-balles -

Tout en restant sensuels, certains hauts, portés sur jupes ou pantalons font furieusement penser à des gilets pare-balles. Certains prennent la forme d'un bouclier argenté laissant nus épaules et nombril.

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Surtout, ce sont les grains et épis de blé - symboles des "terres fertiles" de l'Ukraine, devenues une question géopolitique et un enjeu pour l'alimentation dans le monde - qui sont apparus comme fil conducteur de la collection. Un modèle de collier en est inspiré, mais la couleur est dorée et noire, pour rappeler que "les Russes ont brûlé beaucoup de notre blé", explique Svitlana Bevza.

Le blé, on l'aperçoit aussi dans les formes des coutures ou dans les franges. Et certaines coupes de robes en matières soyeuses rappellent comment les paysannes ukrainiennes pliaient leurs jupes pour être plus confortables dans les champs lors des récoltes.

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"Il y a (en Ukraine) un sens sacré et profond du pain et du blé qui a traversé les siècles", assure Svitlana Bevza, en rappelant aussi la terrible famine des années 1930 pour laquelle Staline est pointé du doigt par les historiens.

"Ce que nous protégeons aujourd'hui, ce sont nos terres fertiles. Et ce pour quoi nous nous battons, c'est de vivre en paix sur nos terres", revendique-t-elle.

 

- "Nous gagnerons" -

Depuis février, la vie de sa marque, née en 2006, a été bouleversée tout autant que sa vie personnelle. Il a d'abord fallu livrer les commandes de la saison automne-hiver depuis un pays en guerre. Puis dessiner une nouvelle collection printemps-été.

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Svitlana Bevza s'y est attelée depuis le Portugal, où elle s'est installée avec ses enfants, en travaillant à distance avec son équipe restée à Kiev, où sont ses ateliers.

Rêvant depuis toute petite fille, dans une Ukraine qui faisait encore partie de l'URSS, de devenir créatrice de mode, Svitlana Bevza ne pensait pas au départ y donner un sens politique, elle qui défend une mode "minimaliste", "élégante", "féminine" et "durable".

"C'était une grosse erreur de rester à l'écart de la politique comme ça", dit-elle.

Les touches de patriotisme sont apparues au fil de ses collections, notamment à la faveur de la révolution ukrainienne de 2014.

"Nous gagnerons cette guerre", ajoute-t-elle désormais, en adoptant un discours sans la moindre concession pour la Russie.

"Ils ont une énorme propagande, et c'est un gros problème, parce qu'ils élèvent leurs enfants en leur disant que l'Ukraine est une sorte de diable. Et ces enfants grandiront. Alors si vous ne faites rien avec la Russie, l'histoire se répétera dans 20 ou 30 ans", assure-t-elle, ajoutant froidement: "je n'ai aucune relation avec la Russie".

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